Le VOYAGE de FRAMBOISE en 2014

Le TREK de FRAMBOISE en 2014
Album : Le TREK de FRAMBOISE en 2014

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Comme chaque année, notre amie Framboise part faire un trek au Népal. Elle nous relate ici le huitième épisode de ses périples sur les sentiers himalayens: le « Mardihymal Tour » et nous fait admirablement partager son amour de ce pays.

 

« Namaste namaste


Me voilà dans les starting-blocks ! Demain départ de la famille à 6h15 pour prendre le bus à 7h, direction Pokhara, d’où on partira d’abord en taxi le lendemain matin… pour attaquer la première étape du trek le jour même. Ce sera parti pour 2 semaines, alors côté connection, on verra bien…

Côté nourriture, j’ai fait une cure de légumes (en plus du riz qui est de rigueur), car plus on va monter, moins il y en aura. Qui plus est, la saison est déjà bien avancée…

Alors comme j’ai un souvenir plutôt… comment dire… glacial (!) à une certaine altitude en décembre, je suis allée m’acheter un anorak pliable. Je pense qu’il me sera utile !!!

Je vais me plonger dans ma courte nuit. Je dormirai dans le bus.

Bonne nuit. Bises de Kathmandou.

 

 

 

Lundi 1er décembre

Pokhara –> Naya Pul –> Tikhedungga
Hé bien, me voici replongée dans le Népal typique !

 

#Pour commencer, le petit déj’ :

à notre hôtel habituel, ils ne servent plus à manger, donc il nous faut trouver où se sustenter. Gyurme (mon guide) me propose une boulangerie allemande, mais à être au Népal, je préfère m’y plonger totalement. On verra bien quand j’en aurai marre… Donc, je demande une omelette (comme ils savent si bien les faire) aux légumes (avant d’être restreinte de ce côté-là) : Ok, pas de problème ! 1/4 d’heure plus tard, toujours rien alors qu’il n’y a que 2 personnes à part nous (peut-être faut-il attendre que Dame Poule œuvre ?). Toujours est-il qu’on nous dit ne plus avoir le temps, ils sont trop occupés tout-à-coup. Qu’à cela ne tienne, on change de crèmerie et rebelote, je demande mon omelette aux légumes ! Là, c’est pas possible car c’est trop tôt pour avoir eu le temps d’aller chercher les légumes. A la place, on me propose un sandwich… aux… aux… LÉGUMES!!!! (Euuuh… là, j’ai pas tout compris !?!?!?) En fait, mon guide m’explique qu’ils vont le chercher ailleurs (déjà tout prêt). Pour faire court, j’ai quand même eu mon omelette… aux oignons ! Arf ! Arf !

 

#Ensuite, le trajet en taxi jusqu’à Naya Pul :

1) A un moment, on rencontre un petit bouchon (1 minibus et 5 voitures derrière un gros camion vraiment très près de la roche, dans notre sens; et à peu près une dizaine de véhicules dans l’autre) avec un attroupement assez conséquent au point de rencontre le plus étroit : serait-il impossible de se croiser ? Non non, ça passe si chacun empiète sur le bas-côté (bah, c’est monnaie courante ici !). Non non, c’est juste que le pneu avant gauche est… comment dire… légèrement… éclaté. Alors il faut d’abord éloigner le monstre de la paroi pour avoir de quoi œuvrer (je rappelle qu’ici, la conduite est à gauche) donc chacun y va de son petit conseil ou commentaire; trouver une roue de secours (qui arrive assez vite) et faire l’échange avec… un PETIT cric (qui, heureusement, n’a pas fait « CRAC » !).

Finalement, ça n’aura pris que 45 minutes, à côté des 2h30 d’attente en 2007 pour le même problème avec un bus (là, la queue était longue de plusieurs dizaines de bus dans les deux sens). Bon, et tout ça avec pratiquement pas de coup de klaxon ! Alors que, paradoxalement, ils ne savent pas rouler sans sa « douce mélodie » !

2) Après avoir repris la route, v’là t’y pas que notre chauffeur de taxi se gare subitement (ça lui a pris comme une envie de pisser !) sur une petite aire et se met en tête de nous faire descendre, alors que nous ne sommes pas encore à destination ! Gyurme ne l’entend pas de cette oreille, le chauffeur a des mouvements de poignet côté montre, mon guide côté porte-monnaie… le ton est descendu aussi vite que ce qu’il était monté, et nous voilà repartis… à un train d’enfer! Furieux, qu’il était ! Heureusement, personne en face, mais les bosses et les nids de poules, on les a sentis passer !!!

Après un bon thé au lait et un pain népalais, on n’était pas mécontents de faire la seconde partie à pied !

 

C’est ainsi que nous avons entamé le trek à proprement parler.

Un mélange de montées et de descentes (qu’ils ne savent pas totaliser) au milieu de la magnifique campagne népalaise, faite de cultures en terrasses de riz, de légumes à feuilles vertes ou de terre encore retournée à l’ancienne avec une herse tirée par un buffle. Bref, la petite mise en jambe a débuté avec un total de 280 mètres de descente et 720 de montée, jusqu’à un lodge bien propret, que ce soit chambre ou sanitaires. Et du balcon, j’ai eu droit au jeu des singes à même pas 100 mètres! Vive le dépaysement !!!

Mardi 2 décembre

Tikhedhunga –> Banthanti

 

Nous sommes partis avec un ciel bleu parsemé de-ci-delà d’un soupçon de nuages et même pas 10 minutes après, on s’est retrouvés en polo. Il faut dire que cette étape n’est faite que de marches… totalement irrégulières (sinon, c’est pas marrant) ! Pas de répit ! Mais la cadence est bonne. Il était prévu de marcher 3 heures, nous avons mis 2h40 en rajoutant 200 mètres. Mais il n’en sera pas toujours de même. Plus nous grimperons, moins je fanfaronnerai…! Là, nous ne sommes qu’à 2200 mètres.

Côté paysage, c’est toujours la campagne, mais plus arborée et… des lodges, des lodges, des lodges… A se demander s’ils y trouvent leur compte, tellement il y en a ! Apparemment oui, car d’autres se construisent et en bien dur, s’il vous plaît, non plus avec des planches et de la tôle comme c’est encore le cas dans d’autres régions moins renommées ! Que ce soit l’étape précédente ou celle-ci, on ne sent quasiment pas l’air passer dans les chambres et une bonne partie des sanitaires est carrelée. Perso, ça me fait tout drôle, je n’étais pas habituée à ça. Mais bon, on n’va pas s’plaindre, hein !

Bon, pour en revenir au paysage, au détour d’un virage est enfin apparu un sommet ( j’ai failli attendre !) : l’Annapurna Sud (7219m), puis un peu plus loin sur la droite, le Patal Huinchuli (6441m). Au fur et à mesure qu’on monte et qu’on se dirige vers l’Ouest, la vue se dégage à l’Est pour laisser enfin apparaître le Machhapuchhare (6997m), la fameuse montagne qui ressemble à une queue de poisson. Malheureusement, photo impossible, non pas que la bêêête se débattait, mais le ciel s’est couvert, comme la veille, jusqu’à ce que le ciel  disparaisse complètement une fois arrivés à la guest house (=lodge). Et là, j’ai souri en voyant 3 Népalais prendre place sur des chaises au bord de la terrasse face… au brouillard !!?!!?!! C’est le Népal ! Peut-être savent-ils le déchiffrer comme d’autres savent lire dans le marc de café, qui sait ? Pendant ce temps, moi je mangeais quelques légumes (yeeesss !) :

tomates, carottes et chou, en toute petite quantité, mais c’est toujours ça de pris !

 

Alors au total aujourd’hui : 120m de ↓ et 790 de ↑.

 

 

Mercredi 3 décembre

Banthanti –> Ghorepani

 

↓380m et ↑930m en 2h30

Marches et chemin ~ 50/50.

 

Même lodge qu’en 2011, lorsque nous avions fait le tour des Annapurna. La seule différence est que cette année, nous arrivons par un chemin différent. Par contre, demain nous reprendrons le même, car les deux prochaines étapes seront identiques.

Côté météo, aujourd’hui c’est grand bleu ! Du  coup, ce matin petit déj’ en terrasse, en face de l’Huinchuli et d’un tout petit bout de la queue de poisson, qui ressemblait plus, vue comme ça, aux deux oreilles d’un chat (peut-être avait-il profité du brouillard de la veille pour le manger ?)…

Vu la courte étape qui nous attendait, Gyurme m’a laissée me prélasser au soleil, avec douce musique népalaise en fond sonore, pendant 1h1/4 avant de sonner le top départ : elle est pas belle  la vie ?

Nouveauté : des poubelles partout dans les rues et… j’ai vu un « local » traverser la rue pour ramasser un papier qui traînait et faire le chemin inverse pour le jeter dans la poubelle ! (C’est bien ! Ça vient !)

 

 

Par contre, ce qui a du mal à changer, c’est la question du portage (schcreugneugneu !!!) : je faisais le pied de grue en attendant le coucher du soleil et là, qu’est-ce que je vois ?… Un porteur avec 3 sacs à dos en position debout et un autre posé dessus en travers !!!…

puis un autre porteur… et un troisième… Bravo les agences qui autorisent ça, alors que publiquement elles s’en défendent ! C’est bien dommage que j’étais  trop loin pour déchiffrer leur nom… je les aurais bien dénoncées !… Bon, c’était le coup de gueule du moment…

J’enchaîne avec une (autre) nouveauté dans le trek (je verrai bien si ça se fait ailleurs) : ce soir, j’ai eu la possibilité de manger une pleine assiette de légumes vapeur (chou blanc, chou-fleur, brocoli, carotte, haricots verts, poivron vert) et tout ça cuit « al dente », hmmm… Alors oui, je sais, j’insiste beaucoup avec mes légumes, mais c’est que jusqu’à présent, lors des treks, il fallait jongler avec riz, pâtes de toutes sortes, pommes de terre, riz, pâtes… vous avez compris ! Alors ça mérite d’être signalé !!!

 

Jeudi 4 décembre

Ghorepani –> Tadapani

 

3h30 pour ↑700m et ↓880m.

Sentier, pour le plat, sinon que des marches… et quelles marches ! D’une hauteur ! Vive les bâtons !! Il faut être constamment à la recherche du moindre petit interstice, ou morceau intermédiaire qui dépasse, que ce soit caillou, branche, motte de terre dure sur les bords, pour s’économiser…(pfffff !!!!!!) Et une fois arrivés au lodge, le même qu’en 2011, ce sont des marches hautes comme mes tibias qui nous attendent ! (Outchhh… !) Oui, je sais, je suis pas bien grande, mais quand même ! Eux non plus ne sont pas grands, mais il faut dire qu’une fois délestés de leur charge, ils volent littéralement !

Sinon, une bonne douche bien chaude (chauffe-eau au gaz) a été la bienvenue, car depuis le départ, c’était au gant et à l’eau froide ! (Brrrrrr….!!!!!)

Ce qui a changé dans le lodge, c’est la façon de chauffer la pièce commune. Avant, sous chaque table, il y avait une espèce de fosse avec plusieurs petits chaudrons, que nos hôtes venaient régulièrement alimenter avec du charbon de bois et/ou des braises  pour maintenir nos pieds au chaud. Et pour éviter la déperdition de chaleur, il y avait de fines couvertures (fixées sur une espèce de tendeur), tout autour de la table, qui pendaient jusqu’au sol. Là, les couvertures sont toujours en place (elles tiennent chaud aux cuisses !), mais les fosses sont comblées. Ils sont passés au poêle traditionnel. Et comme d’hab’… quand ils le mettent en route… ils laissent la porte grande ouverte !!! En fait, leur système n’étant pas très étanche, on a très rapidement les yeux qui piquent… qui pleurent… on tousse… alors le meilleur  compromis reste encore la porte ouverte, que nous nous empressons de pousser jusqu’à avoir une aération au minimum syndical autorisé.

Cette année, le brouillard s’installe dès 15h30, alors le magnifique coucher de soleil de mes souvenirs (rose, orange, violet, gris) ne se renouvellera pas sur le Machhapuchhare… mais le trek n’est pas fini !

 

Namasté…

 

Vendredi 5 décembre

Tadapani –> Ghandruk

 

1h45 pour ↓780m

 

Bain de soleil avant démarrer, pendant que guides et porteurs allaient auprès de sadous ambulants. Certains se faisaient lire l’avenir, d’autres se voyaient attacher (autour du bras par exemple) un petit paquet pas plus gros que l’ongle du pouce, dans lequel il y avait un morceau de papier écrit, des pigments naturels… ceci étant sensé les aider et /ou conjurer le mauvais oeil.

 

Toujours beaucoup de marches, mais de hauteur nettement plus raisonnable pour la plupart. Etape de descente, plus ou moins raide selon les sections, très glissante : une bonne partie du chemin se fait en forêt, à l’ombre donc très humide, en côtoyant de nombreux petits ruisseaux, ce qui explique mes quelques représentations de patinage (dont une particulièrement artistique, je dois dire) au grand amusement de Gyurme ! Au bout d’un moment, il finit par me dire en français, en essayant de garder son sérieux : « ça glisse! » (oui, sympa, merci, j’avais un p’tit peu remarqué !)… zziiiiiiipp ! Je suis quand même restée sur mes quilles (4 avec les bâtons) !!!!

 

Toujours du bruit ambiant, le Népalais n’étant pas du genre discret. Dès le lever du soleil, il attaque la journée par la mise en route de la carcasse, entendez par là de longs et répétitifs raclements de gorge suivis de… crachats (hééé oui, c’est qu’il faut aller le chercher loin, THE glaviot !!!). A croire qu’ils font un concours, quand on les voit tous alignés sur le bord de la terrasse, penchés au-dessus du vide… qui, soit dit en passant, s’avère être quelque fois le jardin duquel ils tirent les légumes !!… Très vite, le volume (très) élevé du portable se fait entendre, que ce soit la musique ou la sonnerie… et quand ils sont au téléphone, on a toujours l’impression que c’est avec un sourd ! Au début, je croyais même qu’ils s’engueulaient, c’est vous dire ! Aaaah, pour sûr, tout le monde profite de la conversation, à tel point qu’il arrive parfois que plusieurs personnes extérieures s’y joignent !… Bon, à ça viennent s’ajouter les chiens (eux, c’est surtout la nuit… la journée, ils récupèrent !), les coqs, les bébés, les enfants, les mères (jamais les pères) qui les interpellent d’une voix plus ou moins aiguë, les chants (le Népalais est d’un naturel très enjoué) qui sont en général très agréables à entendre. Pour l’ordre, c’est comme vous voulez (enfin, façon de parler !), ça varie d’un jour à l’autre. En plus, ce matin (…un lapin… mais noooonn, it’s a joke !), nous avons croisé une sorte de classe verte composée d’une bonne trentaine d’étudiants avec leurs porteurs… d’un gai, comme chaque fois qu’ils sont réunis… mais alors, quelle cacophonie, mes amis !!!! Pour sûr, le contraste était flagrant par rapport à la veille, quand je m’étais débrouillée pour me retrouver seule un moment dans la jungle : pas de bruit de pas, de craquement de branche, de conversation, de raclement de gorge, de musique, ni même de chant d’oiseau, RIEN, aucun son, le silence le plus complet. Je n’en ai profité qu’une toute petite minute, les mains appuyées sur le tronc d’un immense rhododendron, mais quel bonheur !… Sérénité absolue dans un décor sublime…. waoouuw !!

 

Arrivés à Ghandruk, je me suis remémorée certains lieux comme la maison où il y avait eu un mariage, les escaliers où notre amie Joëlle s’était foulée la cheville, le vieux musée de la culture ghurung que nous avions visité. Il a déménagé dans un bâtiment en meilleur état et plus grand.

Le lodge dans lequel nous posons nos guêtres est en fait un hôtel de 4 étages, tout en dur, avec fenêtres coulissantes (et hermétiques !) dans la salle du restaurant… mazeeeette ! Et Gyurme négocie pour qu’on ait une chambre sur la terrasse et au soleil… elle est pas belle la vie, franchement ?

Samedi 6 décembre

Ghandruk–> Landruk

 

2h pour ↓680m et ↑420m…

que des marches… de tous les gabarits…

 

Pendant 10 bonnes minutes, j’ai été accompagnée par une jeune biquette qui, de toute évidence, aurait bien aimé que j’aille gambader avec elle dans les champs ! Voyant que je ne la suivais pas, elle resautait les talus pour descendre quelques marches avec moi, puis nouvelle tentative de débauche de sa part, bien que je m’évertuais bêêêtement à lui faire comprendre que c’était NON… mais apparemment, je ne suis pas très douée dans le langage « chevresque » ! Ce qui m’a fait le plus rire, c’est quand je me suis arrêtée pour faire une photo : ne me voyant pas arriver, elle est remontée pour voir ce qui se passait. Ses bêlements n’avaient plus la même intonation. Pour un peu, je me serais faite remonter les bretelles, dis donc !!

 

Le village de Landruk s’est considérablement agrandi : que de lodges !… et une route où s’arrête le bus local… plusieurs fois par jour !

Notre lodge, le même qu’en 2011, a amélioré ses sanitaires : plus de dalle en béton sur laquelle on se frigorifiait les pieds, mais du carrelage pratiquement jusqu’au plafond. Et la wifi… malheureusement, il faut d’abord que je recharge, car ce fut impossible la veille â cause des nombreuses coupures d’électricité.

C’est le Népal…

 

Dimanche 7 décembre

Landruk –> Forest Camp

 

2h30 pour ↑1000m

Raide, uniquement dans la jungle, très humide et très glissant. Sentier mixte mais assez difficile (pour les 3/4 du temps) du fait de nombreux passages  dans des espèces de rigoles profondes de terre ou de roche franchement pas très larges (quelques fois, il est impossible de mettre deux pieds côte à côte), et pas mal de grosses racines en travers. Avec ça, il faut jouer des bâtons tout le temps pour se faufiler… se hisser… s’extirper… et éviter de dévaler…  car ce doux parcours bucolique se situe bien évidemment à la limite du vide (ah, ben sinon, c’est pas marrant !)…  que l’on devine seulement, vu le formidable enchevêtrement des nombreuses essences primaires.

 

Notre lodge se situe à 2600m, dans une oasis au milieu des arbres (pas de vue sur les sommets). L’emplacement est agréable. Il fait comme une espèce de clairière sur trois niveaux et les oiseaux de la jungle  se livrent à un véritable concert !

Nos hôtes vivent là toute l’année. Ils élèvent des buffles (lait bien moins crémeux que celui de la vache), des poules, ont un petit potager… et coupent du bois en dehors de la saison touristique. En plein hiver, ils disent avoir de la neige jusqu’au-dessus du mollet, jamais bien plus.

Avant de nous diriger vers ce lodge-ci, nous avions commandé un citron chaud dans un autre situé à deux pas… mais quand Gyurme est allé inspecter les chambres (literie sale) et que nous avons vu l’aspect et des tasses et de la boisson, on a changé de crèmerie… alors forcément, elle était pas contente, la dame ! Elle s’est mise à vociférer, Gyurme a haussé le ton, elle est retournée dans son antre…

Vu l’heure peu tardive à laquelle on arrive et le beau soleil, c’est shampooing et lessive avant même le repas… que j’engloutis avec bon appétit, au soleil toujours. La perruque est sèche en moins d’une heure !

 

Vers 2 heures, le brouillard se pointe : il est temps de se rentrer. Vers 3 heures, le feu est allumé dans la salle commune, qui n’est pas en dur, contrairement aux chambres, mais en tôles et en bois. Ici, les huisseries laissent passer l’air. Les sanitaires sont conformes au souvenir des années précédentes : en béton (frigorifiant pour les pieds, d’où les tatanes en plastiques dans le sac), avec une petite ouverture en guise de fenêtre… sans carreau ! Rappelez-vous que la porte n’est pas des plus hermétique… … …

Deux Hollandais arrivent un peu plus tard, frigorifiés… et nous nous retrouvons tous (guides respectifs et hôtes compris) en rond autour du poêle, nos vêtements en train de sécher au-dessus de nos têtes.

Vers 6 heures, notre hôte se précipite tout d’un coup (sursaut général !!!) sur sa puissante lampe torche et nous dit de le suivre dehors. Et là, pratiquement au sommet des arbres alentours, il suit dans son faisceau  un gros animal brun clair qui fait des bonds impressionnants d’un bouquet de branches à l’autre…

C’est bien trop gros pour être un écureuil ou un singe… Alors il nous explique qu’on ne le voit qu’en cette saison, qu’il ressemble à une espèce de léopard, à la différence que, quand il détend ses pattes avant, c’est comme s’il déployait des ailes. Ça lui fait comme une large bande de peau (poilue), style chauve-souris… jamais entendu parler… et pas pu voir non plus, d’ailleurs… Vu la distance parcourue en un seul bond (vol ?) et la corpulence de la bestiole… je ne sais que penser… Il nous a bien dit son nom en népali, mais on n’est pas plus avancés !…

 

Lundi 8 décembre

Forest Camp –> High Camp

 

5h15 pour ↓100m et ↑1400m

Cette fois, le sentier est tout en longueur, avec de courts passages raides. Plus on monte, plus on a des morceaux plats, je suppose pour aider à l’acclimatation, car nous dormons ce soir à 3900 m.

Là, il y a seulement deux lodges… rudimentaires. Larges planches disjointes recouvertes d’une bâche, avec toiture en tôle posée dessus sans aucune étanchéité (ça fait plus penser à un abri amélioré),  pour la salle commune. Pour la partie « chambres », c’est un grand carré en tôles divisé en quatre loges. Les parois intérieures sont faites de grands panneaux disjoints de contre-plaqué… le tout surmonté de la même toiture. L’autre lodge a le soubassement en pierres et ils sont en train de remonter les murs… Nous avons choisi le premier, car deux Allemands rencontrés lors du repas de midi nous l’ont recommandé pour la nourriture, un bon feu et de bonnes couvertures. Alors on verra bien… comme on dit : « l’aventure, c’est l’aventure ! »

 

Mardi 9 décembre

High Camp –> Low Camp

 

1h45 pour ↑100m et ↓740m

Il était prévu de faire 600 mètres de plus pour aller au point de vue supérieur, mais vu la T° extérieure (épaisse couche de glace sur l’eau), le vent glacial qui souffle sans discontinuer ou presque, et le fait que j’ai chopé la crève hier, on reste ici ce matin. Il n’est même pas question de redescendre pour le moment, car il y en a pour une bonne heure à être exposés sur le sentier de crête, donc c’est pas un bon plan… On tente de se protéger du froid en buvant du citron chaud au gingembre…

 

Alors, côté nourriture, rien à redire; côté couvertures, elles sont bien chaudes; côté chauffage dans la pièce commune… face, on surchauffe et pile, on gèle !!! Hé oui, les courants d’air entre les planches, c’est quelque chose… surtout au niveau des reins !… vite, une polaire nouée autour de la taille… bon, c’est déjà mieux…

 

Ce matin, nous avons assisté au décollage (parfois difficile) de quelques parapentistes sur fond de Machhapuchhare… magnifique !… L’enthousiasme ambiant était palpable !

 

Après le repas, sous un soleil un peu plus chaud, nous avons pris le chemin en sens inverse jusqu’à Low Camp, là où nous avions pris le repas de midi la veille. Ce sera l’unique fois que nous ferons un aller-retour, contrairement à ce qui était prévu, car au fil des rencontres, le sens de notre itinéraire s’est modifié.

Dans la descente, nous semons rapidement le vent… pour nous plonger dans les nuages… qui se déchirent de temps en temps pour laisser apparaître le soleil et les sommets… c’est seulement le deuxième soir, depuis le début du trek, où l’on peut assister au coucher de soleil sur les sommets… waaaooouuww….

 

Ici, le lodge est aussi très… aéré ! Même si les chambres sont en pierres, il n’y a pas de liant entre elles, que ce soit mortier ou… bouses ! Il y a bien quelques larges et épaisses bâches bleues appliquées tant bien que mal sur les murs, mais comme il y a des fenêtres non hermétiques qui se font face, la douce et lancinante « Berceuse d’Eole » nous accompagnera toute la nuit sur fond de bâches en LA majeur !…

 

Mercredi 10 décembre

Low Camp –> Sidhing

 

La nuit a été très difficile. Dans le désordre : moucher, tousser, chercher air, dodo, éternuer, larmes d’effort,  chaud, froid, flagada, moucher, tousser, pas respirer…  heureusement qu’on était redescendus à 3200m !

 

2h pour ↓ 1640 m

Sentier très raide dans la jungle et assez glissant avec les feuilles au sol… et toujours les fameuses marches de géants ! Puis, vers 2000m, on laisse la jungle derrière nous. On commence à trouver les cultures en terrasses et les buffalos, les plus ou moins gros cailloux dans la terre tellement fine qu’on dirait du sable. A un moment donné, j’ai bien tenté la version « bobsleigh », mais ça n’a pas été concluant du tout, du tout !… ça glisse pas… et ça roule pas non plus… y’a plus qu’à s’remettre sur ses quilles !!!….

 

Arrivés au lodge, nous retrouvons le gardien de High Camp, qui mange là avant de continuer jusqu’à son village.

A l’invitation de notre hôte, Gyurme m’installe avec eux. Nous sommes assis au soleil sur des tapis de riz, on entend les buffles manger dans la végétation au-dessus de nous, on voit des femmes lourdement chargées passer sur le chemin du bas… et voilà que j’assiste à la préparation des légumes par ces messieurs, tout en papotant… moment d’une telle simplicité !… bonheur…

Le gardien de High Camp (3900m) m’explique qu’il redescend régulièrement à son village (1100m) pour voir sa famille et pour remonter des matières premières pour les trekkeurs et des matériaux pour le nouveau lodge qu’il est en train de construire (en pierres, celui-là). Il fait le trajet aller-retour sur deux jours : environ 6 heures pour descendre et 10 heures pour monter (quelle cadence !)… chargé ! S’il l’est trop, il prend des porteurs avec lui, mais n’utilise pas de poneys.

 

Après le repas, deux petits vieillards tout parcheminés (comme on en voit beaucoup dans la campagne népalaise), salement et chichement vêtus (une espèce de vieux drap autour de la taille, maintenu par un reliquat de ceinture), viennent s’asseoir autour de moi… et nous commençons à communiquer par le regard et par les gestes… jusqu’à ce qu’ils appellent notre hôte pour en savoir plus à mon sujet…

Un peu plus tard dans l’après-midi, le plus jeune des deux frères m’invite à m’installer dans l’herbe comme lui, m’offre une fleur d’œillet et me montre les gestes que je dois reproduire… et me voilà en train de vénérer le soleil au milieu des terrasses, en compagnie d’un pur autochtone !… Elle est pas belle, la vie ?

 

Le lodge est en dur, les sanitaires ne sont pas carrelés, mais une bonne douche chaude (chauffe-eau au gaz, là aussi) est la bienvenue (vive les tatanes, surtout quand on est enrhubée !!!). Les chambres sont exposées Est, comme la plupart du temps. La salle à manger ressemble aux précédentes : tôles et bois, mais là, je n’ai pas froid. Nous ne sommes plus qu’à 1600 mètres. Qui plus est, mon hôte vient m’apporter spontanément une boisson chaude après le repas, étant donné mon statut de « convalescente ».

Je tousse toujours, je mouche encore mais bien moins, je respire de nouveau  (et surtout je dors normalement !)… et j’ai abandonné ma voix de Yéti !!!

Jeudi 11décembre

Sidhing –> Lwang

 

3h30 pour ↑820m et ↓820m

Le premier tiers du parcours se fait sur le chemin carrossable (grrrrr !), puis nous retrouvons enfin (ouf !! Il était temps !) le sentier de randonnée qui chemine, pour mon plus grand plaisir, au milieu des terrasses et des habitations. Les gens nous interpellent amicalement, quelques fois ils nous accompagnent un bout de chemin, j’assiste aux scènes rurales… bref, le pied !

Lors de la traversée d’un village, je m’aperçois que les enfants m’ont repérée de loin. Au fur et à mesure que j’approche, je vois s’ajouter des petites têtes sur la bute qui domine le sentier… Je suis accueillie par une chorale de « Namasté » accompagnée du fameux geste des mains jointes… c’est tout simplement magnifique !

 

A environ 3/4 d’heure de notre destination, nous croisons un homme muni de sa serpette et d’un sac de toile, qui, aprés discussion, fait demi-tour et nous amène jusqu’à sa maison d’hôte par des chemins quelques fois… hors sentier !

 

Ils ont un joli potager avec choux (fleur, frisé, brocoli), aubergines (en fleurs, dommage, j’en aurais bien mangées), oignons, piments rouges, un énorme carré de coriandre, les fameux légumes verts qu’ils appellent épinards mais qui n’en sont pas… des orangers. Les gens du village viennent acheter des oranges à toute heure. Qu’est-ce qu’elles sont bonnes… hmmm… un délice ! Du coup, je leur en prends un kilo que je partagerai avec la famille tibétaine dans laquelle je vis à Boddhanath.

Sous un appentis, entre la maison et le coin sanitaires (en béton), il y a la maman buffle et son petit. De l’autre côté du muret, un homme monte pieds nus à l’arbre pour couper les dernières ramures qui leur serviront de nourriture.

Ici, le lodge est tout en dur, pas de courant d’air. Il n’y a pas de salle à manger fermée : seulement deux tables sont installées sous le auvent qui court le long de la façade, mais étant la seule touriste occupant les lieux, je suis invitée près du foyer dans la cuisine.

Comme c’est de coutume au Népal, je suis la première servie (pas parce que je suis une femme, mais une « invitée »), puis, à la fin de mon repas, c’est au tour de Gyurme (le guide… et porteurs s’il y avait). Enfin, en dernier, c’est au tour de nos hôtes.

Le privilège de voyager seule fait qu’il arrive quelques fois que nous mangeons tous ensemble… mais ce sont des moments encore trop rares…

 

Vendredi 12 décembre

Lwang –> Hyangja –> Pokhara

 

Dernier jour du périple, puisque nous refermons la boucle sur Pokhara. Le dernier jour de trek, à proprement parler, c’était hier. Car aujourd’hui, la « marche » consistera à vingt minutes de descente à travers le village jusqu’à la jeep… et à quelques flâneries dans les rues de Pokhara.

 

Ce matin, dernier petit déj’ au soleil, avec une omelette aux herbes et un délicieux pain ghurung aux pommes de terre et aux oignons… hmmm… une merveille !

Après, j’ai assisté à la cueillette de mon kilo d’oranges : ici, pas d’échelle… ils ne grimpent pas non plus dans l’arbre. Ils utilisent une longue perche munie d’un crochet plus ou moins acéré. Soit ils crochètent le fruit et tirent dessus pour le faire tomber, soit ils « scient » tant bien que mal la tige puis crochètent, soit encore ils tapent sur la branche pour récupérer le fruit récalcitrant qui n’était pas tombé la fois précédente.

Puis c’est le moment d’y aller : la dame va cueillir des têtes d’œillets d’Inde, en fait deux colliers, nous les passe autour du cou et nous applique la « tika » (point de poudre rouge) sur le front, au-dessus du nez.

 

Le trajet en jeep va durer environ 2h30 pour… une dizaine de Km !

Commençons par l’embarquement : sacs, paquets, tuyaux PVC, châssis de lit… bref, tout le barda, sur le toit, ok ! Puis, les bipèdes (ah ! il y a une tripède !) : bien serrés,  qu’ils sont ! Trois devant en plus du chauffeur, quatre sur la banquette arrière. Quand on veut fermer les portières, on se met tous spontanément sur le bout des fesses, ensuite on verrouille histoire de ne perdre personne en route, vu le parcours chaotique, et enfin… on laisse faire la gravité pour trouver un semblant de place. Et ce n’est pas fini ! Dans le petit espace fourgonnette aménagé avec deux banquettes de fortune sur les côtés, s’entassent neuf personnes, dont trois sur la roue de secours et un sac de grains… et une quadrupède : une jeune biquette qui se demande dans quoi on l’embarque (c’est le cas de le dire !)… et ce n’est toujours pas fini !… Mais où donc qu’ils vont les mettre ?… Sur l’impériale ? Non, c’est complet, ça déborde déjà !… Sur le capot ? Non plus, faut quand même laisser de la visibilité… Ben, tout simplement sur les marchepieds, deux de chaque côté, debout ! Faites le compte : 4+4+9+4=21… + la biquette !

Et nous voilà partis !!… Nous roulons fenêtres ouvertes pour permettre aux passagers extérieurs de se « sécuriser » en s’agrippant aux montants intermédiaires, car même si nous allons lentement, nous sommes sévèrement secoués…

Certains passages étant bien trop près des parois, ils sont obligés de descendre (sous peine de mise en danger du postérieur) et de remonter plus loin… Quelques fois, il faut s’y prendre en trois fois pour négocier un virage, tellement la « route » est défoncée ! A trois reprises, on traverse la rivière à gué : il y a de l’eau jusqu’aux marchepieds, ce qui veut dire séance d’abdominaux !

La lenteur n’est pas due seulement à l’état de la route. La jeep fait office de bus local, donc s’arrête très souvent : ça descend, ça monte, on est toujours aussi nombreux.

Juste avant une intersection, on stoppe derrière un camion… qui n’a plus d’huile. La largeur sur le côté permettrait bien le passage, mais une profonde ornière fait que le chargement, lui, ne passe pas, tellement on penche ! Qu’à cela ne tienne : inspection de l’état des lieux, discussion, décision. On tire pelle et pioche de la jeep, on sort des talus de grosses pierres avec lesquelles on comble l’ornière. C’est à peine fini que l’huile manquante arrive… et le camion repart !… L’ornière est comblée pour le prochain véhicule !!!

C’est ça le Népal !

 

Namasté de la ville

 

Depuis dimanche que je suis redevenue citadine, j’ai eu un temps mitigé : souvent ciel voilé le matin, voire carrément brouillard, puis quand même du soleil vers midi, jusqu’à environ 4 heures… J’en profite alors pour faire le plein en m’installant en terrasse, face au stupa. Hier, c’était la première fois que je pouvais voir les montagnes au loin.

 

J’ai également eu droit à un jour complet de pluie, celui où je suis allée à Thamel. Ça m’a fait tout drôle de constater comme tout tourne au ralenti, dans une ambiance feutrée… Déjà, il y a nettement moins de monde dans les rues… pleines de trous, donc de flaques (pour ne pas dire de mares à certains endroits). Qui plus est, comme ce ne sont que les axes principaux qui sont goudronnés, on marche sur un sol boueux, genre argile, donc assez glissant…

J’emploie le mot « feutré » parce que tous les véhicules roulent pratiquement au pas… le klaxon est usité avec parcimonie… et déjà que leur moteur,       individuellement, n’est pas des plus bruyant… ça m’a fait penser à l’ambiance de chez nous, tôt le matin ou tard le soir, quand il y a de la neige fraîche en ville.

En attendant que Gyurme passe commande pour son lodge, je me cale sous un porche et je regarde les piétons : rares sont ceux qui marchent normalement, vu l’état du terrain ! Ceux qui sont en sandales ouvertes ou avec des semelles fines se déplacent en équilibre sur les talons. En général, ils retroussent leur pantalon à mi-mollet. Ceux qui ont des chaussures fermées (plus les hommes que les femmes), genre mocassins ou bottines, posent le pied avec précaution pour ne pas s’éclabousser le pantalon…

Une scène m’amuse particulièrement : du porche en face de mon observatoire sort un garçonnet avec des chaussures de la bonne pointure, qui s’arrête pour observer l’état des lieux (je sens bien qu’il faut absolument qu’il y aille, mais…), prend un air dubitatif… fait subitement demi-tour… pour réapparaître deux minutes plus tard chaussé de tongues bien plus larges que ses pieds !… fait quelques pas dans la boue… et paraît satisfait de sa trouvaille… Chapeau l’esprit d’adaptation !!

 

C’était une nouvelle face du Népal.

 

Namasté… »

Framboise

 

 

 

 

 



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