2018 Au Népal en fevrier.

 

Nous fûmes quarante deux voyageurs dont une quinzaine de proveysards, à nous envoler vers le Népal, en ce mois de Février 2018.
Ce voyage impulsé par TPH a été organisé sur place par NAMLANG ECO TOURISM, agence de treks et séjours, gérée par TEMBA LAMA, notre ami tibétain, en parallèle de son activité au sein de « PAGODA», l’atelier de confection et d’artisanat, situé tout près du Stupa.
Alors que les durées de séjours s’échelonnaient de deux à cinq semaines selon les petits groupes constitués, une date commune de départ avait permis à Christian de réserver un transport collectif à partir de Saint Egrève.
Voilà donc une joyeuse équipée en partance pour le Népal!!!!

Pour l’anecdote, à l’aéroport de Genève, et déjà en salle d’embarquement, quatre personnes de notre groupe, vécurent un grand moment de « solitude « au comptoir d’Ethiad Airways, quand elles se sont vues annoncer qu’elles étaient en surbooking!!!
Mais, Eurêka ! Après l’appel d’environ 300 passagers par le personnel de la compagnie, notre groupe au complet, trouvait une place dans l’ A330, qui nous menait à l’escale d’Abu Dhabi.
Trois heures plus tard, nous embarquions dans un second vol pour Khatmandu.
Parmi nous, de nombreux jeunes népalais, travaillant toute l’année aux émirats dans les conditions que l’on sait, rentraient au pays pour de courtes vacances, depuis probablement une année où deux de dur labeur. Leurs sourires détendus, une fois installés à bord, faisaient plaisir à voir! On imaginait aisément leur hâte à retrouver familles et amis, particulièrement en ces périodes de fêtes.
Arrivés à KTM AIRPORT, le « moment VISAS « nous occupa un temps, avec bien sûr les éternelles interrogations qui fusaient ça et là, dans le groupe, au moment de remplir le questionnaire destiné aux étrangers.
LASTNAME, FIRSTNAME: « Dis, tu te souviens, c’est lequel le nom de famille «?
Depuis la dernière fois, en 2013 pour moi, de la nouveauté et de la modernité pourtant: en effet, de charmantes employées viennent au secours des voyageurs, les engageant à scanner la première page du passeport sur de grosses bornes informatiques.
On ressent alors comme une certaine fébrilité, une hâte à en avoir fini avec ces formalités incontournables, et pour ceux dont c’est la première venue ici, l’envie irrésistible, mêlée d’appréhension, de se colleter avec la rue, le Népal en vrai, Katmandu polluée, bruyante, agitée, mais aussi, souriante, hospitalière, accueillante…..népalaise, tibétaine, bouddhiste, hindouiste.
Temba fera tout de suite le lien, dès la sortie de l’aéroport par petits groupes, en reconnaissant les anciens et en accueillant les nouveaux venus, bien plus nombreux encore.
Il faudra au moins trois minibus pour venir à bout de nos bagages et nous conduire au cœur du quartier tibétain de Kathmandu, à Bodnath précisément, près du grand stupa.
C’est à la TI SE GUEST HOUSE, bien connue des voyageurs de TPH, que nous allons séjourner pour cette première semaine!
C’est certain ! Elle peut afficher complet!
Dès le lendemain, notre grand groupe, sera réparti auprès de trois guides népalais francophones afin de faciliter en autres, les visites des villes royales de Bakthapur, Patan, du centre historique de Khatmandu, et de Swayambunath, le temple aux singe, pour la semaine à venir.

SHIVARATRI

Et pour une première entrée en matière, ça démarre très fort, puisque nous nous rendons à pied à PASHUPATINATH, à la SHIVARATRI, grande fête hindouiste, célébrant l’anniversaire de la naissance de SHIVA, sur les bords de la rivière Bagmati.
SHIVA, c’est le dieu suprême, qui partage avec VISHNOU et BRAHMA la trinité hindoue.
Un peu sur les hauteurs, le toit d’or du temple du temple dédié, brille de tous ses feux en cette journée très ensoleillée, déjà de bon matin.
On continue de comparer Pashupatinath à BENARES en Inde, car sur les GHATHS ou berges de la Bagmati comme sur ceux du Gange, ont lieu les cérémonies rituelles de crémations des hindous.
La célèbre ShivaRatri, voit aussi affluer ce jour là, outre les pèlerins, les fameux SÂDHUS , venus du Népal mais aussi de l’Inde, pour honorer leur dieu Shiva.
Ces sâdhus ( les bons) appelés aussi « babas » ou « swamis », (ceux qui se possèdent) sont considérés comme des ascètes, ermites ou nomades, ayant renoncé à l’attachement matériel, peu vêtus et vivant de dons pour se nourrir. Ils peuvent appartenir à différentes sectes, ce terme n’ayant pas ici, la connotation péjorative qu’on lui connaît en Occident.
Ceux que l’on verra ce jour là, sont des sâdhus Shivaïtes bien sûr.
Souvent formés auprès d’un maître spirituel ou GURU, ils le quittent ensuite pour aller par les routes, d’un lieu sacré à un lieu saint.
Ils arborent une chevelure qui peut parfois atteindre plusieurs mètres, enduisent leur corps de cendre, symbolique de la destruction mais aussi de la renaissance, on distingue le trident de Shiva peint sur leur front.
Ils fument du cannabis qui les aide à la méditation, et à la séparation des biens terrestres, le justifiant ainsi comme une offrande sacrée à leur Dieu vénéré.
Au Népal, son usage totalement interdit et donc réprimé, est uniquement autorisé en ce jour sacré de ShivaRatri. Autour des petits sanctuaires disséminés sur les collines de Pashupatinath, les sâdhus se regroupent, et se font volontiers tirer le portrait, se passant un » joint « gros comme un barreau de chaise, pour le plus grand plaisir des touristes étonnés et ravis que nous sommes.

En quittant Pashupatinath, une paire d’heures plus tard, des images et des senteurs plein la tête, nous longeons, en sens inverse, une queue interminable mais très ordonnée de pèlerins, affichant une fervente dévotion, venus de tout le Népal pour honorer Shiva!
On a dénombré 100000 personnes cette année paraît-il !
Les dames vêtues de lumineux saris dans les tons rouge et orangé, ainsi que les jeunes écoliers ne sont pas avares en clins d’oeil amicaux et en salutations très gracieuses, le fameux « NAMASTE ».

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Cette première semaine, démarrée à Pashupatinath fût ensuite ponctuée de visites dans les autres villes d’art et de culture autour de Khatmandu et d’un repas de momos dans la famille de Temba.
Le LOSAR, ou nouvel an tibétain, donne à ces différents lieux, une coloration particulière pour la communauté tibétaine.
Traditionnellement, les festivités se sont terminées sur le stupa, le plus important d’Asie, repeint de blanc de chaux, et orné de motifs couleur safran, par la cérémonie de changement des drapeaux.
Les quatre paires d’yeux de Bouddha sur le dôme, représentant sagesse et compassion, semblaient toujours nous suivre du regard lorsque nous en faisions le tour, pour quelques KORAS, autour du majestueux édifice.
Très vite, chaque petit groupe d’amis a trouvé le chemin du stupa depuis la Tise Guest House, soit pour quelques koras ou bien pour aller dénicher, qui, un pashmina, qui, une statuette, un bol chantant ou du « Green Tea », dans les innombrables échoppes tenues par des commerçants tibétains.
Dès le lendemain, chaque groupe constitué, partait, pour un trek, une découverte culturelle, ou encore une escapade tropicale dans la région du TERAIL, frontalière de l’Inde.

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TREK SUR LES BALCONS DES ANNAPURNAS

J 1: de NAYAPUL (1100m) à ULLERI ( 1960m)

Nous serons trois, Jean François, Marion, et moi même à avoir choisi de partager ce trek: les Balcons des Annapurnas.
Dès la deuxième semaine de notre séjour, nous partions dans un mini bus pour la seconde ville du pays, POKHARA, au pied des Annapurnas: la grande route à deux voies qui la relie à Katmandu, est, certes, un peu de tous les dangers, tant le trafic des camions, des bus et des jeeps y est intense et ininterrompu, à toutes heures du jour et de la nuit.
La première fois, on est impressionné.
Après, il suffit de vérifier que la statuette de GANESH, le dieu à tête d’éléphant avec une seule défense, est bien en place sur le tableau de bord du conducteur de bus !
C’est généralement le cas dans la presque totalité des véhicules roulant au Népal. Sachons que Ganesh est un peu le dieu du quotidien, de la prudence, et celui qui nous évite les pires ennuis !!

Accompagnés de Pemba, Kesang et Naresh, guide et porteurs, et après un bon petit déjeuner à l‘hôtel ViewPoint de Pokhara, nous embarquons ce mardi 20 Février, à bord d’un petit fourgon, en direction de Nayapul; dernier arrêt pour les véhicules motorisés, dernier arrêt du bus.
Au delà, ce sera à pied ou à….cheval!
Le trek des « Balcons », c’est la randonnée d’un village à un autre en pays gurung, en boucle, et sur une durée de cinq à sept jours, sur le versant sud des Annapurnas, jusqu’à une altitude maximum de 3200m; ce que nous appellerions par chez nous un massif montagneux de belle hauteur, est facilement dénommé ici   »collines », par la population locale.
Bien sûr, en cheminant sur le trek des Balcons, nous nous trouvons en permanence devant le panorama saisissant et enchanteur des sommets mythiques, qui tutoient allègrement les 7000 mètres!
L’autre particularité du trek des Balcons, demeure dans ces milliers de marches d’escalier, entièrement façonnées par les villageois, et ce, depuis des temps immémoriaux; ils les gravissent journellement pour commercer, construire, aller à l’école et tout simplement vivre ici.
Au vu des pentes un peu raides que l’on gravît parfois, on peut aisément imaginer que ces marches, de toutes les tailles, toutes les largeurs et hauteurs, contribuent grandement à contrer l’érosion des sols, ravinés par les pluies de mousson. Ce chemin est utilisé jour et nuit, par les villageois, les randonneurs, et aussi par des caravanes de mules et petits chevaux, chargés de pesants matériaux de construction, d’équipements divers ou de lourds sacs de denrées.
À Nayapul, je m’arrête dans une petite pharmacie, où je demande un baume pour les douleurs; en effet je m’aperçois que j’ai laissé à Khatmandu, une réserve de trois tubes du miraculeux Rumalaya achetés à Tamel. Le pharmacien me donne le choix entre un équivalent de nos anti inflammatoires, allopathique bien sûr, de marque indienne et un tube de baume aux plantes, de facture népalaise.
Sans hésiter, je prends le second; il servira à adoucir le soir, à la guest house, mes genoux endoloris ainsi que ceux de Naresh, qui accusait dès le premier soir une fragilité à cet endroit, malgré sa belle jeunesse.
Une petite passerelle himalayenne au dessus de la rivière, et nous atteignons rapidement Birethanti, à 1100m, où notre guide, qui détient nos précieux sésames, va régler les formalités d’usage aux contrôles de permis, échelonnés sur différents points des Balcons.
Ces permis de trek sont relativement récents:
C’est en 2008 que le gouvernement népalais a créé le TIMS:
Trekking Information Management Système.
Ah! j’allais oublier: avant de démarrer ce fameux trek, un peu d’histoire tout de même!!
Le vocable « TREK » n’a historiquement rien à voir avec l’Himalaya, auquel il est pourtant de nos jours, communément associé. Il trouve son origine dans le terme de langue afrikaans : « TIRER » associé au « Grand Trek » ou grande migration des Boers, colons fermiers d’origine néerlandaise, depuis Le Cap vers l’intérieur des terres, en Afrique du Sud dès l’année 1830.
Son acception actuelle de randonnée en montagne, date du milieu du vingtième siècle. Définitivement, dans le langage touristique, on randonne en France, mais on va faire un trek au Népal.

Un soleil un peu timide nous accompagnera lors de cette première journée. Nous ne croiserons que quelques randonneurs seulement; Février attire beaucoup  moins de monde que les mois d’automne, qui voient affluer des milliers de trekkeurs du monde entier sur les chemins des Annapurnas.
Nous cheminons dans un paysage forestier d’espèces communes, de feuillus, de pins, d’épicéas et des fameux rhododendrons que l’on peut voir dès 1500 mètres.
C’est un peu tôt dans la saison; nous n’en verrons en fleurs de toutes les teintes de rouge, qu’à Ghorepani, beaucoup plus haut.
Les marches du sentier se chargent de nous mettre en jambes rapidement. Parfois elles semblent atteindre 50 cm de hauteur!
Sur les coups de midi, Kesang, Naresh et Pemba annoncent la pause déjeuner, incontournable en trek, et au Népal, d’une manière générale.
Ce sera des noodles aux petits légumes, préparés à la demande, servis sur la terrasse de l’Amrita Lodge. C’est si bon de s’affaler dans un fauteuil, de reposer la gambette et d’admirer le paysage de la colline qui nous fait face, en sirotant un Ginger Lemon Honey Tea, la boisson revigorante par excellence: j’en ferai une consommation sans modération, à toute heure du jour ou de la soirée au Népal.
Une météo brumeuse nous accompagnera l’après midi jusqu’à Ulleri, que nous atteindrons vers 16heures. Les altitudes affichées sur les pancartes des lodges, sur différentes cartes ou encore sur des sites web ne sont jamais tout à fait concordantes. C’est donc un « mix « de plusieurs données que j’indiquerai à côté des villages où nous nous arrêterons.
Cet escalier sans fin du premier jour, m’a rompu les os, les muscles, les articulations!
Est ce le premier jour de marche, le manque d’entraînement, ai je présumé de mes capacités ???
Nos trois accompagnateurs ont jeté leur dévolu sur la Majestic Guest House, au milieu du village. Nous montons nos sacs à dos dans nos chambres, qui se trouvent être…….. au premier étage d’un escalier extérieur, dont j’ai peine à gravir les marches, bien raides encore! Celles ci ont été faites pour des géants pour le coup! Oh my  God !
Et là, délicate attention, nous avons droit à une chambre avec « attached bathroom » ! Quelle chance!
Une bonne douche chaude contribue à atténuer la fatigue de la journée.
Après un rapide petit tour dans le village, quelque peu désert en cette fin d’après midi, nous rentrons au lodge.
Au milieu de la grande pièce commune du restaurant, le poêle commence à ronfler, les randonneurs font sécher un peu de linge, bouquinent, ou bavardent tranquillement.
C’est 18h passées, en ces latitudes, la nuit est là très vite. A l’extérieur, les lumières commencent à éclairer les chaumières ici où là, la brume s’intensifie, effaçant les reliefs alentour.
La commande du repas du soir a déjà été passée, dès notre arrivée dans l’après midi. C’est coutume ici, en trek surtout, où l’on retrouvera une carte de plats, quasiment identique dans toutes les guesthouses où nous ferons halte; mais, avec le grain de sel particulier de la maîtresse de maison ou du cuisinier!!
Traditionnellement au Népal, la boisson du repas est apportée à table pendant que l’aubergiste mitonne le repas.
Pour le dîner, ce sera une Everest ou une Gorka, que l’on partage souvent, car les bouteilles de ces bières locales affichent souvent plus d’un demi litre…..
Les portions des plats sont généreuses et on variera chaque soir les plaisirs entre le dal bhat,plat national, le rice, les noodles, « veg » ou avec du  » chicken « , les pakoras ou beignets de légumes.
Nombreux ingrédients, que l’on aura vu transportés à dos d’homme, ou sur le flanc des mules, dans de petites nacelles en bambou.
Pour sûr, on en connaît le prix !
Un des attraits du trek pour moi, qui ne cultive d’aucune manière la performance physique, ou le dépassement de soi, c’est surtout la rencontre!
Comme chacun sait, elle est toujours improbable, imprévue, ou de circonstance, presque toujours sans lendemain.
Mais qu’importe !
Elle associe le souvenir d’un échange, à un lieu, un moment, à des femmes, des hommes ou des enfants.
Eh bien, ce premier soir, autour du feu de la Majectic GuestHouse, un couple asiatique, d’une cinquantaine d’années et leurs deux enfants se réchauffaient autour du poêle.
J’engage auprès d’eux la conversation, dans un anglais de voyage approximatif. Madame, puis son mari, enchaînent aussitôt à mon encontre dans un français impeccable !!!
Bien sûr, méprise totale et sourires entendus!
Monsieur, arrivé très jeune en France avec ses parents, a habité une banlieue parisienne que je connais parfaitement. Installé avec sa famille, depuis une dizaine d’années à Shanghai, il revient régulièrement en France.
On échangera un petit moment sur la Chine, la France et sur la passion partagée par cette petite famille pour le trek en montagne. Ils parlent déjà de revenir au Népal l’an prochain, au Langtang….dont bien sûr je leur dis grand bien.
On s’apercevra le lendemain matin avant de repartir….chacun poursuivant son chemin.
Sur un tout autre sujet et paradoxalement, nous aurons beaucoup de difficultés, surtout en début de trek, à partager le repas du soir avec notre guide et nos deux porteurs. Nous ne manquerons jamais de leur proposer chaque fois pourtant. Mais, une certaine pudeur peu être, une façon de faire, une coutume…que sais je ?
C’est une affaire compliquée !
Très souvent les guides et porteurs se retrouvent et partagent leur dîner avec les aubergistes dans la cuisine.
Ils sont, il est vrai, pendant toute la journée si près de nous, attentifs au moindre faux pas, ou au moindre signe de fatigue, que l’on a du mal à les quitter.
Je crois que ce premier soir, l’extinction des feux eût lieu à 19h30, bien au chaud au fond du duvet, et GOOD NIGHT !

BIRHETANTI1GORHEPANI5 ULLERI1

J 2 de ULLERI à GHOREPANI (2920m)

Nous repartons à l’assaut de cet escalier de l’impossible en direction de Ghorepani.Le paysage de terrasses que les paysans commencent à amender avant les premières semences, cède la place à une forêt où les rhododendrons sont rois.
La brume est tenace et donne une coloration un peu étrange à l’ensemble. Les rodhos, qui attendront la fin du mois avant d’éclater en bouquets rouge vif du haut de leurs dix mètres, sont ici en abondance. Les tronc élancés aux écorces brunes et rougeâtres, les branches basses, d’où pendent mousses et lichen vert de gris, nous livrent pour le moment un décor tourmenté.
Nous arriverons à Ghorepani, en tout début d’après midi, un peu fourbue pour ma part, au milieu d’un brouillard bien épais déjà. Super View Guest House, tout en haut du village, sera notre point de chute jusqu’au lendemain. Ce midi, Kesang, Pemba et Naresh se seront installés près de nous, dans la salle de restaurant. On s’y régalera d’excellentes pakoras, beignets de légumes frits dans de la pâte de pois chiche.
Pemba n’est pas en forme cet après-midi. On lui fait passer quelques remèdes. Par ailleurs, il nous informe que la montée à POONHILL est très compromise pour le lendemain, au vu du brouillard qui enveloppe tout le village. Avec Naresh et Kesang, ils engageront une partie de cartes en compagnie d’autres guides et porteurs. N’ayant pas le pouvoir de changer la météo, nous descendons dans le village faire un petit tour.
Les maisons en pierre se tiennent côte à côte, le long d’une ruelle centrale, où deux échoppes sont particulièrement attractives pour les touristes: nous y trouverons une cape de pluie, manquante dans l’un de nos bagages, de très belles cartes postales, des bonnets et serre-tête très colorés, et aussi des friandises réconfortantes pour les coups de « mou » sur les marches d’escalier!
Au moment de rejoindre nos chambres, Kesang nous invite à jeter un œil par la fenêtre sur le coup des quatre heures du matin, et si la nuit noire est étoilée, dit il, alors nous partirons dès cinq heures pour PoonHill.
Chic alors! L’idée de devoir y renoncer, si près du but, nous chagrinait un peu mais bien sûr, devant les éléments, on se serait incliné!
À cinq heures pétantes, nous sommes « ready «, quand Kesang vient tout doucement frapper à la porte. Nous partons sur le champ, munis de gants, bonnet, et frontale.
Le clou du spectacle sur les balcons des Annapurnas, le summum, l’apothéose, le must, c’est de se rendre sur le belvédère de POONHILL (3253m), au lever du soleil, avec vision totale sur les grands sommets. On y sera!
En trois quarts d’heure, dans la nuit noire et glacée, nous gravissons les 400m de montée……de marches……d’escalier ! Nous y sommes !
Pemba est resté se reposer, toujours un peu patraque . Notre groupe de cinq est dans les vingt premiers à arriver sur la plateforme de PoonHill, et en se retournant, vers Ghorepani, on aperçoit dans la nuit encore étoilée, un chemin de frontales ininterrompues, arriver vers nous.
A 6h30, nous serons bien 300 à commencer à mitrailler de toutes parts, les grands des Annapurnas:
DHAULAGIRI (8167m), ANNAPURNA 1 (8091m), 2, 3,
ANNAPURNA SOUTH (7219m), HIMCHULI (6441m),
MACHAPUCHARE (6993m), apparaissent, éclairés par le soleil naissant un peu orangé.
Il fait très froid, j’ai l’onglée, mais je suis ravie d’être là;
Naresh et Kesang sont aussi très heureux. Nous immortalisons la scène sur la traditionnelle photo devant la pancarte bien entendu.
Autour de nous, photographiant tous les sommets, des européens, des américains du Nord et du Sud, des australiens, des chinois…..s’extasient tout comme nous, devant un panorama aussi saisissant.
L’impression que les amoureux de l’Himalaya, venant de tous les coins de la terre, se sont donnés rendez-vous ici, à Poon Hill, pour célébrer en commun ce lever de soleil merveilleux, magique.
Mais, du fond de la vallée, monte un brouillard qui va probablement s’installer pour la journée; il est déjà 7h45: nous entamons la descente vers la guesthouse où nous attendent de savoureuses crêpes chocolat bananes, et du thé noir brûlant.
Il nous faut tout cela pour enchaîner jusqu’à Tadapani, après le petit aller retour à PoonHill. La brume a maintenant totalement envahi le village.

POONHILL7 POONHILL6 POONHILL5 POONHILL4 POONHILL3 POONHILL2 POONHILL1

J 3 de GHOREPANI à TADAPANI (2675m)

 

Nous démarrons par une ligne de crête repérée la veille sur une carte, à découvert, avec ici ou là quelques gigantesques rhododendrons, les seuls à être en fleurs que nous verrons. Juste avant d’arriver en forêt, sur une étendue d’herbes sèches, des drapeaux de prière flottent au gré d’une petite bise. On descendra un bon moment, sans trop de marches cette fois, en traversant une rivière tempétueuse, la Bhurungdi Khola, bordée de nombreux cairns. On sort les capes de protection, la pluie arrive et tombera une heure durant.
Nous en profiterons pour faire la pause déjeuner en compagnie d’une équipée charmante de coréens, (du sud nous précisent -ils d’entrée), bien décidés à bavarder. Ils ne manqueront pas de sortir le « Samsung » de dernière génération, posé sur une longue perche, et de nous prendre en photo avec eux. Ils seront très honorés quand je leur dis avoir vu sur Arte, la semaine précédant notre départ, un reportage sur leur pays, la Corée du Sud. Ils nous livrent quelques infos sur les JO, nous avions oublié ! et nous leur rappelons les temps forts de ceux de Grenoble, en 1968, il y a cinquante ans!!
Alors qu’ils s’apprêtent à remonter vers l’ABC (ANNAPURNA BASE CAMP), nous descendons sur Tadapani.
Un bon moment encore, de conservations amicales partagées, aux sujets inépuisables.
Il nous faut repartir vers de nouvelles aventures, encore une petite montée d’escalier de 700 m.
C’est comme à la colo le troisième jour: le coup de mou dans les gambettes, et au moral. Vraiment épuisée, je fais de rapides calculs de dénivelés positifs et négatifs depuis ce matin 5 h, il se remet à pleuvoir, la brume s’épaissît encore, la forêt de rodhos est de plus en plus inquiétante …..
Mon rythme est cassé par les nombreuses pauses que je fais toutes les 10 marches, toujours plus hautes et irrégulières. Naresh ou Pemba se relaient à mes côtés, calant leur pas sur le mien, toujours attentionnés.
À un moment donné de découragement, je leur dis tout de go:
BALCONNY ANNAPURNA TREK: FIRST TIME LAST TIME!
« Première et dernière fois » !!!
Ils se doutent bien du second degré; je le vois à leurs sourires malicieux mais bienveillants, toujours .
Notre arrivée à Tadapani se fera dans la brume, le crachin himalayen et un froid de canard ! Nous ne verrons rien du panorama grandiose qui entoure aussi ce village. Dommage!
Mais nous ne maîtrisons pas les éléments météorologiques, une fois de plus.
La salle commune de l’Annapurna GuestHouse, en haut d’un escalier de bois, est glaciale, à une heure où habituellement l’aubergiste a déjà fait le feu; c’est Kasang qui s’y collera le premier.
La douche, en bas, dans la cour, est aux quatre vents: pour sûr, ce soir, on se passera de la douche !
Dès que les bûches crépitent, on se retrouve en cercle autour du poêle, pendant que nos vêtements mouillés sèchent, et l’on engage la conversation avec les quelques trekkeurs installés avec nous.

Ils sont trentenaires et indiens; l’un est dans le commerce de chaussures avec l’Afrique du Sud, son amie vient d’ouvrir à Bombay une boutique de produits en soins naturels, un autre est enseignant à Delhi; ils ont en commun une passion pour la marche en montagne, et bien sûr pour ce petit pays frontalier avec l’Inde.
Ensemble, autour d’un thé, nous voyagerons de Chennai à Pondichery, de Jaiselmer à Cochin, de Mahaladipuram à Goa, de Bundi à Auroville! Autant de lieux magiques d’un pays qui m’est cher aussi.
Ils avoueront ne pas connaître toutes ces villes et on conviendra en riant tous ensemble, que leur pays est aussi grand qu’un continent!
Encore une rencontre sans lendemain bien agréable après une bonne journée de marche.
Quand l’aubergiste nous apportera les repas, je suis tellement submergée de fatigue que je ne pourrai avaler ce soir là, le moindre grain de riz de mon « rice végétables »; ma seule concession au dîner sera un excellent ginger lemon honey tea.

J 4 de TADAPANI à GHANDRUNG et LANDRUNG (1500 M)

Nous partirons assez tôt le lendemain; le ciel bleu, intense, et le soleil déjà haut, nous accompagnent et nous ravissent.
Le paysage est davantage diversifié. Ici où là, des buffles noirs à la peau luisante font leur apparition dans des coins d’herbes fraîches et goûteuses ou encore des petits coins de bambous, dont ils font leurs délices.
Et toujours un ballet incessant de trekkeurs sur les chemins, de villageois dans les hameaux, occupés à bêcher, sarcler, préparer la terre des parcelles en terrasses, où bientôt, pousseront le riz,le maïs ,les légumes .
Concernant Naresh et Pemba, je sens bien qu’ils ont parfois le mal du pays et de la famille. A chaque étape, ils ne manquent pas de communiquer avec leurs épouses et leurs enfants, qui très jeunes, sont totalement rompus à la communication par smartphones interposés.
Pemba, lui, nous enchantera tout le long du trek, avec son téléphone, qui égrène des chansons villageoises, très joyeuses, bien connues au Népal, et déjà entendues au LANGTANG.
Sur les coups de onze heures, nous arrivons à GHANDRUNG, très beau village « Gurung ». Les balcons de bois des maisons blanches débordent d’œillets d’Inde orangés très lumineux, donnant à l’ensemble un petit air cossu.
Les Gurungs sont l’ethnie prédominante dans la partie méridionale des Annapurna, de religion bouddhiste ou hindouiste.
C’est entre autre, dans cette ethnie, que les armées indiennes et britanniques engagent encore les jeunes à intégrer les régiments de Gurkhas, qualifiés de vaillants guerriers par l’empire britannique en son temps.
Nous visiterons le musée, le Old Gurung Muséum, qui se tient dans une petite maison; on y découvrira différents outils servant à l’agriculture, à la récolte du miel, des objets usuels du quotidien, des khukuris, couteaux aux belles lames courbées, des berceaux, nasses, paniers, tissés en bambou ou encore des petites ruches traditionnelles.
Nous reprenons notre descente vers la vallée encaissée de la rivière MODI KHOLA, cette fois sous un soleil bien agréable.
Les mythiques sommets enneigés sont maintenant à portée de main ! Ils nous semblent tellement proches!
Il est l’heure de la pause et nos amis népalais nous invitent à déjeuner sous une tonnelle ombragée d’une charmante auberge. Sur la terrasse, étalés sur d’immenses plateaux, sèchent des champignons qui ressemblent fort à nos trompettes chanterelles.
Nous découvrons d’ici, notre étape du soir, le village de LANDRUNG, sur la « colline » d’en face, que nous atteindrons après une montée d’à peu près huit cents mètres.
Une passerelle himalayenne flambant neuve nous mènera sur le versant opposé, où cheminent des villageois qui remontent chez eux, de lourdes charges sur le dos.
C’est à l’Hotel Hungry Eye que nous nous posons pour la nuit.
J’ai toujours du mal à donner une traduction satisfaisante au nom de cet hôtel:
Est ce, stricto sensu « l’hôtel de l’œil affamé »? Ou bien l’hôtel des yeux gourmands …..du panorama alentour ?
Je ne le saurais jamais!
Une grande bâtisse de briques peintes en blanc et bleu, un auvent en bois courant tout le long, ménageant une belle ombre, et des buissons fleuris plantent un décor plutôt accueillant.
Les chambres y sont cosy aussi; la patronne a elle même brodé les oreillers d’un « Sweet Dream » (doux rêves) tout à fait charmants.
Elle nous régalera aussi d’excellents momos (raviolis de légumes ou de viande), avec la bonne sauce, délicieusement piquante, qui va avec.
A la table commune, un jeune couple de Français qui revenait du Dolpo, où ils œuvrent dans des missions éducatives et sanitaires.
Un moment d’échange intéressant, sur les projets à venir de TPH au Langtang, sur ceux de leur association dans la Drôme.
Cet accueil vraiment très chaleureux de l’hôtel, se confirmera dès le lendemain matin. En effet, sur la pelouse, devant les chambres, à été installée une belle table pour le petit déjeuner : devant l’ANNAPURNA SOUTH, excusez du peu!, sur lequel dardent les premiers rayons du soleil.
Rien que cela! Nous immortaliserons ce moment tous les six avec de nombreuses photos!
Le beau temps s’est résolument installé dans la région.

J 5 de LANDRUNG à POTHANA ( 1890 M )

Nous repartons de LANDRUNG, bien reposés, encore sous le charme de cette halte bien agréable.
La vue est maintenant très dégagée; moins de forêts et davantage de terrasses, étagées sur des pans entiers de montagne, certaines toutes vertes de cultures précoces, d’autres encore parsemées de petits tas de fumier.
Nous traverserons encore des petits hameaux, nous glisserons un billet dans une boîte pour la rénovation d’une école, alertés par un enseignant du village.
Enfin, nous croiserons un joyeux groupe de jeunes militaires en entraînement, descendant en courant, d’un pas très assuré, une belle sente boisée. Pas moins de cinquante Namaste seront échangés ……
Notre dernière nuit sera à Pothana, dernier village des Balcons pour notre petit groupe. Mais il peut aussi constituer une première étape pour ceux qui organisent leur trek en sens inverse.
On y retrouvera donc un centre de contrôle des permis de treks dont le tampon final figurera sur nos papiers. C’est la Guest House Shangri La qui nous accueillera pour cette étape.
La salle vitrée nous laissera apercevoir le MACHAPUCHARE dans toute sa splendeur au soleil couchant. On le reconnaît aisément à son sommet en queue de poisson; c’est d’ailleurs la signification de son nom en népalais. Il revêt un caractère sacré et les hindouistes évoquent à son endroit la demeure de Shiva.
Pothana sera notre dernière étape sur le chemin des balcons.

 

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Le lendemain matin, les duvets calés au fond des sacs, nous repartons pour la vallée, en dévalant presque les mille dernières marches…..
A Phedi, nous attend un véhicule qui nous ramènera à Pokhara en début d’après midi.
Nous flânerons sur le bord du lac avant de se retrouver tous les six, à la nuit tombée, dans un magnifique restaurant en plein air, pour y déguster un très bon dîner, tout en regardant un spectacle de danses traditionnelles.
Pemba, Naresh et Kesang avaient spécialement demandé une table devant la scène!!!!
Pour nous faire plaisir bien sûr; et comble de joie pour nous, nous étions tous les six à la même table!
Naresh, rappelé dans son pays Tamang, nous quittera le lendemain avec le premier bus.
Nous resterons encore une journée à Pokhara, avant le retour vers Katmandu, laissant déjà entrevoir, la fin de notre séjour au Népal.

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A mon retour à Proveysieux, en dépliant une carte du Népal, j’ai vu qu’à l’est de Khatmandu, en allant vers l’Everest, le pays des Sherpas m’était complètement inconnu……..

Martine Grabowiecki

 



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