2018 Au Népal en fevrier.

 

Nous fûmes quarante deux voyageurs dont une quinzaine de proveysards, à nous envoler vers le Népal, en ce mois de Février 2018.
Ce voyage impulsé par TPH a été organisé sur place par NAMLANG ECO TOURISM, agence de treks et séjours, gérée par TEMBA LAMA, notre ami tibétain, en parallèle de son activité au sein de « PAGODA», l’atelier de confection et d’artisanat, situé tout près du Stupa.
Alors que les durées de séjours s’échelonnaient de deux à cinq semaines selon les petits groupes constitués, une date commune de départ avait permis à Christian de réserver un transport collectif à partir de Saint Egrève.
Voilà donc une joyeuse équipée en partance pour le Népal!!!!

Pour l’anecdote, à l’aéroport de Genève, et déjà en salle d’embarquement, quatre personnes de notre groupe, vécurent un grand moment de « solitude « au comptoir d’Ethiad Airways, quand elles se sont vues annoncer qu’elles étaient en surbooking!!!
Mais, Eurêka ! Après l’appel d’environ 300 passagers par le personnel de la compagnie, notre groupe au complet, trouvait une place dans l’ A330, qui nous menait à l’escale d’Abu Dhabi.
Trois heures plus tard, nous embarquions dans un second vol pour Khatmandu.
Parmi nous, de nombreux jeunes népalais, travaillant toute l’année aux émirats dans les conditions que l’on sait, rentraient au pays pour de courtes vacances, depuis probablement une année où deux de dur labeur. Leurs sourires détendus, une fois installés à bord, faisaient plaisir à voir! On imaginait aisément leur hâte à retrouver familles et amis, particulièrement en ces périodes de fêtes.
Arrivés à KTM AIRPORT, le « moment VISAS « nous occupa un temps, avec bien sûr les éternelles interrogations qui fusaient ça et là, dans le groupe, au moment de remplir le questionnaire destiné aux étrangers.
LASTNAME, FIRSTNAME: « Dis, tu te souviens, c’est lequel le nom de famille «?
Depuis la dernière fois, en 2013 pour moi, de la nouveauté et de la modernité pourtant: en effet, de charmantes employées viennent au secours des voyageurs, les engageant à scanner la première page du passeport sur de grosses bornes informatiques.
On ressent alors comme une certaine fébrilité, une hâte à en avoir fini avec ces formalités incontournables, et pour ceux dont c’est la première venue ici, l’envie irrésistible, mêlée d’appréhension, de se colleter avec la rue, le Népal en vrai, Katmandu polluée, bruyante, agitée, mais aussi, souriante, hospitalière, accueillante…..népalaise, tibétaine, bouddhiste, hindouiste.
Temba fera tout de suite le lien, dès la sortie de l’aéroport par petits groupes, en reconnaissant les anciens et en accueillant les nouveaux venus, bien plus nombreux encore.
Il faudra au moins trois minibus pour venir à bout de nos bagages et nous conduire au cœur du quartier tibétain de Kathmandu, à Bodnath précisément, près du grand stupa.
C’est à la TI SE GUEST HOUSE, bien connue des voyageurs de TPH, que nous allons séjourner pour cette première semaine!
C’est certain ! Elle peut afficher complet!
Dès le lendemain, notre grand groupe, sera réparti auprès de trois guides népalais francophones afin de faciliter en autres, les visites des villes royales de Bakthapur, Patan, du centre historique de Khatmandu, et de Swayambunath, le temple aux singe, pour la semaine à venir.

SHIVARATRI

Et pour une première entrée en matière, ça démarre très fort, puisque nous nous rendons à pied à PASHUPATINATH, à la SHIVARATRI, grande fête hindouiste, célébrant l’anniversaire de la naissance de SHIVA, sur les bords de la rivière Bagmati.
SHIVA, c’est le dieu suprême, qui partage avec VISHNOU et BRAHMA la trinité hindoue.
Un peu sur les hauteurs, le toit d’or du temple du temple dédié, brille de tous ses feux en cette journée très ensoleillée, déjà de bon matin.
On continue de comparer Pashupatinath à BENARES en Inde, car sur les GHATHS ou berges de la Bagmati comme sur ceux du Gange, ont lieu les cérémonies rituelles de crémations des hindous.
La célèbre ShivaRatri, voit aussi affluer ce jour là, outre les pèlerins, les fameux SÂDHUS , venus du Népal mais aussi de l’Inde, pour honorer leur dieu Shiva.
Ces sâdhus ( les bons) appelés aussi « babas » ou « swamis », (ceux qui se possèdent) sont considérés comme des ascètes, ermites ou nomades, ayant renoncé à l’attachement matériel, peu vêtus et vivant de dons pour se nourrir. Ils peuvent appartenir à différentes sectes, ce terme n’ayant pas ici, la connotation péjorative qu’on lui connaît en Occident.
Ceux que l’on verra ce jour là, sont des sâdhus Shivaïtes bien sûr.
Souvent formés auprès d’un maître spirituel ou GURU, ils le quittent ensuite pour aller par les routes, d’un lieu sacré à un lieu saint.
Ils arborent une chevelure qui peut parfois atteindre plusieurs mètres, enduisent leur corps de cendre, symbolique de la destruction mais aussi de la renaissance, on distingue le trident de Shiva peint sur leur front.
Ils fument du cannabis qui les aide à la méditation, et à la séparation des biens terrestres, le justifiant ainsi comme une offrande sacrée à leur Dieu vénéré.
Au Népal, son usage totalement interdit et donc réprimé, est uniquement autorisé en ce jour sacré de ShivaRatri. Autour des petits sanctuaires disséminés sur les collines de Pashupatinath, les sâdhus se regroupent, et se font volontiers tirer le portrait, se passant un » joint « gros comme un barreau de chaise, pour le plus grand plaisir des touristes étonnés et ravis que nous sommes.

En quittant Pashupatinath, une paire d’heures plus tard, des images et des senteurs plein la tête, nous longeons, en sens inverse, une queue interminable mais très ordonnée de pèlerins, affichant une fervente dévotion, venus de tout le Népal pour honorer Shiva!
On a dénombré 100000 personnes cette année paraît-il !
Les dames vêtues de lumineux saris dans les tons rouge et orangé, ainsi que les jeunes écoliers ne sont pas avares en clins d’oeil amicaux et en salutations très gracieuses, le fameux « NAMASTE ».

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Cette première semaine, démarrée à Pashupatinath fût ensuite ponctuée de visites dans les autres villes d’art et de culture autour de Khatmandu et d’un repas de momos dans la famille de Temba.
Le LOSAR, ou nouvel an tibétain, donne à ces différents lieux, une coloration particulière pour la communauté tibétaine.
Traditionnellement, les festivités se sont terminées sur le stupa, le plus important d’Asie, repeint de blanc de chaux, et orné de motifs couleur safran, par la cérémonie de changement des drapeaux.
Les quatre paires d’yeux de Bouddha sur le dôme, représentant sagesse et compassion, semblaient toujours nous suivre du regard lorsque nous en faisions le tour, pour quelques KORAS, autour du majestueux édifice.
Très vite, chaque petit groupe d’amis a trouvé le chemin du stupa depuis la Tise Guest House, soit pour quelques koras ou bien pour aller dénicher, qui, un pashmina, qui, une statuette, un bol chantant ou du « Green Tea », dans les innombrables échoppes tenues par des commerçants tibétains.
Dès le lendemain, chaque groupe constitué, partait, pour un trek, une découverte culturelle, ou encore une escapade tropicale dans la région du TERAIL, frontalière de l’Inde.

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TREK SUR LES BALCONS DES ANNAPURNAS

J 1: de NAYAPUL (1100m) à ULLERI ( 1960m)

Nous serons trois, Jean François, Marion, et moi même à avoir choisi de partager ce trek: les Balcons des Annapurnas.
Dès la deuxième semaine de notre séjour, nous partions dans un mini bus pour la seconde ville du pays, POKHARA, au pied des Annapurnas: la grande route à deux voies qui la relie à Katmandu, est, certes, un peu de tous les dangers, tant le trafic des camions, des bus et des jeeps y est intense et ininterrompu, à toutes heures du jour et de la nuit.
La première fois, on est impressionné.
Après, il suffit de vérifier que la statuette de GANESH, le dieu à tête d’éléphant avec une seule défense, est bien en place sur le tableau de bord du conducteur de bus !
C’est généralement le cas dans la presque totalité des véhicules roulant au Népal. Sachons que Ganesh est un peu le dieu du quotidien, de la prudence, et celui qui nous évite les pires ennuis !!

Accompagnés de Pemba, Kesang et Naresh, guide et porteurs, et après un bon petit déjeuner à l‘hôtel ViewPoint de Pokhara, nous embarquons ce mardi 20 Février, à bord d’un petit fourgon, en direction de Nayapul; dernier arrêt pour les véhicules motorisés, dernier arrêt du bus.
Au delà, ce sera à pied ou à….cheval!
Le trek des « Balcons », c’est la randonnée d’un village à un autre en pays gurung, en boucle, et sur une durée de cinq à sept jours, sur le versant sud des Annapurnas, jusqu’à une altitude maximum de 3200m; ce que nous appellerions par chez nous un massif montagneux de belle hauteur, est facilement dénommé ici   »collines », par la population locale.
Bien sûr, en cheminant sur le trek des Balcons, nous nous trouvons en permanence devant le panorama saisissant et enchanteur des sommets mythiques, qui tutoient allègrement les 7000 mètres!
L’autre particularité du trek des Balcons, demeure dans ces milliers de marches d’escalier, entièrement façonnées par les villageois, et ce, depuis des temps immémoriaux; ils les gravissent journellement pour commercer, construire, aller à l’école et tout simplement vivre ici.
Au vu des pentes un peu raides que l’on gravît parfois, on peut aisément imaginer que ces marches, de toutes les tailles, toutes les largeurs et hauteurs, contribuent grandement à contrer l’érosion des sols, ravinés par les pluies de mousson. Ce chemin est utilisé jour et nuit, par les villageois, les randonneurs, et aussi par des caravanes de mules et petits chevaux, chargés de pesants matériaux de construction, d’équipements divers ou de lourds sacs de denrées.
À Nayapul, je m’arrête dans une petite pharmacie, où je demande un baume pour les douleurs; en effet je m’aperçois que j’ai laissé à Khatmandu, une réserve de trois tubes du miraculeux Rumalaya achetés à Tamel. Le pharmacien me donne le choix entre un équivalent de nos anti inflammatoires, allopathique bien sûr, de marque indienne et un tube de baume aux plantes, de facture népalaise.
Sans hésiter, je prends le second; il servira à adoucir le soir, à la guest house, mes genoux endoloris ainsi que ceux de Naresh, qui accusait dès le premier soir une fragilité à cet endroit, malgré sa belle jeunesse.
Une petite passerelle himalayenne au dessus de la rivière, et nous atteignons rapidement Birethanti, à 1100m, où notre guide, qui détient nos précieux sésames, va régler les formalités d’usage aux contrôles de permis, échelonnés sur différents points des Balcons.
Ces permis de trek sont relativement récents:
C’est en 2008 que le gouvernement népalais a créé le TIMS:
Trekking Information Management Système.
Ah! j’allais oublier: avant de démarrer ce fameux trek, un peu d’histoire tout de même!!
Le vocable « TREK » n’a historiquement rien à voir avec l’Himalaya, auquel il est pourtant de nos jours, communément associé. Il trouve son origine dans le terme de langue afrikaans : « TIRER » associé au « Grand Trek » ou grande migration des Boers, colons fermiers d’origine néerlandaise, depuis Le Cap vers l’intérieur des terres, en Afrique du Sud dès l’année 1830.
Son acception actuelle de randonnée en montagne, date du milieu du vingtième siècle. Définitivement, dans le langage touristique, on randonne en France, mais on va faire un trek au Népal.

Un soleil un peu timide nous accompagnera lors de cette première journée. Nous ne croiserons que quelques randonneurs seulement; Février attire beaucoup  moins de monde que les mois d’automne, qui voient affluer des milliers de trekkeurs du monde entier sur les chemins des Annapurnas.
Nous cheminons dans un paysage forestier d’espèces communes, de feuillus, de pins, d’épicéas et des fameux rhododendrons que l’on peut voir dès 1500 mètres.
C’est un peu tôt dans la saison; nous n’en verrons en fleurs de toutes les teintes de rouge, qu’à Ghorepani, beaucoup plus haut.
Les marches du sentier se chargent de nous mettre en jambes rapidement. Parfois elles semblent atteindre 50 cm de hauteur!
Sur les coups de midi, Kesang, Naresh et Pemba annoncent la pause déjeuner, incontournable en trek, et au Népal, d’une manière générale.
Ce sera des noodles aux petits légumes, préparés à la demande, servis sur la terrasse de l’Amrita Lodge. C’est si bon de s’affaler dans un fauteuil, de reposer la gambette et d’admirer le paysage de la colline qui nous fait face, en sirotant un Ginger Lemon Honey Tea, la boisson revigorante par excellence: j’en ferai une consommation sans modération, à toute heure du jour ou de la soirée au Népal.
Une météo brumeuse nous accompagnera l’après midi jusqu’à Ulleri, que nous atteindrons vers 16heures. Les altitudes affichées sur les pancartes des lodges, sur différentes cartes ou encore sur des sites web ne sont jamais tout à fait concordantes. C’est donc un « mix « de plusieurs données que j’indiquerai à côté des villages où nous nous arrêterons.
Cet escalier sans fin du premier jour, m’a rompu les os, les muscles, les articulations!
Est ce le premier jour de marche, le manque d’entraînement, ai je présumé de mes capacités ???
Nos trois accompagnateurs ont jeté leur dévolu sur la Majestic Guest House, au milieu du village. Nous montons nos sacs à dos dans nos chambres, qui se trouvent être…….. au premier étage d’un escalier extérieur, dont j’ai peine à gravir les marches, bien raides encore! Celles ci ont été faites pour des géants pour le coup! Oh my  God !
Et là, délicate attention, nous avons droit à une chambre avec « attached bathroom » ! Quelle chance!
Une bonne douche chaude contribue à atténuer la fatigue de la journée.
Après un rapide petit tour dans le village, quelque peu désert en cette fin d’après midi, nous rentrons au lodge.
Au milieu de la grande pièce commune du restaurant, le poêle commence à ronfler, les randonneurs font sécher un peu de linge, bouquinent, ou bavardent tranquillement.
C’est 18h passées, en ces latitudes, la nuit est là très vite. A l’extérieur, les lumières commencent à éclairer les chaumières ici où là, la brume s’intensifie, effaçant les reliefs alentour.
La commande du repas du soir a déjà été passée, dès notre arrivée dans l’après midi. C’est coutume ici, en trek surtout, où l’on retrouvera une carte de plats, quasiment identique dans toutes les guesthouses où nous ferons halte; mais, avec le grain de sel particulier de la maîtresse de maison ou du cuisinier!!
Traditionnellement au Népal, la boisson du repas est apportée à table pendant que l’aubergiste mitonne le repas.
Pour le dîner, ce sera une Everest ou une Gorka, que l’on partage souvent, car les bouteilles de ces bières locales affichent souvent plus d’un demi litre…..
Les portions des plats sont généreuses et on variera chaque soir les plaisirs entre le dal bhat,plat national, le rice, les noodles, « veg » ou avec du  » chicken « , les pakoras ou beignets de légumes.
Nombreux ingrédients, que l’on aura vu transportés à dos d’homme, ou sur le flanc des mules, dans de petites nacelles en bambou.
Pour sûr, on en connaît le prix !
Un des attraits du trek pour moi, qui ne cultive d’aucune manière la performance physique, ou le dépassement de soi, c’est surtout la rencontre!
Comme chacun sait, elle est toujours improbable, imprévue, ou de circonstance, presque toujours sans lendemain.
Mais qu’importe !
Elle associe le souvenir d’un échange, à un lieu, un moment, à des femmes, des hommes ou des enfants.
Eh bien, ce premier soir, autour du feu de la Majectic GuestHouse, un couple asiatique, d’une cinquantaine d’années et leurs deux enfants se réchauffaient autour du poêle.
J’engage auprès d’eux la conversation, dans un anglais de voyage approximatif. Madame, puis son mari, enchaînent aussitôt à mon encontre dans un français impeccable !!!
Bien sûr, méprise totale et sourires entendus!
Monsieur, arrivé très jeune en France avec ses parents, a habité une banlieue parisienne que je connais parfaitement. Installé avec sa famille, depuis une dizaine d’années à Shanghai, il revient régulièrement en France.
On échangera un petit moment sur la Chine, la France et sur la passion partagée par cette petite famille pour le trek en montagne. Ils parlent déjà de revenir au Népal l’an prochain, au Langtang….dont bien sûr je leur dis grand bien.
On s’apercevra le lendemain matin avant de repartir….chacun poursuivant son chemin.
Sur un tout autre sujet et paradoxalement, nous aurons beaucoup de difficultés, surtout en début de trek, à partager le repas du soir avec notre guide et nos deux porteurs. Nous ne manquerons jamais de leur proposer chaque fois pourtant. Mais, une certaine pudeur peu être, une façon de faire, une coutume…que sais je ?
C’est une affaire compliquée !
Très souvent les guides et porteurs se retrouvent et partagent leur dîner avec les aubergistes dans la cuisine.
Ils sont, il est vrai, pendant toute la journée si près de nous, attentifs au moindre faux pas, ou au moindre signe de fatigue, que l’on a du mal à les quitter.
Je crois que ce premier soir, l’extinction des feux eût lieu à 19h30, bien au chaud au fond du duvet, et GOOD NIGHT !

BIRHETANTI1GORHEPANI5 ULLERI1

J 2 de ULLERI à GHOREPANI (2920m)

Nous repartons à l’assaut de cet escalier de l’impossible en direction de Ghorepani.Le paysage de terrasses que les paysans commencent à amender avant les premières semences, cède la place à une forêt où les rhododendrons sont rois.
La brume est tenace et donne une coloration un peu étrange à l’ensemble. Les rodhos, qui attendront la fin du mois avant d’éclater en bouquets rouge vif du haut de leurs dix mètres, sont ici en abondance. Les tronc élancés aux écorces brunes et rougeâtres, les branches basses, d’où pendent mousses et lichen vert de gris, nous livrent pour le moment un décor tourmenté.
Nous arriverons à Ghorepani, en tout début d’après midi, un peu fourbue pour ma part, au milieu d’un brouillard bien épais déjà. Super View Guest House, tout en haut du village, sera notre point de chute jusqu’au lendemain. Ce midi, Kesang, Pemba et Naresh se seront installés près de nous, dans la salle de restaurant. On s’y régalera d’excellentes pakoras, beignets de légumes frits dans de la pâte de pois chiche.
Pemba n’est pas en forme cet après-midi. On lui fait passer quelques remèdes. Par ailleurs, il nous informe que la montée à POONHILL est très compromise pour le lendemain, au vu du brouillard qui enveloppe tout le village. Avec Naresh et Kesang, ils engageront une partie de cartes en compagnie d’autres guides et porteurs. N’ayant pas le pouvoir de changer la météo, nous descendons dans le village faire un petit tour.
Les maisons en pierre se tiennent côte à côte, le long d’une ruelle centrale, où deux échoppes sont particulièrement attractives pour les touristes: nous y trouverons une cape de pluie, manquante dans l’un de nos bagages, de très belles cartes postales, des bonnets et serre-tête très colorés, et aussi des friandises réconfortantes pour les coups de « mou » sur les marches d’escalier!
Au moment de rejoindre nos chambres, Kesang nous invite à jeter un œil par la fenêtre sur le coup des quatre heures du matin, et si la nuit noire est étoilée, dit il, alors nous partirons dès cinq heures pour PoonHill.
Chic alors! L’idée de devoir y renoncer, si près du but, nous chagrinait un peu mais bien sûr, devant les éléments, on se serait incliné!
À cinq heures pétantes, nous sommes « ready «, quand Kesang vient tout doucement frapper à la porte. Nous partons sur le champ, munis de gants, bonnet, et frontale.
Le clou du spectacle sur les balcons des Annapurnas, le summum, l’apothéose, le must, c’est de se rendre sur le belvédère de POONHILL (3253m), au lever du soleil, avec vision totale sur les grands sommets. On y sera!
En trois quarts d’heure, dans la nuit noire et glacée, nous gravissons les 400m de montée……de marches……d’escalier ! Nous y sommes !
Pemba est resté se reposer, toujours un peu patraque . Notre groupe de cinq est dans les vingt premiers à arriver sur la plateforme de PoonHill, et en se retournant, vers Ghorepani, on aperçoit dans la nuit encore étoilée, un chemin de frontales ininterrompues, arriver vers nous.
A 6h30, nous serons bien 300 à commencer à mitrailler de toutes parts, les grands des Annapurnas:
DHAULAGIRI (8167m), ANNAPURNA 1 (8091m), 2, 3,
ANNAPURNA SOUTH (7219m), HIMCHULI (6441m),
MACHAPUCHARE (6993m), apparaissent, éclairés par le soleil naissant un peu orangé.
Il fait très froid, j’ai l’onglée, mais je suis ravie d’être là;
Naresh et Kesang sont aussi très heureux. Nous immortalisons la scène sur la traditionnelle photo devant la pancarte bien entendu.
Autour de nous, photographiant tous les sommets, des européens, des américains du Nord et du Sud, des australiens, des chinois…..s’extasient tout comme nous, devant un panorama aussi saisissant.
L’impression que les amoureux de l’Himalaya, venant de tous les coins de la terre, se sont donnés rendez-vous ici, à Poon Hill, pour célébrer en commun ce lever de soleil merveilleux, magique.
Mais, du fond de la vallée, monte un brouillard qui va probablement s’installer pour la journée; il est déjà 7h45: nous entamons la descente vers la guesthouse où nous attendent de savoureuses crêpes chocolat bananes, et du thé noir brûlant.
Il nous faut tout cela pour enchaîner jusqu’à Tadapani, après le petit aller retour à PoonHill. La brume a maintenant totalement envahi le village.

POONHILL7 POONHILL6 POONHILL5 POONHILL4 POONHILL3 POONHILL2 POONHILL1

J 3 de GHOREPANI à TADAPANI (2675m)

 

Nous démarrons par une ligne de crête repérée la veille sur une carte, à découvert, avec ici ou là quelques gigantesques rhododendrons, les seuls à être en fleurs que nous verrons. Juste avant d’arriver en forêt, sur une étendue d’herbes sèches, des drapeaux de prière flottent au gré d’une petite bise. On descendra un bon moment, sans trop de marches cette fois, en traversant une rivière tempétueuse, la Bhurungdi Khola, bordée de nombreux cairns. On sort les capes de protection, la pluie arrive et tombera une heure durant.
Nous en profiterons pour faire la pause déjeuner en compagnie d’une équipée charmante de coréens, (du sud nous précisent -ils d’entrée), bien décidés à bavarder. Ils ne manqueront pas de sortir le « Samsung » de dernière génération, posé sur une longue perche, et de nous prendre en photo avec eux. Ils seront très honorés quand je leur dis avoir vu sur Arte, la semaine précédant notre départ, un reportage sur leur pays, la Corée du Sud. Ils nous livrent quelques infos sur les JO, nous avions oublié ! et nous leur rappelons les temps forts de ceux de Grenoble, en 1968, il y a cinquante ans!!
Alors qu’ils s’apprêtent à remonter vers l’ABC (ANNAPURNA BASE CAMP), nous descendons sur Tadapani.
Un bon moment encore, de conservations amicales partagées, aux sujets inépuisables.
Il nous faut repartir vers de nouvelles aventures, encore une petite montée d’escalier de 700 m.
C’est comme à la colo le troisième jour: le coup de mou dans les gambettes, et au moral. Vraiment épuisée, je fais de rapides calculs de dénivelés positifs et négatifs depuis ce matin 5 h, il se remet à pleuvoir, la brume s’épaissît encore, la forêt de rodhos est de plus en plus inquiétante …..
Mon rythme est cassé par les nombreuses pauses que je fais toutes les 10 marches, toujours plus hautes et irrégulières. Naresh ou Pemba se relaient à mes côtés, calant leur pas sur le mien, toujours attentionnés.
À un moment donné de découragement, je leur dis tout de go:
BALCONNY ANNAPURNA TREK: FIRST TIME LAST TIME!
« Première et dernière fois » !!!
Ils se doutent bien du second degré; je le vois à leurs sourires malicieux mais bienveillants, toujours .
Notre arrivée à Tadapani se fera dans la brume, le crachin himalayen et un froid de canard ! Nous ne verrons rien du panorama grandiose qui entoure aussi ce village. Dommage!
Mais nous ne maîtrisons pas les éléments météorologiques, une fois de plus.
La salle commune de l’Annapurna GuestHouse, en haut d’un escalier de bois, est glaciale, à une heure où habituellement l’aubergiste a déjà fait le feu; c’est Kasang qui s’y collera le premier.
La douche, en bas, dans la cour, est aux quatre vents: pour sûr, ce soir, on se passera de la douche !
Dès que les bûches crépitent, on se retrouve en cercle autour du poêle, pendant que nos vêtements mouillés sèchent, et l’on engage la conversation avec les quelques trekkeurs installés avec nous.

Ils sont trentenaires et indiens; l’un est dans le commerce de chaussures avec l’Afrique du Sud, son amie vient d’ouvrir à Bombay une boutique de produits en soins naturels, un autre est enseignant à Delhi; ils ont en commun une passion pour la marche en montagne, et bien sûr pour ce petit pays frontalier avec l’Inde.
Ensemble, autour d’un thé, nous voyagerons de Chennai à Pondichery, de Jaiselmer à Cochin, de Mahaladipuram à Goa, de Bundi à Auroville! Autant de lieux magiques d’un pays qui m’est cher aussi.
Ils avoueront ne pas connaître toutes ces villes et on conviendra en riant tous ensemble, que leur pays est aussi grand qu’un continent!
Encore une rencontre sans lendemain bien agréable après une bonne journée de marche.
Quand l’aubergiste nous apportera les repas, je suis tellement submergée de fatigue que je ne pourrai avaler ce soir là, le moindre grain de riz de mon « rice végétables »; ma seule concession au dîner sera un excellent ginger lemon honey tea.

J 4 de TADAPANI à GHANDRUNG et LANDRUNG (1500 M)

Nous partirons assez tôt le lendemain; le ciel bleu, intense, et le soleil déjà haut, nous accompagnent et nous ravissent.
Le paysage est davantage diversifié. Ici où là, des buffles noirs à la peau luisante font leur apparition dans des coins d’herbes fraîches et goûteuses ou encore des petits coins de bambous, dont ils font leurs délices.
Et toujours un ballet incessant de trekkeurs sur les chemins, de villageois dans les hameaux, occupés à bêcher, sarcler, préparer la terre des parcelles en terrasses, où bientôt, pousseront le riz,le maïs ,les légumes .
Concernant Naresh et Pemba, je sens bien qu’ils ont parfois le mal du pays et de la famille. A chaque étape, ils ne manquent pas de communiquer avec leurs épouses et leurs enfants, qui très jeunes, sont totalement rompus à la communication par smartphones interposés.
Pemba, lui, nous enchantera tout le long du trek, avec son téléphone, qui égrène des chansons villageoises, très joyeuses, bien connues au Népal, et déjà entendues au LANGTANG.
Sur les coups de onze heures, nous arrivons à GHANDRUNG, très beau village « Gurung ». Les balcons de bois des maisons blanches débordent d’œillets d’Inde orangés très lumineux, donnant à l’ensemble un petit air cossu.
Les Gurungs sont l’ethnie prédominante dans la partie méridionale des Annapurna, de religion bouddhiste ou hindouiste.
C’est entre autre, dans cette ethnie, que les armées indiennes et britanniques engagent encore les jeunes à intégrer les régiments de Gurkhas, qualifiés de vaillants guerriers par l’empire britannique en son temps.
Nous visiterons le musée, le Old Gurung Muséum, qui se tient dans une petite maison; on y découvrira différents outils servant à l’agriculture, à la récolte du miel, des objets usuels du quotidien, des khukuris, couteaux aux belles lames courbées, des berceaux, nasses, paniers, tissés en bambou ou encore des petites ruches traditionnelles.
Nous reprenons notre descente vers la vallée encaissée de la rivière MODI KHOLA, cette fois sous un soleil bien agréable.
Les mythiques sommets enneigés sont maintenant à portée de main ! Ils nous semblent tellement proches!
Il est l’heure de la pause et nos amis népalais nous invitent à déjeuner sous une tonnelle ombragée d’une charmante auberge. Sur la terrasse, étalés sur d’immenses plateaux, sèchent des champignons qui ressemblent fort à nos trompettes chanterelles.
Nous découvrons d’ici, notre étape du soir, le village de LANDRUNG, sur la « colline » d’en face, que nous atteindrons après une montée d’à peu près huit cents mètres.
Une passerelle himalayenne flambant neuve nous mènera sur le versant opposé, où cheminent des villageois qui remontent chez eux, de lourdes charges sur le dos.
C’est à l’Hotel Hungry Eye que nous nous posons pour la nuit.
J’ai toujours du mal à donner une traduction satisfaisante au nom de cet hôtel:
Est ce, stricto sensu « l’hôtel de l’œil affamé »? Ou bien l’hôtel des yeux gourmands …..du panorama alentour ?
Je ne le saurais jamais!
Une grande bâtisse de briques peintes en blanc et bleu, un auvent en bois courant tout le long, ménageant une belle ombre, et des buissons fleuris plantent un décor plutôt accueillant.
Les chambres y sont cosy aussi; la patronne a elle même brodé les oreillers d’un « Sweet Dream » (doux rêves) tout à fait charmants.
Elle nous régalera aussi d’excellents momos (raviolis de légumes ou de viande), avec la bonne sauce, délicieusement piquante, qui va avec.
A la table commune, un jeune couple de Français qui revenait du Dolpo, où ils œuvrent dans des missions éducatives et sanitaires.
Un moment d’échange intéressant, sur les projets à venir de TPH au Langtang, sur ceux de leur association dans la Drôme.
Cet accueil vraiment très chaleureux de l’hôtel, se confirmera dès le lendemain matin. En effet, sur la pelouse, devant les chambres, à été installée une belle table pour le petit déjeuner : devant l’ANNAPURNA SOUTH, excusez du peu!, sur lequel dardent les premiers rayons du soleil.
Rien que cela! Nous immortaliserons ce moment tous les six avec de nombreuses photos!
Le beau temps s’est résolument installé dans la région.

J 5 de LANDRUNG à POTHANA ( 1890 M )

Nous repartons de LANDRUNG, bien reposés, encore sous le charme de cette halte bien agréable.
La vue est maintenant très dégagée; moins de forêts et davantage de terrasses, étagées sur des pans entiers de montagne, certaines toutes vertes de cultures précoces, d’autres encore parsemées de petits tas de fumier.
Nous traverserons encore des petits hameaux, nous glisserons un billet dans une boîte pour la rénovation d’une école, alertés par un enseignant du village.
Enfin, nous croiserons un joyeux groupe de jeunes militaires en entraînement, descendant en courant, d’un pas très assuré, une belle sente boisée. Pas moins de cinquante Namaste seront échangés ……
Notre dernière nuit sera à Pothana, dernier village des Balcons pour notre petit groupe. Mais il peut aussi constituer une première étape pour ceux qui organisent leur trek en sens inverse.
On y retrouvera donc un centre de contrôle des permis de treks dont le tampon final figurera sur nos papiers. C’est la Guest House Shangri La qui nous accueillera pour cette étape.
La salle vitrée nous laissera apercevoir le MACHAPUCHARE dans toute sa splendeur au soleil couchant. On le reconnaît aisément à son sommet en queue de poisson; c’est d’ailleurs la signification de son nom en népalais. Il revêt un caractère sacré et les hindouistes évoquent à son endroit la demeure de Shiva.
Pothana sera notre dernière étape sur le chemin des balcons.

 

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Le lendemain matin, les duvets calés au fond des sacs, nous repartons pour la vallée, en dévalant presque les mille dernières marches…..
A Phedi, nous attend un véhicule qui nous ramènera à Pokhara en début d’après midi.
Nous flânerons sur le bord du lac avant de se retrouver tous les six, à la nuit tombée, dans un magnifique restaurant en plein air, pour y déguster un très bon dîner, tout en regardant un spectacle de danses traditionnelles.
Pemba, Naresh et Kesang avaient spécialement demandé une table devant la scène!!!!
Pour nous faire plaisir bien sûr; et comble de joie pour nous, nous étions tous les six à la même table!
Naresh, rappelé dans son pays Tamang, nous quittera le lendemain avec le premier bus.
Nous resterons encore une journée à Pokhara, avant le retour vers Katmandu, laissant déjà entrevoir, la fin de notre séjour au Népal.

LANDRUNG9

 

A mon retour à Proveysieux, en dépliant une carte du Népal, j’ai vu qu’à l’est de Khatmandu, en allant vers l’Everest, le pays des Sherpas m’était complètement inconnu……..

Martine Grabowiecki

 

2018 AU NÉPAL EN FÉVRIER

 

Nous fûmes quarante deux voyageurs dont une quinzaine de proveysards, à nous envoler vers le Népal, en ce mois de Février 2018.
Ce voyage impulsé par TPH a été organisé sur place par NAMLANG ECO TOURISM, agence de treks et séjours, gérée par TEMBA LAMA, notre ami tibétain, en parallèle de son activité au sein de « PAGODA», l’atelier de confection et d’artisanat, situé tout près du Stupa.
Alors que les durées de séjours s’échelonnaient de deux à cinq semaines selon les petits groupes constitués, une date commune de départ avait permis à Christian de réserver un transport collectif à partir de Saint Egrève.
Voilà donc une joyeuse équipée en partance pour le Népal!!!!

Pour l’anecdote, à l’aéroport de Genève, et déjà en salle d’embarquement, quatre personnes de notre groupe, vécurent un grand moment de « solitude « au comptoir d’Ethiad Airways, quand elles se sont vues annoncer qu’elles étaient en surbooking!!!
Mais, Eurêka ! Après l’appel d’environ 300 passagers par le personnel de la compagnie, notre groupe au complet, trouvait une place dans l’ A330, qui nous menait à l’escale d’Abu Dhabi.
Trois heures plus tard, nous embarquions dans un second vol pour Khatmandu.
Parmi nous, de nombreux jeunes népalais, travaillant toute l’année aux émirats dans les conditions que l’on sait, rentraient au pays pour de courtes vacances, depuis probablement une année où deux de dur labeur. Leurs sourires détendus, une fois installés à bord, faisaient plaisir à voir! On imaginait aisément leur hâte à retrouver familles et amis, particulièrement en ces périodes de fêtes.
Arrivés à KTM AIRPORT, le « moment VISAS « nous occupa un temps, avec bien sûr les éternelles interrogations qui fusaient ça et là, dans le groupe, au moment de remplir le questionnaire destiné aux étrangers.
LASTNAME, FIRSTNAME: « Dis, tu te souviens, c’est lequel le nom de famille «?
Depuis la dernière fois, en 2013 pour moi, de la nouveauté et de la modernité pourtant: en effet, de charmantes employées viennent au secours des voyageurs, les engageant à scanner la première page du passeport sur de grosses bornes informatiques.
On ressent alors comme une certaine fébrilité, une hâte à en avoir fini avec ces formalités incontournables, et pour ceux dont c’est la première venue ici, l’envie irrésistible, mêlée d’appréhension, de se colleter avec la rue, le Népal en vrai, Katmandu polluée, bruyante, agitée, mais aussi, souriante, hospitalière, accueillante…..népalaise, tibétaine, bouddhiste, hindouiste.
Temba fera tout de suite le lien, dès la sortie de l’aéroport par petits groupes, en reconnaissant les anciens et en accueillant les nouveaux venus, bien plus nombreux encore.
Il faudra au moins trois minibus pour venir à bout de nos bagages et nous conduire au cœur du quartier tibétain de Kathmandu, à Bodnath précisément, près du grand stupa.
C’est à la TI SE GUEST HOUSE, bien connue des voyageurs de TPH, que nous allons séjourner pour cette première semaine!
C’est certain ! Elle peut afficher complet!
Dès le lendemain, notre grand groupe, sera réparti auprès de trois guides népalais francophones afin de faciliter en autres, les visites des villes royales de Bakthapur, Patan, du centre historique de Khatmandu, et de Swayambunath, le temple aux singe, pour la semaine à venir.

SHIVARATRI

Et pour une première entrée en matière, ça démarre très fort, puisque nous nous rendons à pied à PASHUPATINATH, à la SHIVARATRI, grande fête hindouiste, célébrant l’anniversaire de la naissance de SHIVA, sur les bords de la rivière Bagmati.
SHIVA, c’est le dieu suprême, qui partage avec VISHNOU et BRAHMA la trinité hindoue.
Un peu sur les hauteurs, le toit d’or du temple du temple dédié, brille de tous ses feux en cette journée très ensoleillée, déjà de bon matin.
On continue de comparer Pashupatinath à BENARES en Inde, car sur les GHATHS ou berges de la Bagmati comme sur ceux du Gange, ont lieu les cérémonies rituelles de crémations des hindous.
La célèbre ShivaRatri, voit aussi affluer ce jour là, outre les pèlerins, les fameux SÂDHUS , venus du Népal mais aussi de l’Inde, pour honorer leur dieu Shiva.
Ces sâdhus ( les bons) appelés aussi « babas » ou « swamis », (ceux qui se possèdent) sont considérés comme des ascètes, ermites ou nomades, ayant renoncé à l’attachement matériel, peu vêtus et vivant de dons pour se nourrir. Ils peuvent appartenir à différentes sectes, ce terme n’ayant pas ici, la connotation péjorative qu’on lui connaît en Occident.
Ceux que l’on verra ce jour là, sont des sâdhus Shivaïtes bien sûr.
Souvent formés auprès d’un maître spirituel ou GURU, ils le quittent ensuite pour aller par les routes, d’un lieu sacré à un lieu saint.
Ils arborent une chevelure qui peut parfois atteindre plusieurs mètres, enduisent leur corps de cendre, symbolique de la destruction mais aussi de la renaissance, on distingue le trident de Shiva peint sur leur front.
Ils fument du cannabis qui les aide à la méditation, et à la séparation des biens terrestres, le justifiant ainsi comme une offrande sacrée à leur Dieu vénéré.
Au Népal, son usage totalement interdit et donc réprimé, est uniquement autorisé en ce jour sacré de ShivaRatri. Autour des petits sanctuaires disséminés sur les collines de Pashupatinath, les sâdhus se regroupent, et se font volontiers tirer le portrait, se passant un » joint « gros comme un barreau de chaise, pour le plus grand plaisir des touristes étonnés et ravis que nous sommes.

En quittant Pashupatinath, une paire d’heures plus tard, des images et des senteurs plein la tête, nous longeons, en sens inverse, une queue interminable mais très ordonnée de pèlerins, affichant une fervente dévotion, venus de tout le Népal pour honorer Shiva!
On a dénombré 100000 personnes cette année paraît-il !
Les dames vêtues de lumineux saris dans les tons rouge et orangé, ainsi que les jeunes écoliers ne sont pas avares en clins d’oeil amicaux et en salutations très gracieuses, le fameux « NAMASTE ».

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Cette première semaine, démarrée à Pashupatinath fût ensuite ponctuée de visites dans les autres villes d’art et de culture autour de Khatmandu et d’un repas de momos dans la famille de Temba.
Le LOSAR, ou nouvel an tibétain, donne à ces différents lieux, une coloration particulière pour la communauté tibétaine.
Traditionnellement, les festivités se sont terminées sur le stupa, le plus important d’Asie, repeint de blanc de chaux, et orné de motifs couleur safran, par la cérémonie de changement des drapeaux.
Les quatre paires d’yeux de Bouddha sur le dôme, représentant sagesse et compassion, semblaient toujours nous suivre du regard lorsque nous en faisions le tour, pour quelques KORAS, autour du majestueux édifice.
Très vite, chaque petit groupe d’amis a trouvé le chemin du stupa depuis la Tise Guest House, soit pour quelques koras ou bien pour aller dénicher, qui, un pashmina, qui, une statuette, un bol chantant ou du « Green Tea », dans les innombrables échoppes tenues par des commerçants tibétains.
Dès le lendemain, chaque groupe constitué, partait, pour un trek, une découverte culturelle, ou encore une escapade tropicale dans la région du TERAIL, frontalière de l’Inde.

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TREK SUR LES BALCONS DES ANNAPURNAS

J 1: de NAYAPUL (1100m) à ULLERI ( 1960m)

Nous serons trois, Jean François, Marion, et moi même à avoir choisi de partager ce trek: les Balcons des Annapurnas.
Dès la deuxième semaine de notre séjour, nous partions dans un mini bus pour la seconde ville du pays, POKHARA, au pied des Annapurnas: la grande route à deux voies qui la relie à Katmandu, est, certes, un peu de tous les dangers, tant le trafic des camions, des bus et des jeeps y est intense et ininterrompu, à toutes heures du jour et de la nuit.
La première fois, on est impressionné.
Après, il suffit de vérifier que la statuette de GANESH, le dieu à tête d’éléphant avec une seule défense, est bien en place sur le tableau de bord du conducteur de bus !
C’est généralement le cas dans la presque totalité des véhicules roulant au Népal. Sachons que Ganesh est un peu le dieu du quotidien, de la prudence, et celui qui nous évite les pires ennuis !!

Accompagnés de Pemba, Kesang et Naresh, guide et porteurs, et après un bon petit déjeuner à l‘hôtel ViewPoint de Pokhara, nous embarquons ce mardi 20 Février, à bord d’un petit fourgon, en direction de Nayapul; dernier arrêt pour les véhicules motorisés, dernier arrêt du bus.
Au delà, ce sera à pied ou à….cheval!
Le trek des « Balcons », c’est la randonnée d’un village à un autre en pays gurung, en boucle, et sur une durée de cinq à sept jours, sur le versant sud des Annapurnas, jusqu’à une altitude maximum de 3200m; ce que nous appellerions par chez nous un massif montagneux de belle hauteur, est facilement dénommé ici   »collines », par la population locale.
Bien sûr, en cheminant sur le trek des Balcons, nous nous trouvons en permanence devant le panorama saisissant et enchanteur des sommets mythiques, qui tutoient allègrement les 7000 mètres!
L’autre particularité du trek des Balcons, demeure dans ces milliers de marches d’escalier, entièrement façonnées par les villageois, et ce, depuis des temps immémoriaux; ils les gravissent journellement pour commercer, construire, aller à l’école et tout simplement vivre ici.
Au vu des pentes un peu raides que l’on gravît parfois, on peut aisément imaginer que ces marches, de toutes les tailles, toutes les largeurs et hauteurs, contribuent grandement à contrer l’érosion des sols, ravinés par les pluies de mousson. Ce chemin est utilisé jour et nuit, par les villageois, les randonneurs, et aussi par des caravanes de mules et petits chevaux, chargés de pesants matériaux de construction, d’équipements divers ou de lourds sacs de denrées.
À Nayapul, je m’arrête dans une petite pharmacie, où je demande un baume pour les douleurs; en effet je m’aperçois que j’ai laissé à Khatmandu, une réserve de trois tubes du miraculeux Rumalaya achetés à Tamel. Le pharmacien me donne le choix entre un équivalent de nos anti inflammatoires, allopathique bien sûr, de marque indienne et un tube de baume aux plantes, de facture népalaise.
Sans hésiter, je prends le second; il servira à adoucir le soir, à la guest house, mes genoux endoloris ainsi que ceux de Naresh, qui accusait dès le premier soir une fragilité à cet endroit, malgré sa belle jeunesse.
Une petite passerelle himalayenne au dessus de la rivière, et nous atteignons rapidement Birethanti, à 1100m, où notre guide, qui détient nos précieux sésames, va régler les formalités d’usage aux contrôles de permis, échelonnés sur différents points des Balcons.
Ces permis de trek sont relativement récents:
C’est en 2008 que le gouvernement népalais a créé le TIMS:
Trekking Information Management Système.
Ah! j’allais oublier: avant de démarrer ce fameux trek, un peu d’histoire tout de même!!
Le vocable « TREK » n’a historiquement rien à voir avec l’Himalaya, auquel il est pourtant de nos jours, communément associé. Il trouve son origine dans le terme de langue afrikaans : « TIRER » associé au « Grand Trek » ou grande migration des Boers, colons fermiers d’origine néerlandaise, depuis Le Cap vers l’intérieur des terres, en Afrique du Sud dès l’année 1830.
Son acception actuelle de randonnée en montagne, date du milieu du vingtième siècle. Définitivement, dans le langage touristique, on randonne en France, mais on va faire un trek au Népal.

Un soleil un peu timide nous accompagnera lors de cette première journée. Nous ne croiserons que quelques randonneurs seulement; Février attire beaucoup  moins de monde que les mois d’automne, qui voient affluer des milliers de trekkeurs du monde entier sur les chemins des Annapurnas.
Nous cheminons dans un paysage forestier d’espèces communes, de feuillus, de pins, d’épicéas et des fameux rhododendrons que l’on peut voir dès 1500 mètres.
C’est un peu tôt dans la saison; nous n’en verrons en fleurs de toutes les teintes de rouge, qu’à Ghorepani, beaucoup plus haut.
Les marches du sentier se chargent de nous mettre en jambes rapidement. Parfois elles semblent atteindre 50 cm de hauteur!
Sur les coups de midi, Kesang, Naresh et Pemba annoncent la pause déjeuner, incontournable en trek, et au Népal, d’une manière générale.
Ce sera des noodles aux petits légumes, préparés à la demande, servis sur la terrasse de l’Amrita Lodge. C’est si bon de s’affaler dans un fauteuil, de reposer la gambette et d’admirer le paysage de la colline qui nous fait face, en sirotant un Ginger Lemon Honey Tea, la boisson revigorante par excellence: j’en ferai une consommation sans modération, à toute heure du jour ou de la soirée au Népal.
Une météo brumeuse nous accompagnera l’après midi jusqu’à Ulleri, que nous atteindrons vers 16heures. Les altitudes affichées sur les pancartes des lodges, sur différentes cartes ou encore sur des sites web ne sont jamais tout à fait concordantes. C’est donc un « mix « de plusieurs données que j’indiquerai à côté des villages où nous nous arrêterons.
Cet escalier sans fin du premier jour, m’a rompu les os, les muscles, les articulations!
Est ce le premier jour de marche, le manque d’entraînement, ai je présumé de mes capacités ???
Nos trois accompagnateurs ont jeté leur dévolu sur la Majestic Guest House, au milieu du village. Nous montons nos sacs à dos dans nos chambres, qui se trouvent être…….. au premier étage d’un escalier extérieur, dont j’ai peine à gravir les marches, bien raides encore! Celles ci ont été faites pour des géants pour le coup! Oh my  God !
Et là, délicate attention, nous avons droit à une chambre avec « attached bathroom » ! Quelle chance!
Une bonne douche chaude contribue à atténuer la fatigue de la journée.
Après un rapide petit tour dans le village, quelque peu désert en cette fin d’après midi, nous rentrons au lodge.
Au milieu de la grande pièce commune du restaurant, le poêle commence à ronfler, les randonneurs font sécher un peu de linge, bouquinent, ou bavardent tranquillement.
C’est 18h passées, en ces latitudes, la nuit est là très vite. A l’extérieur, les lumières commencent à éclairer les chaumières ici où là, la brume s’intensifie, effaçant les reliefs alentour.
La commande du repas du soir a déjà été passée, dès notre arrivée dans l’après midi. C’est coutume ici, en trek surtout, où l’on retrouvera une carte de plats, quasiment identique dans toutes les guesthouses où nous ferons halte; mais, avec le grain de sel particulier de la maîtresse de maison ou du cuisinier!!
Traditionnellement au Népal, la boisson du repas est apportée à table pendant que l’aubergiste mitonne le repas.
Pour le dîner, ce sera une Everest ou une Gorka, que l’on partage souvent, car les bouteilles de ces bières locales affichent souvent plus d’un demi litre…..
Les portions des plats sont généreuses et on variera chaque soir les plaisirs entre le dal bhat,plat national, le rice, les noodles, « veg » ou avec du  » chicken « , les pakoras ou beignets de légumes.
Nombreux ingrédients, que l’on aura vu transportés à dos d’homme, ou sur le flanc des mules, dans de petites nacelles en bambou.
Pour sûr, on en connaît le prix !
Un des attraits du trek pour moi, qui ne cultive d’aucune manière la performance physique, ou le dépassement de soi, c’est surtout la rencontre!
Comme chacun sait, elle est toujours improbable, imprévue, ou de circonstance, presque toujours sans lendemain.
Mais qu’importe !
Elle associe le souvenir d’un échange, à un lieu, un moment, à des femmes, des hommes ou des enfants.
Eh bien, ce premier soir, autour du feu de la Majectic GuestHouse, un couple asiatique, d’une cinquantaine d’années et leurs deux enfants se réchauffaient autour du poêle.
J’engage auprès d’eux la conversation, dans un anglais de voyage approximatif. Madame, puis son mari, enchaînent aussitôt à mon encontre dans un français impeccable !!!
Bien sûr, méprise totale et sourires entendus!
Monsieur, arrivé très jeune en France avec ses parents, a habité une banlieue parisienne que je connais parfaitement. Installé avec sa famille, depuis une dizaine d’années à Shanghai, il revient régulièrement en France.
On échangera un petit moment sur la Chine, la France et sur la passion partagée par cette petite famille pour le trek en montagne. Ils parlent déjà de revenir au Népal l’an prochain, au Langtang….dont bien sûr je leur dis grand bien.
On s’apercevra le lendemain matin avant de repartir….chacun poursuivant son chemin.
Sur un tout autre sujet et paradoxalement, nous aurons beaucoup de difficultés, surtout en début de trek, à partager le repas du soir avec notre guide et nos deux porteurs. Nous ne manquerons jamais de leur proposer chaque fois pourtant. Mais, une certaine pudeur peu être, une façon de faire, une coutume…que sais je ?
C’est une affaire compliquée !
Très souvent les guides et porteurs se retrouvent et partagent leur dîner avec les aubergistes dans la cuisine.
Ils sont, il est vrai, pendant toute la journée si près de nous, attentifs au moindre faux pas, ou au moindre signe de fatigue, que l’on a du mal à les quitter.
Je crois que ce premier soir, l’extinction des feux eût lieu à 19h30, bien au chaud au fond du duvet, et GOOD NIGHT !

BIRHETANTI1GORHEPANI5 ULLERI1

J 2 de ULLERI à GHOREPANI (2920m)

Nous repartons à l’assaut de cet escalier de l’impossible en direction de Ghorepani.Le paysage de terrasses que les paysans commencent à amender avant les premières semences, cède la place à une forêt où les rhododendrons sont rois.
La brume est tenace et donne une coloration un peu étrange à l’ensemble. Les rodhos, qui attendront la fin du mois avant d’éclater en bouquets rouge vif du haut de leurs dix mètres, sont ici en abondance. Les tronc élancés aux écorces brunes et rougeâtres, les branches basses, d’où pendent mousses et lichen vert de gris, nous livrent pour le moment un décor tourmenté.
Nous arriverons à Ghorepani, en tout début d’après midi, un peu fourbue pour ma part, au milieu d’un brouillard bien épais déjà. Super View Guest House, tout en haut du village, sera notre point de chute jusqu’au lendemain. Ce midi, Kesang, Pemba et Naresh se seront installés près de nous, dans la salle de restaurant. On s’y régalera d’excellentes pakoras, beignets de légumes frits dans de la pâte de pois chiche.
Pemba n’est pas en forme cet après-midi. On lui fait passer quelques remèdes. Par ailleurs, il nous informe que la montée à POONHILL est très compromise pour le lendemain, au vu du brouillard qui enveloppe tout le village. Avec Naresh et Kesang, ils engageront une partie de cartes en compagnie d’autres guides et porteurs. N’ayant pas le pouvoir de changer la météo, nous descendons dans le village faire un petit tour.
Les maisons en pierre se tiennent côte à côte, le long d’une ruelle centrale, où deux échoppes sont particulièrement attractives pour les touristes: nous y trouverons une cape de pluie, manquante dans l’un de nos bagages, de très belles cartes postales, des bonnets et serre-tête très colorés, et aussi des friandises réconfortantes pour les coups de « mou » sur les marches d’escalier!
Au moment de rejoindre nos chambres, Kesang nous invite à jeter un œil par la fenêtre sur le coup des quatre heures du matin, et si la nuit noire est étoilée, dit il, alors nous partirons dès cinq heures pour PoonHill.
Chic alors! L’idée de devoir y renoncer, si près du but, nous chagrinait un peu mais bien sûr, devant les éléments, on se serait incliné!
À cinq heures pétantes, nous sommes « ready «, quand Kesang vient tout doucement frapper à la porte. Nous partons sur le champ, munis de gants, bonnet, et frontale.
Le clou du spectacle sur les balcons des Annapurnas, le summum, l’apothéose, le must, c’est de se rendre sur le belvédère de POONHILL (3253m), au lever du soleil, avec vision totale sur les grands sommets. On y sera!
En trois quarts d’heure, dans la nuit noire et glacée, nous gravissons les 400m de montée……de marches……d’escalier ! Nous y sommes !
Pemba est resté se reposer, toujours un peu patraque . Notre groupe de cinq est dans les vingt premiers à arriver sur la plateforme de PoonHill, et en se retournant, vers Ghorepani, on aperçoit dans la nuit encore étoilée, un chemin de frontales ininterrompues, arriver vers nous.
A 6h30, nous serons bien 300 à commencer à mitrailler de toutes parts, les grands des Annapurnas:
DHAULAGIRI (8167m), ANNAPURNA 1 (8091m), 2, 3,
ANNAPURNA SOUTH (7219m), HIMCHULI (6441m),
MACHAPUCHARE (6993m), apparaissent, éclairés par le soleil naissant un peu orangé.
Il fait très froid, j’ai l’onglée, mais je suis ravie d’être là;
Naresh et Kesang sont aussi très heureux. Nous immortalisons la scène sur la traditionnelle photo devant la pancarte bien entendu.
Autour de nous, photographiant tous les sommets, des européens, des américains du Nord et du Sud, des australiens, des chinois…..s’extasient tout comme nous, devant un panorama aussi saisissant.
L’impression que les amoureux de l’Himalaya, venant de tous les coins de la terre, se sont donnés rendez-vous ici, à Poon Hill, pour célébrer en commun ce lever de soleil merveilleux, magique.
Mais, du fond de la vallée, monte un brouillard qui va probablement s’installer pour la journée; il est déjà 7h45: nous entamons la descente vers la guesthouse où nous attendent de savoureuses crêpes chocolat bananes, et du thé noir brûlant.
Il nous faut tout cela pour enchaîner jusqu’à Tadapani, après le petit aller retour à PoonHill. La brume a maintenant totalement envahi le village.

POONHILL7 POONHILL6 POONHILL5 POONHILL4 POONHILL3 POONHILL2 POONHILL1

J 3 de GHOREPANI à TADAPANI (2675m)

 

Nous démarrons par une ligne de crête repérée la veille sur une carte, à découvert, avec ici ou là quelques gigantesques rhododendrons, les seuls à être en fleurs que nous verrons. Juste avant d’arriver en forêt, sur une étendue d’herbes sèches, des drapeaux de prière flottent au gré d’une petite bise. On descendra un bon moment, sans trop de marches cette fois, en traversant une rivière tempétueuse, la Bhurungdi Khola, bordée de nombreux cairns. On sort les capes de protection, la pluie arrive et tombera une heure durant.
Nous en profiterons pour faire la pause déjeuner en compagnie d’une équipée charmante de coréens, (du sud nous précisent -ils d’entrée), bien décidés à bavarder. Ils ne manqueront pas de sortir le « Samsung » de dernière génération, posé sur une longue perche, et de nous prendre en photo avec eux. Ils seront très honorés quand je leur dis avoir vu sur Arte, la semaine précédant notre départ, un reportage sur leur pays, la Corée du Sud. Ils nous livrent quelques infos sur les JO, nous avions oublié ! et nous leur rappelons les temps forts de ceux de Grenoble, en 1968, il y a cinquante ans!!
Alors qu’ils s’apprêtent à remonter vers l’ABC (ANNAPURNA BASE CAMP), nous descendons sur Tadapani.
Un bon moment encore, de conservations amicales partagées, aux sujets inépuisables.
Il nous faut repartir vers de nouvelles aventures, encore une petite montée d’escalier de 700 m.
C’est comme à la colo le troisième jour: le coup de mou dans les gambettes, et au moral. Vraiment épuisée, je fais de rapides calculs de dénivelés positifs et négatifs depuis ce matin 5 h, il se remet à pleuvoir, la brume s’épaissît encore, la forêt de rodhos est de plus en plus inquiétante …..
Mon rythme est cassé par les nombreuses pauses que je fais toutes les 10 marches, toujours plus hautes et irrégulières. Naresh ou Pemba se relaient à mes côtés, calant leur pas sur le mien, toujours attentionnés.
À un moment donné de découragement, je leur dis tout de go:
BALCONNY ANNAPURNA TREK: FIRST TIME LAST TIME!
« Première et dernière fois » !!!
Ils se doutent bien du second degré; je le vois à leurs sourires malicieux mais bienveillants, toujours .
Notre arrivée à Tadapani se fera dans la brume, le crachin himalayen et un froid de canard ! Nous ne verrons rien du panorama grandiose qui entoure aussi ce village. Dommage!
Mais nous ne maîtrisons pas les éléments météorologiques, une fois de plus.
La salle commune de l’Annapurna GuestHouse, en haut d’un escalier de bois, est glaciale, à une heure où habituellement l’aubergiste a déjà fait le feu; c’est Kasang qui s’y collera le premier.
La douche, en bas, dans la cour, est aux quatre vents: pour sûr, ce soir, on se passera de la douche !
Dès que les bûches crépitent, on se retrouve en cercle autour du poêle, pendant que nos vêtements mouillés sèchent, et l’on engage la conversation avec les quelques trekkeurs installés avec nous.

Ils sont trentenaires et indiens; l’un est dans le commerce de chaussures avec l’Afrique du Sud, son amie vient d’ouvrir à Bombay une boutique de produits en soins naturels, un autre est enseignant à Delhi; ils ont en commun une passion pour la marche en montagne, et bien sûr pour ce petit pays frontalier avec l’Inde.
Ensemble, autour d’un thé, nous voyagerons de Chennai à Pondichery, de Jaiselmer à Cochin, de Mahaladipuram à Goa, de Bundi à Auroville! Autant de lieux magiques d’un pays qui m’est cher aussi.
Ils avoueront ne pas connaître toutes ces villes et on conviendra en riant tous ensemble, que leur pays est aussi grand qu’un continent!
Encore une rencontre sans lendemain bien agréable après une bonne journée de marche.
Quand l’aubergiste nous apportera les repas, je suis tellement submergée de fatigue que je ne pourrai avaler ce soir là, le moindre grain de riz de mon « rice végétables »; ma seule concession au dîner sera un excellent ginger lemon honey tea.

J 4 de TADAPANI à GHANDRUNG et LANDRUNG (1500 M)

Nous partirons assez tôt le lendemain; le ciel bleu, intense, et le soleil déjà haut, nous accompagnent et nous ravissent.
Le paysage est davantage diversifié. Ici où là, des buffles noirs à la peau luisante font leur apparition dans des coins d’herbes fraîches et goûteuses ou encore des petits coins de bambous, dont ils font leurs délices.
Et toujours un ballet incessant de trekkeurs sur les chemins, de villageois dans les hameaux, occupés à bêcher, sarcler, préparer la terre des parcelles en terrasses, où bientôt, pousseront le riz,le maïs ,les légumes .
Concernant Naresh et Pemba, je sens bien qu’ils ont parfois le mal du pays et de la famille. A chaque étape, ils ne manquent pas de communiquer avec leurs épouses et leurs enfants, qui très jeunes, sont totalement rompus à la communication par smartphones interposés.
Pemba, lui, nous enchantera tout le long du trek, avec son téléphone, qui égrène des chansons villageoises, très joyeuses, bien connues au Népal, et déjà entendues au LANGTANG.
Sur les coups de onze heures, nous arrivons à GHANDRUNG, très beau village « Gurung ». Les balcons de bois des maisons blanches débordent d’œillets d’Inde orangés très lumineux, donnant à l’ensemble un petit air cossu.
Les Gurungs sont l’ethnie prédominante dans la partie méridionale des Annapurna, de religion bouddhiste ou hindouiste.
C’est entre autre, dans cette ethnie, que les armées indiennes et britanniques engagent encore les jeunes à intégrer les régiments de Gurkhas, qualifiés de vaillants guerriers par l’empire britannique en son temps.
Nous visiterons le musée, le Old Gurung Muséum, qui se tient dans une petite maison; on y découvrira différents outils servant à l’agriculture, à la récolte du miel, des objets usuels du quotidien, des khukuris, couteaux aux belles lames courbées, des berceaux, nasses, paniers, tissés en bambou ou encore des petites ruches traditionnelles.
Nous reprenons notre descente vers la vallée encaissée de la rivière MODI KHOLA, cette fois sous un soleil bien agréable.
Les mythiques sommets enneigés sont maintenant à portée de main ! Ils nous semblent tellement proches!
Il est l’heure de la pause et nos amis népalais nous invitent à déjeuner sous une tonnelle ombragée d’une charmante auberge. Sur la terrasse, étalés sur d’immenses plateaux, sèchent des champignons qui ressemblent fort à nos trompettes chanterelles.
Nous découvrons d’ici, notre étape du soir, le village de LANDRUNG, sur la « colline » d’en face, que nous atteindrons après une montée d’à peu près huit cents mètres.
Une passerelle himalayenne flambant neuve nous mènera sur le versant opposé, où cheminent des villageois qui remontent chez eux, de lourdes charges sur le dos.
C’est à l’Hotel Hungry Eye que nous nous posons pour la nuit.
J’ai toujours du mal à donner une traduction satisfaisante au nom de cet hôtel:
Est ce, stricto sensu « l’hôtel de l’œil affamé »? Ou bien l’hôtel des yeux gourmands …..du panorama alentour ?
Je ne le saurais jamais!
Une grande bâtisse de briques peintes en blanc et bleu, un auvent en bois courant tout le long, ménageant une belle ombre, et des buissons fleuris plantent un décor plutôt accueillant.
Les chambres y sont cosy aussi; la patronne a elle même brodé les oreillers d’un « Sweet Dream » (doux rêves) tout à fait charmants.
Elle nous régalera aussi d’excellents momos (raviolis de légumes ou de viande), avec la bonne sauce, délicieusement piquante, qui va avec.
A la table commune, un jeune couple de Français qui revenait du Dolpo, où ils œuvrent dans des missions éducatives et sanitaires.
Un moment d’échange intéressant, sur les projets à venir de TPH au Langtang, sur ceux de leur association dans la Drôme.
Cet accueil vraiment très chaleureux de l’hôtel, se confirmera dès le lendemain matin. En effet, sur la pelouse, devant les chambres, à été installée une belle table pour le petit déjeuner : devant l’ANNAPURNA SOUTH, excusez du peu!, sur lequel dardent les premiers rayons du soleil.
Rien que cela! Nous immortaliserons ce moment tous les six avec de nombreuses photos!
Le beau temps s’est résolument installé dans la région.

J 5 de LANDRUNG à POTHANA ( 1890 M )

Nous repartons de LANDRUNG, bien reposés, encore sous le charme de cette halte bien agréable.
La vue est maintenant très dégagée; moins de forêts et davantage de terrasses, étagées sur des pans entiers de montagne, certaines toutes vertes de cultures précoces, d’autres encore parsemées de petits tas de fumier.
Nous traverserons encore des petits hameaux, nous glisserons un billet dans une boîte pour la rénovation d’une école, alertés par un enseignant du village.
Enfin, nous croiserons un joyeux groupe de jeunes militaires en entraînement, descendant en courant, d’un pas très assuré, une belle sente boisée. Pas moins de cinquante Namaste seront échangés ……
Notre dernière nuit sera à Pothana, dernier village des Balcons pour notre petit groupe. Mais il peut aussi constituer une première étape pour ceux qui organisent leur trek en sens inverse.
On y retrouvera donc un centre de contrôle des permis de treks dont le tampon final figurera sur nos papiers. C’est la Guest House Shangri La qui nous accueillera pour cette étape.
La salle vitrée nous laissera apercevoir le MACHAPUCHARE dans toute sa splendeur au soleil couchant. On le reconnaît aisément à son sommet en queue de poisson; c’est d’ailleurs la signification de son nom en népalais. Il revêt un caractère sacré et les hindouistes évoquent à son endroit la demeure de Shiva.
Pothana sera notre dernière étape sur le chemin des balcons.

 

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Le lendemain matin, les duvets calés au fond des sacs, nous repartons pour la vallée, en dévalant presque les mille dernières marches…..
A Phedi, nous attend un véhicule qui nous ramènera à Pokhara en début d’après midi.
Nous flânerons sur le bord du lac avant de se retrouver tous les six, à la nuit tombée, dans un magnifique restaurant en plein air, pour y déguster un très bon dîner, tout en regardant un spectacle de danses traditionnelles.
Pemba, Naresh et Kesang avaient spécialement demandé une table devant la scène!!!!
Pour nous faire plaisir bien sûr; et comble de joie pour nous, nous étions tous les six à la même table!
Naresh, rappelé dans son pays Tamang, nous quittera le lendemain avec le premier bus.
Nous resterons encore une journée à Pokhara, avant le retour vers Katmandu, laissant déjà entrevoir, la fin de notre séjour au Népal.

LANDRUNG9

 

A mon retour à Proveysieux, en dépliant une carte du Népal, j’ai vu qu’à l’est de Khatmandu, en allant vers l’Everest, le pays des Sherpas m’était complètement inconnu……..

Martine Grabowiecki

 

TIBET Sur les via sacra de la foi

 

Quel est le dénominateur commun entre Antonio de Andrade, les pères Huc et Gabet, Joseph Ferdinand Grenard, et Alexandra David Néel ? Ce dénominateur est un pays magique et fascinant qu’ils furent les premiers occidentaux à découvrir, et ce pays c’est le Tibet.

A notre tour, avec tant de curiosité, c’est cette grande région que nous avons décidé de parcourir en octobre. Cependant les Chinois exigent qu’un groupe se  soit constitué, car un voyageur isolé se voit refuser l’accès au Tibet.  Pour le petit groupe sympa, si, par rapport aux premiers explorateurs, les conditions de voyage se sont nettement améliorées, ce voyage est toujours conditionné par l’attente d’un hypothétique visa pour la Chine et d’une autorisation spéciale délivrée par les autorités chinoises pour pénétrer dans la région autonome. Mais devant obligatoirement fournir la preuve de notre retour obligé par la Chine, ce que nous ne ferons pas, nous nous faisons élaborer un faux billet d’avion Kunming/Katmandou…

Visas, papiers et coups de tampons obtenus nous voilà dans l’avion qui nous dépose à Pékin, mégapole de 22 millions d’habitants qui s’étend sur 120km du nord au sud et 150km d’est en ouest et ceinturée par six périphériques, où nous attend heureusement un guide chinois francophone qui dès notre arrivée nous fait découvrir ce qui reste des rares vieux quartiers traditionnels, les hutongs, et une place tristement devenue célèbre le 4 Juin 1989, la place Tiannanmen sur laquelle nous ne pouvons entrer qu’en franchissant de sévères contrôles de police car aujourd’hui on fête le soixante cinquième anniversaire de la République Populaire de Chine. Nous sommes dans un autre monde ; en Chine, il est impossible de lire un journal, une enseigne, un nom de rue, etc… et inutile de demander un renseignement, personne ne comprend et tout ce qu’il vous dit c’est vraiment du chinois ! Je cherche en vain du regard le Chinois de nos lectures d’enfant, l’ami de Tintin, mais il a disparu. Sauf sur une vieille photo trouvée sur un mur près de la Cité interdite. Le Chinois d’aujourd’hui a coupé sa tresse, a perdu son petit chapeau, sa veste, son pantalon noir, ses pantoufles de toile. Tout est remplacé par des vestes de cuir ou simili multicolores, des pantalons en jeans et des chaussures de sport aux marques bien imitées ; quant aux pousse-pousse ils sont devenus des tricycles utilisés par les nettoyeurs des avenues qui s’évertuent souvent pour rien, ou les marchands des rues.

Des familles entières, badauds ou touristes dans leur pays, nous agitent avec fierté sous le nez de petits drapeaux nationaux, en riant bruyamment. En fin d’après-midi nous visitons le temple du ciel. Construit en 1420, cet ensemble, autrefois interdit au peuple et où seul l’empereur pouvait accéder répond à la cosmologie chinoise où l’on retrouve l’opposition entre le ciel et la terre. Il représentait une passerelle vers le monde céleste. Nous profitons des derniers rayons du soleil pour nous extasier devant les toits recouverts de tuiles vernissées bleues ou vertes, et devant l’architecture intérieure du grand temple circulaire.

Le lendemain matin un minibus nous conduit à 90km au nord de Pékin, à Mutianyu où après 1h30 de route nous nous retrouvons au pied du symbole le plus représenté en Chine (y compris sur les insignes de la police). Ce symbole c’est bien sûr la grande muraille dont les bases les plus anciennes remontent au IIIe siècle av J.-C. Mais la portion sur laquelle nous allons marcher fut construite sous la dynastie Qi entre 550 et 557, puis restaurée pendant la dynastie Ming (1368-1644). Haute de près de 30 mètres et d’une largeur comprise entre 3,5 et 4,5 mètres, la portion de près de 3km sur laquelle nous marchons ondule sur une longue ligne de crête. Les nombreuses et irrégulières marches taillées dans de gros blocs de granit qui mènent aux massives tours de guet nous font souffrir. De place en place quelques vieux affûts de canons ajoutent une touche militaire à l’aspect déjà fort défensif de la muraille qui représente aussi pour les Chinois leur plus grand cimetière car elle renfermerait les corps de plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers épuisés à la construction.

Des classes entières de lycéens chinois hilares nous y invitent aux selfies.

Un célèbre adage dit que tout ce qui se trouve dans l’air et dans l’eau se mange en Chine, sauf les avions et les bateaux. Aussi, après avoir dîné nous allons visiter le marché de nuit de la rue Donghuamen où sont proposées des brochettes de vers à soie, d’hippocampes, de sauterelles, de scorpions (goûté !), de lézards et autres reptiles.

Après une bonne nuit nous partons à la découverte du plus vaste complexe d’édifices historiques en bois du monde. Nos billets d’entrée en poche nous pénétrons dans la Cité interdite dont la construction ordonnée par le troisième empereur de la dynastie Ming fut réalisée entre 1406 et 1420. La Cité interdite couvre un quadrilatère de 72 hectares dont 50 de jardins. Elle a la forme d’un quadrilatère de 960m du nord au sud et 750m de large d’est en ouest entouré d’une muraille  de 10m de haut sur 6m de large. Il est dit que les fondations de cette muraille sont à plus de 30 mètres sous le niveau du sol dans le but d’éviter des intrusions à l’aide de galeries souterraines. La muraille entourée d’une douve large de 52 mètres est percée, en regard des points cardinaux, de quatre immenses portes renforcées d’énormes clous de bronze. La légende dit que la Cité compte 9999 pièces, ce qui se rapproche au plus près du chiffre des palais des divinités qui  détenaient, seules, le droit d’habiter un palais de 10 000 pièces. En réalité dans la Cité, dont la construction a duré 14 ans et a mobilisé plus d’un million d’ouvriers réduits à l’esclavage, il n’y a que 8704 pièces !

Notre séjour pékinois se termine au gigantesque aéroport des vols intérieurs, véritable concrétisation de hub de science-fiction. Après 1h40 de vol pour 1200km, l’avion nous dépose au centre de la Chine à Lanzhou préfecture de la province du Gansu, située sur l‘ancienne route de la soie et peuplée de 3 140 000 habitants. Nous avons pris un peu d’altitude car la ville est à 1350 mètres d’altitude. A la sortie de l’aéroport nous sommes accueillis par Tashi, guide tibétain francophone, qui restera avec nous jusqu’à la frontière népalaise. Tashi est revenu de l’Inde pour aider ses parents âgés, acceptant par dévouement pour eux d’être confronté au monde chinois. Un minibus nous emmène dans cette grande ville dans laquelle nous entrons après avoir traversé le Huang Ho plus connu sous le nom de fleuve jaune qui, long de 5600 kilomètres après avoir pris sa source dans les monts Kunlun, est considéré comme l’un des fleuves les plus pollués du monde. Après une bonne nuit passée dans un grand hôtel froid et kitsch, le Huan Lian,  nous  quittons cette ville. Il faut vous dire, et cela va vous faire sourire, que nous quitterons le matin chaque hôtel chinois quasiment sur notre faim. En effet les somptueux buffets présentés ne sont garnis que de mets chinois salés, soupes, nouilles, et autres mets étranges, qui font peut-être notre régal à dîner, mais nous incommodent à 7h le matin. Et le café y est…inexistant.

 En cours de route nous sommes surpris par le nombre de mosquées en activité ou en construction. Et que dire des innombrables villes champignon aux immeubles stéréotypés en voie d’achèvement, la forêt de grues remplaçant, hélas, la forêt d’arbres.   La Gansu highway n’est pas saturée, loin s’en faut ! Une trentaine de kilomètres après Linxia nous passons sous un immense portique qui marque notre entrée sur les terres de l’ancienne province de l’Amdo. Nous entrons sur le territoire du grand Tibet historique autrefois constitué de l’Amdo, du Kham et de l’U-Tsang. Encore quelques kilomètres et nous arrivons à Xiahe pour déjeuner. Après le repas nous partons visiter le monastère de Labrang. A partir de 1958, ce monastère qui abritait alors quelques 5000 moines a été fermé pendant une douzaine d’années et ré-ouvert pour le tourisme en 1970. Le monastère de Labrang, construit à partir de 1709, est un des six grands monastères de la secte gelugpa dont le Dalai-lama est la plus haute autorité spirituelle. Dans ses six collèges sont enseigné les sciences et les préceptes de la philosophie bouddhistes, matières interdépendantes qui s’harmonisent parfaitement. Ouvert à nouveau comme monastère fonctionnel en 1980 par le 10ème Panchen-lama, le monastère de Labrang ne vibre plus que par les prières de 500 moines. En 2008 une descente de police dans ce monastère vit la saisie de photos du Dalai-lama et de téléphones portables. Tous les moines furent alors soumis à des séances de rééducation et forcés de lire une sorte d’éducation patriotique dite réforme de la pensée. Autrement dit, ils subirent un bon lavage de cerveau ! Il faut aussi savoir qu’en octobre 2012 deux immolations par le feu eurent lieu à Labrang, l’une près de la caserne et l’autre dans l’enceinte même du monastère. A ce jour il y a eu 117 immolations de religieux ou civils au Tibet. Pas étonnant que les moines soient aujourd’hui si discrets et répondent à peine aux signes amicaux que nous leur adressons. Henry repère pourtant deux jeunes moines isolés, assis sur un seuil à psalmodier indéfiniment des mantras tout en faisant tourner et cliqueter en rythme des billes dans des récipients de cuivre. Notre ami, audacieux (des espions sont infiltrés parmi les moines), leur présente son mala (rosaire) béni à Darhamsala par qui vous savez. Les deux moines, surpris et très émus, portent le mala à leur front…Sur les murs du temple principal reconstruit en 1985 nous remarquons de nombreuses pierres de réemploi marquées du svastika, de la conque, ou d’autres symboles de bon augure. La bibliothèque abrite de très vieux livres que les moines et les habitants avaient réussi à cacher avant l’arrivée des gardes rouges. Dans la cour de jeunes moinillons insouciants jouent au foot avec une vieille balle crevée tandis que des femmes âgées égrainent leur chapelet de la main gauche et tournoient, lors d’une incessante khora (tour rituel dans le sens des aiguilles de montre), leur moulin à prières.

Le lendemain, sous un ciel couvert, nous quittons Labrang pour Xining. Le temps est gris et frais. Aujourd’hui nous faisons presque du tout terrain car c’est un immense chantier tout le long du parcours. Arrivés sur le plateau nous voyons, groupées de place en place sur le bord de la piste, de modestes maisons. Elles ont été construites sur un modèle unique par les autorités chinoises dans le but de sédentariser (contre leur gré) les populations nomades qui n’utilisent plus que très rarement leurs immenses tentes noires tissées en laine de yak. Dans le lointain nous en apercevons encore quelques-unes près d’immenses troupeaux de moutons ou de yaks dont les gardiens toujours emmitouflés dans leur chuba (long et chaud vêtement aux manches démesurées) montent désormais des chevaux de fer, les motos chinoises.

Nous faisons une halte dans le village de Gartse (en chinois Guashixiang). Un long mur orné de dizaines de moulins à prières protégés par un petit auvent longe la route. Les toits dorés du monastère brillent sous le soleil qui se décide à percer les nuages. Au bout du mur un petit édifie protège un immense moulin à prières que fait tourner une femme. Venant à notre tour faire tourner ce moulin nous sommes surpris de découvrir, au milieu des affiches de papier collées sur les murs, la photo, proscrite, du Dalai-lama. Nous sommes d’autant plus surpris car nous savions qu’un moine de ce lieu, Gartse Jigme, à été emprisonné en mai 2013, pour une durée de cinq ans, pour avoir écrit et publié en Inde un ouvrage qui porte le titre suivant : Tseupoi Nyentop (les valeurs de Tsempo), et dans lequel il livre ses réflexions sur le Dalai-lama, le Panchen-lama, les auto-immolations, la culture, l’éducation, etc.

Ayant repris la route, qui passe au pied d’immenses falaises de couches sédimentaires, nous arrivons à Tongren. L’entrée du village est interdite à tout véhicule par de nombreuses forces de police car nous apprenons qu’une importante cérémonie religieuse à lieu non loin de là. Avant de nous y rendre nous visitons le monastère de Rongwo dont le premier temple dit temple des Trois Bouddhas, avait été établi par Rongwo Samten Rinpoche en 1341. Les premières reconstructions ont commencé en 1989. Actuellement nous visitons un chantier très étendu. Un échafaudage entoure trois immenses bouddhas. Un autre gigantesque Bouddha dépasse des toits situés en arrière-plan. Ailleurs des artistes ont délaissé pour l’instant leurs ateliers de modelage de grandes statues de terre crue pour assister à la cérémonie à laquelle nous nous rendons nous aussi. A la sortie du village près d’un millier de personnes, hommes, femmes, enfants sont assis sur de petits champs en terrasse. Jeunes et vieux, les yeux rivés sur un écran géant, suivent la cérémonie qui se déroule dans un temple où seuls les religieux ont eu accès. Jeunes et vieux écoutent en silence les prières diffusées par d’immenses haut-parleurs avant de recevoir dans le creux de la main un peu d’eau lustrale que des moinillons distribuent à l’aide d’énormes aiguières en laiton ou de simples bouilloires en aluminium. Nous avons la chance d’assister ici à la cérémonie de kalachakra un rituel bouddhique complexe, comprenant bénédictions, initiations et indications pour la méditation approfondie sur la « roue de la vie ». Malheureusement il nous faut repartir laissant là tous ces gens à leur ferveur religieuse. En revenant vers notre véhicule nous faisons un bout de chemin avec trois vieilles femmes dont les longs cheveux tressés leur descendent jusqu’au bas des reins avant d’être rassemblés dans un énorme anneau d’ambre ou de nacre.

Le repas pris dans un restaurant local nous continuons vers Xining. Nous longeons le chantier titanesque d’une future autoroute qui enjambera vallées et rivières sur d’énormes piliers de béton. A la sortie d’un défilé de roches rouges nous retrouvons le fleuve jaune dans lequel ont été installées des fermes piscicoles. Nous arrivons en fin d’après-midi à Xining, ancien relais de poste créé en 131 av J.C. Dans la ville reconstruite après le tremblement de terre de 1927, avait été installé en 1965 un laogai – camp de rééducation par le travail – dans lequel furent détenus plusieurs dizaines de milliers de Tibétains. Le taux de mortalité dans ce camp y a dépassé les 90%. Entre 1958 et 1961, durant les années de grande famine quelques 300 cas de cannibalisme furent recensés dans cette ville qui compte aujourd’hui plus de deux millions d’habitants et où se touchent les immeubles neufs de 30 étages et plus. La ville est peuplée à 70% de Chinois, les 30% restants sont soit tibétains ou appartiennent à des minorités musulmanes. Au réveil nous avons une surprise, dans la nuit il a neigé et il continue à tomber quelques flocons alors qu’il est programmé que ce matin nous devons partir en bus pour aller visiter le monastère de Kumbum situé à 25 kilomètres à l’ouest de la ville. Sur les bords de la route des centaines d’arbres ont eu les branches cassées par le poids de la neige, heureusement pour nous la chaussée est assez dégagée. Arrivés devant le monastère nous devons traverser une grande place transformée en une immense patinoire. Le décor est irréel car nous sommes dans le brouillard et tous les bâtiments sont recouverts de neige. Dès que nous avons franchi l’entrée du complexe monastique la marche est plus facile car les ruelles sont dégagées. Nous voilà dans ce lieu où séjourna Alexandra David Néel de juillet 1918 à février 1921. Lequel lieu reçut auparavant la visite des pères Huc et Gabet en 1845, puis plus tard celle d’Ella Maillart et du tibétologue Paul Pelliot. Nous visitons les divers temples dont le pavillon de Maitreya, le Bouddha du futur, construit en 1577, dont les murs sont recouverts de très anciennes fresques, et qui est à ce jour le plus vieil édifice de ce vaste complexe monastique. Puis le pavillon des tormas, ces  délicates sculptures en beurre de yak conçues pour les cérémonies, puis celui au toit d’or construit sur le lieu même de la naissance de Tsong-Khapa, à l’intérieur duquel un immense chorten revêtu de plus de 1500kg d’argent contiendrait les restes d’un clône de l’arbre de la bodhi, l’arbre sacré où Gautama (Bouddha) aurait eu l’illumination à Bodh Gaïa en Inde. La légende dit que lorsqu’est né Tsong-Khapa une goutte de sang s’est échappée du cordon ombilical et qu’à cet endroit l’arbre pipal vénéré a poussé et que sur chacune de ses feuilles on pouvait lire  la formule « om mani padme hum »  ou voir des images de diverses déités. Chaque pèlerin recueille une feuille tombée par terre ; nous en faisons autant. C’est ce phénomène miraculeux qui a fait dénommer ce monastère construit vers 1560 Sku-bum (cent mille images). La visite terminée nous retraversons la ville dans laquelle police et l’armée sont occupées à dégager les rues encombrées de branches cassées par le poids de la neige. En début d’après-midi nous arrivons à la gare de  Xining pour prendre le train, direction Lhassa !

Dans le hall de la gare nous posons devant un immense panneau portant une inscription en chinois avec sa traduction  en anglais « the special train way to Tibet ». Une fois les billets contrôlés par une charmante hôtesse nous prenons place dans un wagon où sont déjà installés deux courtois Japonais. A 15h00 c’est le départ, nous allons passer 24 heures dans ce train dont la ligne a été inaugurée en juillet 2006, et qui roule parfois sur le permafrost (sol gelé). Cette ligne audacieuse, aux fondations instables pourrait bien être un jour confrontée à l’inévitable réchauffement climatique. Une heure plus tard nous longeons les bords du plus grand lac de Chine : le Kokonor ce qui en mongol veut dire lac bleu. Les eaux salées de cette réserve située à 3205m d’altitude étaient dans les années 60 alimentées par une centaine de rivières, aujourd’hui 23 peinent à la remplir. Cette eau qui couvre une superficie de 5000km2 sur une profondeur moyenne de 25 mètres est aujourd’hui polluée par les déchets radioactifs rejetés par l’usine d’enrichissement d’uranium, située sur une de ses rives qui a fonctionné entre 1970 et 1987. C’est aussi sur les bords de ce  lac qu’en 2005 le virus H5N1 a tué plus de 5000 oiseaux avant que ce virus de la grippe aviaire ne s’étende sur une grande partie de l’Asie du sud-est.

La neige de la veille donne une peu plus de relief à ces immensités que nous ne nous lassons pas de contempler jusqu’à la nuit tombante. Une fois le repas pris dans le compartiment (apparemment le restaurant semble réservé aux « hommes en noir », fonctionnaires ou migrants) nous prenons place sur nos couchettes à la tête desquelles un diffuseur envoie régulièrement une dose d’oxygène. Malheureusement nous sommes en plein sommeil au moment du passage du point le plus haut, le Tangu-la à 5068 m. Au petit matin c’est toujours le même émerveillement devant ces grands espaces où paissent des milliers de yaks avec en fond de décor des sommets étincelants. Parfois dans une immense courbe nous pouvons voir les deux motrices et quelques-uns des 16 wagons de notre train. Quelque chose nous intrigue fortement : régulièrement au bord de la voie un homme en civil est campé au garde à vous face au train. Les spéculations vont bon train (sans jeu de mots), qu’un dignitaire serait à bord, un général… Il s’agirait en fait d’un homme du village côtoyé qui serait désigné par les autorités en tant que responsable de son bout de voie ferrée, dont le but consisterait à éviter un éventuel attentat. L’état chinois en serait ainsi protégé !   En début d’après-midi un moment d’émotion nous étreint lorsqu’au qu’au loin apparaît, dominant sur la colline de Lhassa, le Potala, majestueux palais des Dalai-lamas.

 Nous descendons enfin en gare de Lhassa après avoir parcouru les 1960 kilomètres de cette ligne dont 960 sont situés à une altitude supérieure ou égale à 4000 mètres. La gare est neuve, gigantesque, décorée d’une grande fresque de montagn. Nous mettons enfin les pieds sur la terre des dieux ! Mais la présence policière, l’omniprésence de caméras, les nombreux postes de police, vont nuire  à notre plaisir. D’ailleurs nous ne retrouvons pas l’ambiance joviale de Beijing ; ici les autochtones, les Tibétains, sont silencieux, courbent l’échine ; on les retrouvera à pérégriner sans cesse, faire le khora, autour d’un complexe bouddhique. Quant aux Chinois, leur comportement dans le train augurait déjà mal de leur présence coloniale ici.  Avec notre minibus nous franchissons le Kyi Chu, passons au pied du Potala et pénétrons dans la vieille ville où nous nous installons  au[h1]  Gang-gyan Lhasa hotel. Juste avant la tombée de la nuit nous quittons l‘hôtel et empruntons de petites ruelles. Nous y assistons à une altercation entre un jeune Tibétain et un petit groupe de policiers chinois. Tout de suite il se forme un attroupement, plusieurs Tibétains invectivent les forces de l’ordre et ce sont les policiers qui, étrangement, quittent les lieux. Nous retrouverons ces derniers dans les nombreux postes à l’enseigne bien dissuasive, où boucliers, bâtons, perches électriques s’alignent sur le mur frontal. Nous venons de toucher du doigt les tensions qui peuvent exister du fait de la présence d’une force d’occupation. Alors Henry va se payer encore un coup de culot. Il entre dans un commissariat, surprend et tétanise ces policiers qui ne servent ici qu’à la répression. Ils se lèvent d’un coup de leur siège. Notre ami baragouine qu’il veut acheter du thé. Après de compliqués palabres un gradé va mandater l’un des policiers pour l’accompagner vers la boutique faussement recherchée ! Peu après nous débouchons sur la khora du très surveillé Jokhang. Nous sommes impressionnés par cette foule de croyants tibétains et leur ferveur religieuse. Sur tous les visages qui à notre vue s’éclairent d’un sourire discret et pudique nous pouvons lire l’immensité de leur foi, et sans doute leur désespérance.

Le lendemain matin nous partons à pied pour aller visiter le Potala. Quelques minutes plus tard nous passons sous le portique du contrôle de police et arrivons au pied du plus monumental des édifices tibétains daté du XVIIème siècle. L’ancienne résidence des Dalai-lamas, dont la construction a commencé en 1645, est aujourd’hui hélas devenue un musée. Avant d’entrer nous longeons les jardins situés devant la façade sud en nous mêlant à la foule qui, chapelets ou moulins à prières à la main, tourne avec ferveur autour de l’édifice sur plus de 3 kms. Devant le grand portail d’entrée se trouvent toujours les deux pagodes de style chinois que j’avais vues sur une photo prise en 1938. L’un des piliers gravés (rdo-ring) de Shöl qui était lui aussi devant l’entrée principale se trouve maintenant de l’autre côté de la large avenue qui passe devant le temple. Le pilier de Shöl érigé aux alentours de 764 et sur lequel est gravé un des plus vieux textes en   tibétain qui relate les campagnes et victoires du Tibet sur la Chine est maintenant entouré d’un haut mur destiné à dissimuler à la vue cette inscription indésirée par les autorités.

Henry, comme à son habitude, va à la rencontre des pèlerins. Le risque est grand quand on devine les propos interdits échangés sous cape ; mais les gens semblent émus et bien reconnaissants. On y voit même quelques furtives larmes.

Pour accéder à l’intérieur du Potala nous franchissons ce qui fut autrefois le village de Shöl, rasé par les Chinois, et empruntons le large escalier qui monte en lacets le long de la face méridionale du Marpo Ri. La montée ne se fait pas sans mal, nous avons le souffle court, car cet escalier nous rappelle vite que nous sommes à 3600 mètres. Nous visitons de nombreuses salles et chapelles. Dans le grand hall se trouve le trône sur lequel a siégé Tenzin Gyatso, l’actuel 14ème Dalai-lama. Nous l’imaginons enfant devant tous ceux qui venaient l’honorer. Des dizaines de personnes s’inclinent devant les différentes divinités et font des offrandes de beurre de yak pour alimenter des centaines de lampes. Les Tibétains ne reconnaissent pas ce temple comme un musée mais comme un sanctuaire, et Tenzin Gyatso ne semble s’en être absenté que de quelques instants, ce qui est un étrange sentiment commun ressenti.  Ailleurs nous pouvons contempler de très vieux ouvrages qui ont échappé au pillage. Lors de l’invasion de 1959 seuls quelques obus touchèrent la façade sud du Potala qui fut épargné par la révolution culturelle sur ordre du Bureau des Reliques Culturelles de Pékin. La visite terminée nous descendons par l’autre escalier. Sur les marches des Tibétains nous demandent de poser à leur côté pour une photo souvenir. Moi, comme bien d’autres visiteurs, je ramasse un petit caillou souvenir.

Après un déjeuner en ville nous partons pour le Monastère de Sera situé à 5 kilomètres au nord de Lhassa. Sera, fondé en 1419 est une véritable cité monastique qui couvre près de 12ha. C’est l’un des six grands monastères gelugpa les cinq autres étant Labrang, Kumbum, Drepung, Ganden, Tashilhumpo. On ne sait pas par quel miracle Sera, tout comme le Potala, fut épargné de la destruction des gardes rouges. La visite terminée nous assistons dans une grande cour aux joutes oratoires binômes des moines. C’est un jeu de questions-réponses où le questionneur effectue un véritable ballet levant haut une jambe tout en frappant fort ses deux mains au moment de la reposer au sol. Le questionné assis doit répondre correctement, à forte voix, dans le cas contraire il s’expose à l’invective. Et si notre ministre des cancres s’inspirait de l’efficace méthode ? Le soir en sortant du restaurant pour voir le Potala illuminé par les feux des projecteurs nous empruntons une large avenue bordée d’un grand nombre de boutiques, chinoises sans doute, vendant du yarsagumbu exposé dans de grands bocaux de verre. Cet insecte colonisé par un champignon, dont le nom scientifique est cordyceps sinensis, aux soi-disant vertus aphrodisiaques, se vend ici entre 40 et 70 euros le gramme suivant la qualité. C’est en voyant ces quantités impressionnantes de bocaux enchaînés au comptoir que l’on comprend mieux pourquoi le yarsa-gumbu est appelé l’or de l’Himalaya.

Le lendemain le minibus nous amène devant l’entrée du monastère de Drepung à 8 kilomètres à l’ouest de Lhassa. Les piétons doivent passer sous un portique de sécurité, mais le bus dans lequel nous avions laissé nos sacs à dos contourne le poste sans aucun contrôle et nous reprend quelques dizaines de mètres plus loin pour nous conduire au pied de la montagne de Gambo Utse. Fondé en 1416 par Jamyang Chosey, un disciple de Tsong-Khapa le fondateur de l’école gelugpa.  Les 2e, 3e et 4e Dalai-lama furent enterrés à Drepung qui servit aussi de résidence au 5e Dalai-lama avant qu’il n’aille s’installer dans le Potala. Avant 1951 15 000 moines logeaient dans ce monastère. Depuis le début des années 1980 ils ne sont plus que quelques centaines, la plupart étant des novices, placés sous haute surveillance car administrés par des moines du monastère de Tashilhumpo qui sont considérés comme étant des collaborateurs des Chinois. En 1989 un moine de Drepung, Ngawang Phulchung, fut condamné à 18 ans d’emprisonnement pour avoir diffusé la traduction en tibétain de la déclaration universelle des droits de l’homme. En novembre 2005 plus de 400 moines de ce même monastère refusant de dénoncer le Dalai-lama comme « séparatiste » se sont heurtés à 3 000 policiers chinois et de nombreux moines ont été blessés ou arrêtés.

Nous visitons divers édifices religieux et plus particulièrement le Tshomchen  qui couvre 4500m2 et abrite un gigantesque hall d’assemblée qui mesure 50m sur 36. Ce temple abrite deux immenses statues, une à l’effigie de Chenresi en argent de la hauteur d’un étage et l’autre représente Manjuchri tournant la roue du Dharma (roue de la vie) haute de deux étages. Dans une autre chapelle sont conservés de très vieux volumes du Kangyur (les paroles de Bouddha). Nous terminions la visite lorsque des coups de gong font venir les moines qui prennent place dans le grand hall, s’assoient sur les banquettes et commencent à psalmodier leurs envoûtantes prières. Henry, habitué à ces rassemblements, donc équipé de sa chope thermos, va profiter assis en lotus, du thé beurré généreusement versé par les moinillons. Nous restons là un bon moment à nous imprégner de cette atmosphère dans laquelle nous apprécions toujours de nous retrouver avant de quitter ce lieu de prière et de descendre visiter un autre haut lieu de la culture tibétaine : le temple de Nechung, siège de l’oracle d’état qui, en état de transe divinatoire devenait non seulement le porte-parole du roi Pehar, mais aussi le découvreur des réincarnations. En 1959 l’oracle suivi de cent cinquante moines a suivi le Dalai-lama en exil en Inde où il toujours consulté. A Nechung, des éléments de décoration tels que têtes macabres ou animaux fantastiques rappellent qu’ici étaient pratiqués des rites pré-bouddhiques bön.

Nous repartons pour Lhassa où nous allons déjeuner dans une vieille maison qui appartint autrefois à l’un des professeurs du Dalai-lama. Nous agrémentons le repas d’une bouteille de « Great wall », un excellent vin chinois. Le repas terminé nous traversons une petite place sur laquelle se sont immolés deux moines en mai 2012, puis nous passons devant trois piliers de pierre, les doring. Le pilier le plus grand consacré en 823 est gravé d’un texte qui précise que Tibet et Chine ont signé un traité de paix devant Dieu et les hommes et se promettent une relation pacifique. A l’inverse du pilier de Shöl caché par un haut mur, celui-ci est entouré d’une plaque en plexiglass gravée de la traduction, en anglais, de l’inscription. Pour que nous, touristes, comprenions bien que les peuples chinois et tibétains sont « amis ».  Habités d’un léger doute nous nous engageons sur une immense place où de nombreux Tibétains se prosternent indéfiniment. Certains, tout gris de poussière, couverts d’un tablier de cuir et pourvus de moufles, ont au front cette incroyable bosse des multiples contacts au sol qui attestent de leur longue quête vers la bouddhéité. Quelques enfants parmi eux s’y adonnent également. Le groupe note l’absence de policiers, mais je leur fais constater discrètement des militaires impassibles positionnés sur une terrasse derrière l’affut d’une mitrailleuse.

 Nous pénétrons dans le Jokhang, le centre spirituel du Tibet, leur Lourdes ou mieux leur St Pierre du Vatican. Construit au VIIème siècle par le roi Songsten Gampo, Le Jokhang abrite la précieuse statue du Jowo Sakyamuni, ou Jowo Rinpoché, réalisée du vivant de Bouddha alors âgé de 12 ans,  don de la princesse chinoise Wengchen, seconde épouse du roi. Ce Jowo fut maintes fois emmuré, caché pendant des siècles au cours des invasions. Durant la révolution culturelle le Jokhang servit de caserne. La suie des feux pour la cuisine a recouvert une grande partie des peintures et de la cour intérieure. Il est difficile de décrire tout ce que nous avons sous les yeux tant tout cela est imprégné d’histoire. Nous avons la chance de pouvoir admirer ainsi la plus vénérée statue de bouddha, ce Jowo, habituellement dénudé est aujourd’hui couvert de somptueuses draperies.  De très nombreux pèlerins, dont nombre de (bons) Chinois chantant, sont venus faire l’offrande de feuilles d’or. Seul Henry s’obstinera dans la cohue à obtenir le rituel de bénédiction. Parce qu’il agitait une fleur (chapardée dans un parc public), au-dessus de la foule, il obtint le privilège rare d’accéder à la minuscule alcôve bien gardée par trois moines, une barricade retenant les pèlerins. Un garde- moine, genre catcheur, lui fit signe de loin, il lui fut accordé la minuscule khora puis il fut hissé jusqu’au Jowo pour y poser le front. La scène a été suivie par la foule bien intriguée par le curieux personnage ainsi distingué. Henry n’a pas fumé, pas picolé, mais il nous a rejoint étrangement en état de lévitation. Après la pénombre des diverses chapelles nous arrivons sur le toit terrasse où nous sommes éblouis par les toitures dorées du Jokhang. Nous profitons de ce panorama pour admirer  le Potala qui semble posé, à quelques distances sur les toits de Lhassa.

Le lendemain matin nous partons de bonne heure pour aller visiter, à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Lhassa, ce qui a été un des hauts lieux de la spiritualité bouddhique. Après avoir roulé une vingtaine de kilomètres nous quittons la route principale  pour une route aux multiples lacets qui traverse un flanc de montagne où paissent de nombreux yaks. Tout à coup s’offre à notre regard le monastère de Ganden protégé par une crête en forme d’amphithéâtre. Ce spectaculaire  monastère, perché à 4200m, fut fondé en 1409 par la maitre tibétain Tsong-Khapa fondateur de la secte gelugpa, dite des bonnets jaunes. Il avait une population d’environ 6000 moines jusqu’au début du XXème siècle. Entièrement détruit en 1966 par l’artillerie chinoise, il a été en grande partie reconstruit en 1985 et seuls quelques trois cents moines, surveillés de près par une cinquantaine de policiers cantonnés à proximité, essaient d’y maintenir l’enseignement traditionnel. Une vielle photo prise en 1920 et de nombreux pans de murs, vestiges de nombreux bâtiments ou de logements de moines permettent d’imaginer quel était ce lieu avant sa destruction. Dans le Serdung, le site principal de Ganden, sont conservées dans un immense chorten les quelques reliques (crâne et cendres) de Tsong-Khapa qui avaient pu être récupérées et sauvées par un moine lors de la destruction par les gardes rouges.  Ce moine avait-il eu la prémonition qu’un jour ce monastère renaîtrait de ses cendres ? D’ailleurs nos spéculons beaucoup entre nous sur les raisons des reconstructions de temples. Ce fut coûteux, nous en convenons, mais notre amicale divergence nous pousse vers des options opposées : les Chinois se sont-ils sentis culpabilisés ? pressentaient-ils la manne touristique ? voulaient-ils adoucir l’opinion mondiale sur leurs exactions ? tendent-ils vers la pratique religieuse ? craignent-ils de nouveaux soulèvements ?

Pour déjeuner nous décidons d’aller prendre notre pique-nique sur un petit sommet sur lequel un immense mât supporte des milliers de lung-ta, ou chevaux du vent, les drapeaux à prières ronflant à l’horizontal. Pendant des éons et des éons les mantras imprimés vont claquer indéfiniment, et c’est bien le diable si Maïtreya le bouddha du futur n’y soit pas sensible ; ça ferait du bien à tous s’il débarquait un jour ! La montée n’est pas aussi facile que nous l’avions imaginée, nous devons nous arrêter à plusieurs reprises pour reprendre souffle et laisser se calmer les battements du cœur. Après une bonne heure d’effort nous arrivons à 4500 m et pouvons lancer un sonore « Kiki so so lha gyalo ! » Les dieux sont victorieux ! Sous un soleil radieux, du haut de notre petit sommet, nous dominons la vallée de la Kyi-chu alors que vers le nord s’étendent les gigantesques plissements du plateau tibétain. Le repas terminé nous redescendons tranquillement pour profiter de la beauté des lieux. Arrivés à un petit col nous partons sur la gauche pour faire le Ganden Linkhor. Ce circuit monastique qui entoure le site du monastère, un gompa, est jalonné de lieux vénérés par les pèlerins. Avant de terminer cette voie pérégrine nous passons devant une petite chapelle construite devant la grotte (woser phuk) où médita Tsong-Khapa avant de choisir d’implanter le monastère tout près de là.

 Le temple de Ramoche, non loin du Jokhang, fut également construit au VIIème siècle pour protéger  l’autre Jowo vénéré, le Jowo Mikyö Dorge. Cette statue volée en 1960 fut sciée en deux ; le haut fut retrouvé et protégé à Pékin, quant au socle il fut découvert miraculeusement par un moine près de Lhassa  en 1983 dans une décharge de métaux. Ces deux pièces rassemblées grâce à l’aide du 10e Panchen-lama sont aujourd’hui restaurées. Originellement la statue du Jowo Mikyö Dorjé, le bouddha à l’âge de 8 ans,  fut apportée en dot par la princesse népalaise Bhrikuti Devi, seconde femme du roi Songtsen Gampo.

 Ce matin nous entassons les sacs à l’arrière de notre minibus car nous quittons cette ville qui a longtemps été pour nous un point sur la carte et est devenue une réalité en quatre dimensions, la quatrième étant sa dimension spirituelle dont nous partons imprégnés d’une partie notable. Afin de respecter la législation en vigueur ( !), un jeune policier, impassible et silencieux, prend place à côté du chauffeur. Son rôle consiste prétendument à faire respecter les limitations de vitesse ! le soir il s’isole pour écrire sur son portable, des rapports hiérarchiques ? les messages d’un garçon morose à sa famille ?  Henry prendra un malin plaisir à le taquiner sans cesse, après tout ce policier n’est qu’un enfant bien timide, mais la compromission s’en tiendra là. Nous quittons Lhassa en longeant la rivière Kyi chu. Après avoir traversé le Yarlung Tsampo plus connu sous le nom de Brahmapoutre, nous partons plein est en direction de Tsethang. La route est bordée de saules et de peupliers dont les feuilles d’or brillent dans la lumière du matin. En cours de route nous faisons une halte pour visiter le petit temple de Dranang dont certains murs sont couverts de très anciennes fresques du XIème siècle. Nous sommes surpris par une forte présence policière dans les rues. Ayant interrogé un représentant de l’ordre nous apprenons qu’aujourd’hui a lieu une grande cérémonie religieuse. De fait, arrivés devant l’entrée du temple nous voyons les gens du village alignés, très silencieux sur une très longue queue passablement surveillée. L’ambiance est lourde, peu festive. Nous rions discrètement de constater qu’il y a plus de représentants de la loi que de villageois. Après avoir patienté quelques instants et voyant que nous n’avancions pas d’un pouce nous décidons de remettre à plus tard cette visite et de continuer vers Tsethang. En cours de route nous faisons une halte sur une aire qui domine le Bhramapoutre. Face à nous, sur l’autre rive distante de 3 kilomètres nous apercevons la montagne qui domine Samye. Nous arrivons pour déjeuner à Tsethang située à 3100m d’altitude et à 160km au sud-est de Lhassa. Autrefois ancienne capitale de la dynastie Yarlung c’est aujourd’hui la troisième ville du Tibet, bruyante et polluée. La ville est dominée à l’est par le Gangpori sur les flancs duquel une caverne serait, selon la légende, le lieu de naissance du peuple tibétain, résultat de l’accouplement d’un singe et d’une ogresse.

Sitôt le déjeuner pris nous partons pour Yumbu, petite ville située à une dizaine de kilomètres au sud de Tsethang sur les bords du Yarlung Tsangpo. En route nous passons près de quatre immenses casernes qui sont encore la preuve d’une forte présence militaire. Quelques minutes plus tard nous arrivons au pied du «palais de la biche » (yumbu) dont la première construction remonterait au IIème siècle sous le règne de Nyatri Tempo. C’était le siège de la tribu Yarlung qui finit par l’unification du Tibet sous le règne du roi Songtsen Gampo au VIIème siècle. Palais d’été de ce roi et de ses deux épouses les princesses Wengcheng et Bhrikuti, cet édifice fut détruit pendant la révolution culturelle et entièrement reconstruit en 1982. Le Yumbu-lhakhang qui domine la vallée se présente telle la proue d’un navire sous la forme d’un édifice de trois étages avec sur l’arrière une grande tour carrée comme celle d’un château. Après la visite, au cours de laquelle nous avons pu voir des statues de quelques rois du Tibet et du Bouddha Thiesung Sangjie, je monte sur la crête qui continue derrière le château pour accrocher mes drapeaux à prières aux centaines d’autres qui volent au vent. Nous achetons des talismans, un moine nous recommande de ne jamais les ouvrir et lire. Sur le chemin du retour (aperçu un chameau !) nous nous arrêtons pour visiter le monastère de Traduk qui est considéré comme étant l’un des tous premiers monastères de Tibet car fondé en 641 par Songtsen Gampo. Bien que plusieurs fois remanié ce monastère a conservé quelques éléments architecturaux et objets liturgiques anciens.  

Ce matin nous partons pour Samye. Après avoir traversé le Bhramapoutre  nous revenons vers l’ouest, la route longe d’immenses zones dunaires fixées par un maillage de milliers de pieux enfoncés dans le sable. Après une heure et demie de route nous arrivons à Samye. Un escalier de béton nous permet d’arriver au sommet du Hepo Ri, une des quatre montagnes sacrées du Tibet, les trois autres étant le Chakpo Ri de Lhassa, le Chuwo Ri de Gongkar et le Gönpo Ri de Tsethang. Le Hepo Ri, dont le nom signifie montagne de l’essoufflement, domine d’une centaine de mètres le site religieux de Samye situé à 3500 m d’altitude dont la fondation remonte au VIIIème siècle. Du haut de ce promontoire venteux nous dominons la plaine et avons une vision générale de l’ensemble monastique. Le temple principal Ütse aux angles duquel ont été construits quatre grands chortens (stupas) est entouré d’une muraille blanche de forme elliptique surmontée de centaines de petits chortens, ce qui donne à l’ensemble l’aspect d’un immense mandala. A l’est de l’entrée du temple se trouve une stèle de près de 5 mètres de haut. Ce doring est gravé d’un édit  du roi Yarlung Trison Detsen  par lequel il déclare, en l’an 779, que  le bouddhisme devient religion d’état. Le plafond du temple principal est formé de dizaines de caissons décorés de magnifiques mandalas. Il abrite la statue en pierre  d’un Sakyamuni de 4 mètres de haut. Les murs du couloir ambulatoire  sont ornés de peintures relatant des épisodes de la vie du Bouddha historique. Nous passons une grande partie de la journée à visiter les autres temples ou chapelles souvent dans la pénombre où nous nous attardons à détailler de près les fresques anciennes. En quittant ce lieu notre guide se précipite vers une vendeuse pour acheter des pierres rares ayant des vertus protectrices. Ce serait de petites météorites (non magnétiques …) que les tibétains désignent plus généralement sous le nom de pierres de lune ou pierres de feu, les tokcha (thog lcags) Sachant cela nous cédons aux démons de la tentation et en achetons quelques-unes pour nous en protéger. En revenant à Tsethang nous constatons qu’en de très nombreux endroits les flancs des montagnes ont reçu la visite de bulldozers ou de pelles mécaniques. Ce sont des traces de prospection minière systématique effectuée sur l’ensemble du territoire tibétain, preuve que le gouvernement chinois s’intéresse plus aux richesses du sol et du sous-sol qu’aux richesses spirituelles du Tibet.

Du haut du Hepo Ri on entend un chant choral envoûtant et répétitif. Certains d’entre nous veulent en avoir l’explication de plus près. Une cinquantaine de jeunes garçons et filles, un foulard sur la bouche, pilonnent indéfiniment le sol d’une terrasse du temple pour la rendre étanche tout en chantant et dansant une séduisante chorégraphie. Nos amis se joignent à eux, et tous de s’esclaffer. On peut retrouver sur internet quelques séquences de ces envoûtants travaux rythmés.

Aujourd’hui une longue route nous attend, près de 300 kilomètres vers l’ouest, pour rejoindre Gyantse. Comme nous n’avions pas pu visiter Dranang à l’aller nous nous y arrêtons au retour pour voir l’ensemble unique des fresques du XIème siècle de style Pala conservées dans ce temple fondé en 1081 par Drapa Ngönshe. La visite terminée il faut reprendre la route. Pour comble d’ironie, nous apercevons une toute neuve station d’essence sur cette route déserte, et en grandes lettres orange, la marque « uSmile ». Nous laissons à main droite le pont qui permet de revenir vers Lhassa et continuons vers l’ouest. Une vingtaine de kilomètres plus loin la route tourne à main gauche, et par de larges lacets nous attaquons la route qui va nous faire passer de 3600 à 4800m en une vingtaine de kilomètres. La vue sur un immense lac s’offre à nous quand nous débouchons en haut du Kamba La. Nous avons au loin les neiges du Nojing Kangtsang (7191m) et sous les yeux le Yamdrok tso, lac dont les eaux sacrées sont aujourd’hui détournées vers une centrale hydro-électrique située sur les berges du Yarlung Tsangpo. Cette centrale, la plus grande du Tibet dont la construction avait débuté en 1989, et à laquelle le 9ème Panchen-lama s’était opposé, est entrée en activité en 1997.

Notre guide ne voulant pas se plier aux vœux des autorités chinoises qui font payer ceux qui s’arrêtent au col pour prendre des photos, il décide que nous nous arrêterons un peu plus bas sur la route. Mais, dès que nous sommes arrêtés une voiture vient bloquer notre véhicule. S’engage alors une vive discussion entre notre guide, notre chauffeur et quatre individus en civil. Il faut payer sinon nous ne pouvons pas partir ! Le guide finit par donner les 200 yuans demandés (20 euros) pour que nous puissions prendre quelques photos. Remontés dans le bus il nous explique qu’il s’est mis en colère car c’est du véritable racket et que cet argent ne va absolument pas vers les populations locales. Notre jeune policier se fait le plus discret possible et reste coi. Après être redescendus sur les rives du lac aux eaux turquoise nous y faisons une courte halte. La route qui longe le lac traverse un village au-dessus duquel se trouve le petit monastère de Pelde où sont logées 10 jeunes nonnes encadrées par deux très âgées. Nous y sommes accueillis par de larges sourires et même invités à boire le thé agrémenté de quelques gâteaux secs. La légende dit que ce petit monastère est hanté par l’esprit d’une très vieille femme qui serait morte en ce lieu il y a plusieurs siècles.

Après avoir quitté les rives du Yamdrok tso, la route nous fait traverser la ville de Nagartse, rendue célèbre par la princesse qui donna naissance en 1617 au 5ème Dalai-lama. Puis elle s’engage dans un étroit défilé qui conduit au Karo-La (La veut dire col) 5050 mètres d’altitude. Ce col franchi, nous passons peu après au pied du spectaculaire glacier du Nojing Kangtsang. Quelques kilomètres plus loin nous quittons la grande route pour prendre une piste qui conduit au monastère de Ralung fondé en 1180 et qui fut le siège de l’école Drukpa Kagyu. Ralung dont le nom est lié à une chèvre sacrée a été entièrement soufflé par la dynamite chinoise. Le site n’a été que très partiellement restauré et est entretenu par une petite dizaine de moines. Du toit terrasse nous dominons l’ensemble des ruines dont la plus imposante est celle de l’ancien chorten. Nous reprenons une autre piste au bord de laquelle s’enfuient à notre approche un groupe de gazelles du Tibet (Procapra Picticaudata). Avant de rejoindre la route qui mène à Gyantse nous longeons l’immense lac artificiel de Simi La. Nous arrivons enfin à Gyantse alors qu’il commence à faire nuit.

Ce matin nous quittons l’hôtel à pied pour monter sur une butte d’où nous découvrons le Pelkor Chöde et le grand chorten. Une puissante muraille, longue d’un kilomètre et demi  et flanquée de huit tours, ceinture l’ensemble au centre duquel se dresse le kumbum, le plus grand chorten du Tibet construit entre 1418 et 1425. Chorten est le mot tibétain pour le sanscrit stupa, monument plein et conservant des reliques.  Ce bâtiment-ci en gradin sur 6 étages contient 77 chapelles décorées de plus de 10 000 peintures dont un certain nombre est d’influence népalaise. Elles sont les dernières de ce type au Tibet. L’ancienne porte, surmontée d’un linteau aux cinq têtes de lion, permettant d’entrer à l’intérieur de l’enceinte est maintenant condamnée et nous devons passer par une nouvelle entrée percée en face de la rue principale. Devant cette entrée nous nous trouvons au carrefour d’anciennes grandes routes culturelles, politiques ou commerciales : la route du bois, la route de la laine et celle de la religion qui reliait Sakya à Lhassa. Dans le Pelkor Chöde, de grandes peintures thangkas sont protégées par d’immenses sacs de cuir, occultées dans l’attente de la prochaine célébration annuelle. Une des chapelles est ornée de magnifiques fresques des seize Arhat (ceux qui ont atteint le dernier échelon de la sagesse avant la bouddhéité) datées de 1425. Dans la cour des familles de Tibétains veulent que nous soyons à leur côté lorsqu’elles se prennent en photo. Ces pèlerins sont évolués, le portable à la main, le contact aisé. Nous en croisons cependant d’autres, plus rustiques, dont un hirsute et négligé, venu sans doute d’un village perdu de montagne, qui nous salue en tirant intégralement la langue. Nous connaissions cette coutume lue dans des livres ethnologiques. Nous n’en fûmes pas choqués, mais heureux d’en être témoin.

A 13h00 nous nous engageons encore plus à l’ouest, vers Shigatse. Nous roulons dans une large plaine agricole dans laquelle les paysans sont occupés à rentrer les moissons, d’autres procèdent, sur des aires prévues à cet effet, au dépiquage des épis d’orge en décrivant des cercles avec ces tracteurs chinois qui ont remplacé le yak. Le grain est ensuite séparé de la balle à l’aide de puissants ventilateurs. En cours de route nous nous arrêtons pour visiter le petit monastère de Shalu dont le nom signifie feuille de colza car la légende dit que son fondateur, alors qu’il était en méditation loin dans la montagne, prit un arc et décocha une flèche qui vint se planter en ce lieu dans une feuille de colza. La première pierre fut posée en 1040 par Shetsun Sherab Jungnay. Sous la direction de Butön Rinpoche (1290-1364) qui écrivit les 227 volumes du Tangyur, les commentaires du Kanjur déjà cité, la parole de bouddha. Shalu devint l’un des  plus importants centres d’étude du Tibet où étaient principalement enseignées les disciplines du voyage en transe sur longues distances en lévitation (lungom) et la méditation dite de la chaleur intérieure (le fameux thumo qui sauva la vie de A.D Néel lors de ses aventures). Shalu qui est un des rares monastères à avoir échappé à la destruction lors de la révolution culturelle à au rez-de-chaussée des éléments architecturaux remontant au XIème siècle. Les murs du porche sont couverts de peintures de la même époque. Ces rares exemples de l’art Pala ont été détériorés par les moines qui stockaient le bois pour la cuisine sous ces auvents. A l’intérieur d’autres fresques datées du XIVème siècle sont de style népalo-tibéto-mongol créé par Arniko à la cour de Kublai Khan. Les murs des  chapelles supérieures sont décorés d’immenses mandalas qui ont malheureusement été en partie détériorés par des infiltrations venues du toit de tuiles bleues vernissées. Seuls les moines acceptent cette fatalité relative à l’impermanence -que rien ne dure- et qu’il faut l’accepter. Nous quittons Shalu, qui abritait 4000 moines à son apogée et qui sont tout juste une centaine aujourd’hui  dont quelques-uns sont occupés à imprimer des textes qui seront pliés dans des amulettes. Egalement à façonner des boulettes de tsampa (pâte de farine d’orge), les rilbu sacrés. Ces rilbus étaient, ou seraient encore, composées de mille ingrédients dont certains peu ragoûtants, poudre de cadavres sacrés, excrétions de personnages en voie de sainteté, eux bien vivants… Nous continuons notre route, toujours vers  l’ouest, vers Shigatse où nous arrivons vers 18h00.

Shigatse, deuxième plus grande ville du Tibet après Lhassa est située à 3850 mètres d’altitude. Elle est reliée à Lhassa par une ligne de chemin de fer longue de 253 kilomètres qui a été inaugurée cette année. L’intérêt principal de cette ville c’est le monastère gelugpa de Tashilhumpo, fondé en 1447 par le premier Dalaï-lama et qui est devenu par la suite le siège traditionnel du Panchen-lama. Les toits couverts d’or du  Jamkhang Chenmo, le palais rouge des Panchen-lamas, dominent l’ensemble des bâtiments. Ils abritent une immense statue en bronze doré, haute de 26 mètres, du Bouddha Maitraya. La fabrication de la statue a nécessité 150 tonnes de cuivre recouvert de 300kg d’or. La construction du Jampa Lhakhang a nécessité quatre années de travail à 900 ouvriers qui ont été rémunérés avec 1500 tonnes de grain de céréales. Ce grand bâtiment est composé de 15 autres chapelles dont l’une permet d’être au niveau du visage de la statue. Face à face impressionnant de l’homme et de la divinité ! Un peu plus haut dans la pente se dresse l’immense mur qui reçoit lors du festival de juillet un thangka  de 40 mètres de haut. Parlant avec notre de guide du touriste qui avait été expulsé manu-militari du Tibet pour avoir détenu puis offert une photo du Dalai-lama, il me confirme que c’est bien dans ce monastère que cela s’est passé car ici les moines sont parfois des collaborateurs de la force chinoise et surveillent le moindre mouvement, la moindre parole.  La visite terminée nous déambulons dans les ruelles qui se faufilent entre les divers bâtiments. Autour des portes et fenêtres sont peintes de larges bandes noires qui symbolisent les cornes d’un yak. Revenus sur la grande place qui précède la monumentale porte d’entrés nous partons visiter la résidence des Panchen-lamas distante de quelques centaines de mètres. Ce vaste bâtiment, résidence d’été du VIIème Panchen-lama, construit en 1844, est un musée vide sans grand intérêt.  L’après-midi nous faisons en une petite heure la promenade pérégrine aux nombreux rouleaux de prières qui nous fait passer derrière le monastère et dominer l’ensemble de la ville baignée des magnifiques couleurs automnales. Nous négligeons la visite du fort militaire entièrement reconstruit en ciment en 2007 suite à sa destruction en 1961 pour aller faire un tour dans les allées de l’immense marché où de magnifiques chubas de fête, les vêtements aux longues manches, au prix de 600 euros côtoient des chapeaux et chapkas en fourrure ou des objets de pacotille. Dans les magasins tenus par les musulmans il y a à notre égard ni sourire ni salutation, plutôt de la méfiance… Par contre lorsque nous entrons dans une boutique gérée par des Tibétains nous sommes accueillis par de sonores « tashi dele(k) » et de larges sourires.

C’est sous un grand ciel bleu que nous quittons Shigatse. La route s’infléchit vers le sud et traverse une large vallée céréalière où nous nous arrêtons pour regarder une famille occupée à griller l’orge qui servira à faire la farine pour la tsampa  et la bière artisanale le tchang. Un peu plus loin nous stoppons près du monument qui marque les 5000km de la route nationale G318 qui relie Shangaï à la frontière népalaise.  Nous passons dans d’étroits défilés où nous prenons de véritables leçons de géologie. Nous avons l’impression que par endroit les roches viennent juste de jaillir des entrailles de la terre. La route s’élève imperceptiblement pour passer le Tso La à 4542 mètres. La fraîche pause photo est de courte durée avant d’attaquer une longue descente. Parvenus dans le val nous quittons la route goudronnée pour nous engager sur une piste défoncée qui conduit à un petit monastère dont notre guide a entendu parler mais qu’il ne connait pas du tout. Après avoir roulé une dizaine de kilomètres sur la piste cabossée nous arrivons au petit monastère de Tsen niché à 4550 mètres au-dessus d’un modeste village. Le moine en charge de ce monastère nous précise que sa fondation remonte au XIème siècle et qu’il reçut la visite du grand maître Atisha. La statue principale représente Amitayus. Autrefois les bâtiments en ruine situés un peu en contrebas abritaient 10 000 moines de la secte Sakyapa. Maintenant les 31 moines qui en ont la charge sont de la secte nyingmapa. On apprendra que, en situation si isolée c’est la première fois qu’ils reçoivent la visite d’occidentaux. Le moine responsable qui nous a accueillis nous donne l’un après l’autre sa bénédiction en nous apposant sur la tête l’aiguière contenant l’eau consacrée (tsechu), puis il nous passe au cou un fil de laine rouge sacré (sungdü) et enfin nous fait distribuer à chacun une tseril (jinlab ?), boulette de la taille d’une bille, constituée de tsampa et autres mystérieux ingrédients (voir plus haut), qui est censée nous procurer longue vie ; c’est un privilège rare, mais qu’il faut avaler sans sourciller. Ensuite nous allons prendre notre pique-nique près d’un gros chorten un peu plus bas, pendant qu’un apprivoisé et facétieux bharal, ou mouton bleu de l’himalaya (ou naur) monte visiter et fouiller le minibus. Chacun dans notre coin nous nous imprégnons du silence et de la sérénité des lieux. Henry retourne en courant au monastère pour acheter des cubes de fromage de brebis exposées en guirlandes au grand air sur des fils ; le dit-fromage se conserverait un siècle ou plus.  Il faut se décider à partir et à reprendre la route qui conduit à Sakya, le siège de l’école sakyapa du bouddhisme tibétain qui a été fondé en 1073 par Khon Chögyal Pho. Sakya, qui se traduit par terre blanche tire son nom de  la colline qui lui fait face. Nous y arrivons en milieu d’après-midi.

Les sacs déposés à l’hôtel nous partons visiter le monastère sud qui se présente sous la forme d’une grande forteresse de plan carré de 100 m de côté avec de grosses tours massives aux angles et au milieu de chaque mur. Sitôt franchies les hautes portes nous traversons la cour et entrons dans le bâtiment principal, soutenu par d’énormes piliers de bois. Le temple de 6000 mètres carrés abrite la plus grande bibliothèque que nous ayons pu voir, elle contient plus de 25 000 ouvrages dont certains mesurent plus d’1,5 m de longueur, 45 cm de largeur et 20 cm d’épaisseur. Certains de ces livres reliés de métal ont été réalisés à la demande de l’empereur Kubilai Khan. En 2003 une autre bibliothèque contenant 84 000 ouvrages a été découverte scellée derrière un mur long de 60 mètres et haut de 10 mais pour l’instant cette dernière n’est pas encore ouverte aux études et à la visite. Hormis les immenses salles publiques[h2] , et ainsi que dans tous les autres monastères, les multiples couloirs, escaliers, échelles et passages, sont étroits, sombres, bas de plafond, on s’y heurte le pied et la tête. Peu de lumière nous guide et il est fréquent de croiser un moine dont on ne peut distinguer les traits ; on se salue néanmoins, les mains jointes ou d’un bref hochement de tête, et d’un « tashi dele(k) ». L’odeur des lampes à beurre et des encens omniprésents nous enivrent. Dans l’un d’eux il y avait même un escalier de bois à la centaine de marches bien raides qu’il faut gravir d’une traite rapide, cet exploit conduisant, paraît-il, sur la voie du nirvana. Mais nous, à 5000m, avec 50% d’oxygène en moins… Nous partons ensuite sur la rive sud de la Phu chu, une des sources de l’Arun, qui traverse Sakya pour aller admirer l’école de philosophie, dominée par les ruines des 108 (chiffre sacré) vieux monastères, où de jeunes moines pratiquent les joutes oratoires.

Après une bonne nuit nous quittons cette ville dont les habitations sont peintes en gris en hommage à Mahakala la déitée courroucée, protectrice ici des lieux. En cours de route les maisons des villages portent sur les murs des bandes de couleur rouge, blanche et grise, les Rigsum Gompo, qui représentent les Bouddhas de la connaissance, de la compassion, et de la force, ce qui empêche les démons de venir perturber les êtres humains. Après avoir roulé une cinquantaine de kilomètres la route plonge vers le sud et remonte sévèrement pour déboucher au Gyatso-La à 5248 mètres, ce col  nous fait découvrir l’immensité du plateau sur lequel se découpe la cime enneigée du Phula Ri (6200m). Plus loin nous nous arrêtons pour pique-niquer au bord de la route. Le repas nous est servi sur un plateau géologique ! Au loin, à 90 kilomètres de nous, pointe la pyramide sommitale de l’Everest, du côté le moins connu. Ayant terminé le repas nous reprenons la route, que nous quittons peu après pour aller visiter le  monastère de Shelkar dont l’origine remonte à 1266. A l’origine il était occupé par la secte kagyu mais depuis le XVIIème siècle il est passé aux mains des Gelugpa. Le dzong, monastère-forteresse en grande partie ruiné, est établi sur une grande arrête rocheuse. Il s’étage entre 4375 et 4572 mètres et est ceinturé d’une immense muraille. Actuellement une trentaine de moines y  vit. Les expéditions britanniques des années vingt vers la face nord de l’Everest avaient fait étape à Shelkar Dzong. Nous reprenons notre route. Une vingtaine de kilomètres plus loin nous nous arrêtons à ce qui s’avèrera être le dernier poste de contrôle avant d’arriver à Tingri où nous parvenons vingt minutes plus tard. Je profite du temps libre pour monter sur une colline qui domine le village et d’où je découvre une grande partie du plateau et la masse immaculée des 8201 mètres du Cho Oyu. Nous dînons à l’étage d’un petit restaurant local pour profiter du coucher de soleil sur les montagnes. C’est notre dernière soirée sur les terres tibétaines. Le repas sera arrosé avec deux bouteilles du vin rouge chinois dont nous avions apprécié la qualité à Lhassa. Les deux jeunes serveuses s’amusent beaucoup de notre humour qui nous distinguent si bien des…envahisseurs rouges. Rouge justement, ce vin de qualité est parait-il élevé par des œnologues français, ce qui nous console un brin.

Le lendemain nous partons alors qu’il fait encore nuit. Sa majesté le mythique Kailash, le mont Méru des Tibétains, n’est pas très éloigné. Hélas un arrêté chinois en interdit sans explication tout accès en ce moment. Les 52 kms de khora à plus de 4500m seront pour une autre fois. Aurions-nous dû compter sur notre périple les nombreux check-points militaires ou policiers ? de loin, sur un plateau désert apparait une sorte d’arc de triomphe, c’est surréaliste. Il s’agit en fait d’un poste de contrôle où nos passeports, ou simplement les papiers du véhicule, seront contrôlés, et dûment consignés dans une cahute attenante (ne jamais perdre de vue son propre passeport !). L’arc de triomphe quant à celui-ci, vante le digne peuple chinois. Au milieu de fleurs artificielles, des affiches kitsch présentent des Tibétains en tenue d’apparat dansant près de soldats en arme applaudissant l’« Unité » ! le jeu du carambar lancé par Henry aura bien échoué – tous perdants – aucun d’entre nous n’aura provoqué et  obtenu le moindre sourire de la soldatesque aux contrôles ! Au fur et à mesure que nous roulons la route s’élève et ses bas-côtés sont de plus en plus couverts de neige. Alors qu’apparaissent les premiers rayons de soleil nous arrivons à une première passe le Lalung-La (5050m), et une dizaine de kilomètres plus loin nous nous arrêtons au dernier grand col, le Tong-La (5100m) qui nous permet de basculer vers le Népal. Nous réalisons cette fois que nous avons eu bien de la chance de passer tant de cols sans encombre, so so la gyalo !!!. Nous sommes entourés de sommets dominés par l’imposante masse du Shishapangma (8046m). Commence alors la longue et impressionnante descente vers les « gorges de l’enfer » qui nous font traverser l’immense barrière himalayenne et passer du sévère et presque désertique plateau tibétain à la végétation tropicale des vallées népalaises. Dans la descente nous avons le plaisir de voir un magnifique yak blanc qui a l’air de poser pour nous, puis nous traversons Nyalam la dernière grosse bourgade tibétaine pour arriver enfin au poste frontière de Kodari altitude 1750 m. Nous devons nous faufiler entre deux files de centaines de camions pour aller nous soumettre aux formalités douanières. Les Chinois chipotent, confisquent un livre de poésie du sac d’Henry qui prétend en riant qu’il n’a pourtant rien de subversif. Notre guide, parce qu’il a dépassé d’un demi-pas une ligne au sol, se fait interpeller vigoureusement.  A la sortie du poste de douane nous ne sommes même pas autorisés à embrasser brièvement notre dévoué guide Tashi qui a pourtant été la clé de la réussite de cette fabuleuse traversée du Tibet où il ne nous aura manqué que la visite du Norbulinka dans la banlieue de Lhassa, cette résidence d’été des dalaï-lamas depuis la première moitié du 18e siècle. Sinon nous aurons visité tous les monastères majeurs historiques.

 Nous quittons le Tibet à pied en traversant le « pont de l’amitié » jeté sur les eaux de la Bothe kosi, qui deviendra en aval la Sun Kosi. Sur ce pont des Chinois en arme, le visage fermé, nous font d’un signe descendre du trottoir pour nous obliger à marcher au milieu de la chaussée. Nous ne risquons pas de nous faire écraser vu qu’aucun véhicule n’a le droit de rouler sur ce pont et que toutes les marchandises provenant de Chine sont transférées à dos d’homme (ou de femme). Soudain nous respirons. A l’autre bout du pont un militaire népalais souriant nous ouvre la barrière en nous lançant un amical « namasté » qui nous fait passer d’un univers à un autre où l’oppressant ordre, le lourd silence, la crainte, se changent en joyeux désordre sur fond de musiques populaires tonitruantes. Nous nous retrouvons à patauger dans la gadoue en jouant des coudes au milieu d’une véritable cohue amicale. Un peu plus loin nous avons la surprise de monter dans un véhicule local un peu déglingué. Dès les premiers tours de roues nous comprenons vite que la qualité de la route nécessite ce genre de véhicule car plus bas nous avons une autre surprise. Le bus, par une piste tracée au bulldozer, doit traverser un énorme glissement de terrain qui s’est produit en août dernier. Ce glissement large de 500 mètres a balayé sur 1000 mètres de hauteur le flanc de la montagne  provoquant la mort de 156 personnes qui habitaient un village situé sur sa trajectoire. Henry nous informe alors du cas similaire du village de Langtang dont s’occupe son association (http://tibetainsetpeuplesdelhimalaya.unblog.fr). La terre et les rochers se sont accumulés dans le lit de la Sun Kosi, provoquant la formation d’un petit lac. La traversée est périlleuse. Heureusement qu’il n’a pas plu, car notre véhicule, comme beaucoup de véhicules au Népal a des pneus lisses ! Plus loin nous retrouvons le bitume et c’est un autre bus plus confortable qui nous conduit à la capitale népalaise.

En fin d’après-midi nous arrivons à Kathmandu, non loin de Bodnath, après avoir parcouru plus de 1400 kilomètres sur les routes du Tibet et les 114 de l’Arniko Highway ou « Friendship highway » (« route de l’amitié » sic). C’est la fin d’un inoubliable périple qui nous a permis de mieux appréhender ce qui fut et reste les bases de la culture et de la religion des Tibétains (l’identité en perdition ?) que nous avons côtoyés sur les via sacra de la foi. Certains d’entre nous, bien qu’ils en eussent l’envie depuis des lustres, ne voulaient pas se rendre au Tibet à cause de la condition des autochtones à ce jour. Ils ont dominé cette appréhension, et ont eu raison. Il nous appartient désormais de narrer notre témoignage en toute connaissance de cause. Cependant, pour faire la part des choses, citons que les Chinois clament hautement que cette partie de la « Chine historique », qui fut plutôt un immense Tibet historique incluant même l’Amdo,  a enfin été sortie – grâce à eux les Hans – du moyen-âge et de l’obscurantisme…

Le président de « Tibétains et peuples de l’Himalaya », qui vient d’accompagner un groupe associatif de tourisme éthique, nous attend amicalement près du vénéré stupa de Bodnath. Nous nous dirigeons vers les ateliers Pagoda pour quelques emplettes caritatives.     

 -texte (richement) instruit par Franck D / complété par Henry F –

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Losar 2144. Nouvel an tibétain le 27 février 2017

Calendrier tibétain  2016Le Nouvel an tibétain, appelé (Fête du) Losar, sera célébré le 27 février 2017.
La fête du Losar dure plus précisément 3 jours traditionnellement, Nous entrerons alors dans la 2144ème année du calendrier tibétain, qui est l’année placée sous le signe de l’oiseau de feu.

Le calandrer tibétain est composé de 12 « signes » et de 5 « éléments », créant ainsi un cycle de 60 ans.

Les 12 signes sont :

  • Souris       Bœuf         Tigre        Lièvre

  • Dragon     Serpent     Cheval      Mouton

  • Singe       Oiseau       Chien       Cochon

Et les 5 éléments, chacun répété 2ans de suite :

  • Eau   Bois   Feu   Air   Métal/fer

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Singe

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Bois

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BREF APERÇU SUR LE CALCUL ASTROLOGIQUE DU CALENDRIER TIBÉTAIN

L’Astrologie tibétaine est basée sur le mouvement lunaire, mais également sur celui des planètes.  Elle s’inspire du système autochtone du Boen ( religion pré-bouddhique du Tibet ), de l’astrologie indienne ( dKar-rtsis ) et de l’astrologie chinoise ( Nag–rtsis ).  Toutes les fêtes sont mobiles et la nouvelle lune de février-mars marque le jour de l’an.  Chaque année est associée à un signe animalier – 12 en tout : souris, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, mouton, singe, coq, chien et cochon, et également à un élément – 5 en tout : le bois, le feu, la terre, le fer et l’eau.  Les éléments vont se succéder au rythme d’un élément tous les deux ans, complétant ainsi un cycle de 60 ans.  De plus, le système tibétain attribue un sexe à l’année.  Le tableau ci-dessous permet de nous y retrouver par rapport au calendrier occidental :

Même si l’on comptabilise habituellement 12 mois pour un an, il n’est pas exclut que certaines années ne comportent que 11 mois, ou au contraire, 13 mois !   De même, certains jours peuvent se répéter, ainsi l’on peut trouver deux jours consécutifs ayant la même date dans le même mois (par exemple le 6 deux jours de suite !) ou au contraire, un jour manquant dans le mois (par exemple, l’on passe du 1er au 3ème jour ) !!

Officiellement, le calendrier tibétain a débuté à la nouvelle lune de février-mars de l’an 127 avant J.C. qui correspond à l’intronisation du roi Nyatri Tsenpo, d’où l’appellation « Année royale du Tibet ».

L’école de la médecine et de l’astrologie tibétaines ( Tibetan Medical and Astro Institute ) de Dharamsala publie des calendriers officiels tibétains ainsi qu’un almanach ( en tibétain : Lotho ) détaillant les données dites favorables et non favorables pour chaque jour de l’année.  La lecture correcte d’un lotho nécessite une formation sans laquelle les non initiés risquent fort de ne saisir qu’une parcelle d’informations précieuses contenues dans celui-ci.

La branche « Astrologie » de l’Ecole de la médecine de Dharamsala établi également des  horoscopes ( tshe rabs las rtsis ) sur demande, en fournissant clairement les dates et horaires de sa naissance, dont les tarifs de ces prestations sont fixes.  Web : www.men-tsee-khang.org

LOSAR 2143

Calendrier tibétain  2016Le Nouvel an tibétain, appelé (Fête du) Losar, sera célébré entre le 8 et le 10 février 2016.
La fête du Losar dure plus précisément 3 jours traditionnellement, Nous entrerons alors dans la 2143ème année du calendrier tibétain, qui est l’année placée sous le signe du singe de feu.

Le calandrer tibétain est composé de 12 « signes » et de 5 « éléments », créant ainsi un cycle de 60 ans.

Les 12 signes sont :

  • Souris       Bœuf         Tigre        Lièvre

  • Dragon     Serpent     Cheval      Mouton

  • Singe       Oiseau       Chien       Cochon

Et les 5 éléments, chacun répété 2ans de suite :

  • Eau   Bois   Feu   Air   Métal/fer

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

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2004

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2006

2007

2008

2009

2010

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

Souris

Bœuf

Tigre

Élément

Métal

Eau

Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

Métal

Métal

Eau

Rang

25

26

27

28

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33

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Tibétaine

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2139

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Grégorienne

2011

2012

2013

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2015

2016

2017

2018

2019

2020

2021

2022

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

Souris

Bœuf

Tigre

Elément

Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

Métal

Métal

Eau

Eau

Bois

Rang

37

38

39

40

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48

Tibétaine

2150

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Grégorienne

2023

2024

2025

2026

2027

2028

2029

2030

2031

2032

2033

2034

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

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Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

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Métal

Eau

Eau

Bois

Bois

Feu

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Tibétaine

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2173

Grégorienne

BREF APERÇU SUR LE CALCUL ASTROLOGIQUE DU CALENDRIER TIBÉTAIN

L’Astrologie tibétaine est basée sur le mouvement lunaire, mais également sur celui des planètes.  Elle s’inspire du système autochtone du Boen ( religion pré-bouddhique du Tibet ), de l’astrologie indienne ( dKar-rtsis ) et de l’astrologie chinoise ( Nag–rtsis ).  Toutes les fêtes sont mobiles et la nouvelle lune de février-mars marque le jour de l’an.  Chaque année est associée à un signe animalier – 12 en tout : souris, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, mouton, singe, coq, chien et cochon, et également à un élément – 5 en tout : le bois, le feu, la terre, le fer et l’eau.  Les éléments vont se succéder au rythme d’un élément tous les deux ans, complétant ainsi un cycle de 60 ans.  De plus, le système tibétain attribue un sexe à l’année.  Le tableau ci-dessous permet de nous y retrouver par rapport au calendrier occidental :

Même si l’on comptabilise habituellement 12 mois pour un an, il n’est pas exclut que certaines années ne comportent que 11 mois, ou au contraire, 13 mois !   De même, certains jours peuvent se répéter, ainsi l’on peut trouver deux jours consécutifs ayant la même date dans le même mois (par exemple le 6 deux jours de suite !) ou au contraire, un jour manquant dans le mois (par exemple, l’on passe du 1er au 3ème jour ) !!

Officiellement, le calendrier tibétain a débuté à la nouvelle lune de février-mars de l’an 127 avant J.C. qui correspond à l’intronisation du roi Nyatri Tsenpo, d’où l’appellation « Année royale du Tibet ».

L’école de la médecine et de l’astrologie tibétaines ( Tibetan Medical and Astro Institute ) de Dharamsala publie des calendriers officiels tibétains ainsi qu’un almanach ( en tibétain : Lotho ) détaillant les données dites favorables et non favorables pour chaque jour de l’année.  La lecture correcte d’un lotho nécessite une formation sans laquelle les non initiés risquent fort de ne saisir qu’une parcelle d’informations précieuses contenues dans celui-ci.

La branche « Astrologie » de l’Ecole de la médecine de Dharamsala établi également des  horoscopes ( tshe rabs las rtsis ) sur demande, en fournissant clairement les dates et horaires de sa naissance, dont les tarifs de ces prestations sont fixes.  Web : www.men-tsee-khang.org

LOSAR 2142. TASHI DELEK!

Losar, Nouvel an tibétain en 2015 : année 2142 du Mouton de Bois

 

Le Nouvel an tibétain, appelé (Fête du) Losar, sera célébré le 19 février 2015.
La fête du Losar dure plus précisément 3 jours traditionnellement, et sera donc célébrée du 19 au 21 février. Nous entrerons alors dans la 2142ème année du calendrier tibétain, qui est l’année placée sous le signe du Mouton de Bois.

Le calandrer tibétain est composé de 12 « signes » et de 5 « éléments », créant ainsi un cycle de 60 ans.

Les 12 signes sont :

  • Souris       Bœuf         Tigre        Lièvre

  • Dragon     Serpent     Cheval      Mouton

  • Singe       Oiseau       Chien       Cochon

Et les 5 éléments, chacun répété 2ans de suite :

  • Eau   Bois   Feu   Air   Métal/fer

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

Souris

Bœuf

Tigre

Élément

Feu

Terre

Terre

Métal

Métal

Eau

Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

Terre

Rang

1

2

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5

6

7

8

9

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Tibétaine

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1987

1988

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1990

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1994

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1997

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Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

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Chien

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Bœuf

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Élément

Terre

Métal

Métal

Eau

Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

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Rang

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Tibétaine

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Grégorienne

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2000

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Année

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Eau

Eau

Bois

Bois

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Feu

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2011

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Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

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Souris

Bœuf

Tigre

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Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

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Terre

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Eau

Eau

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Tibétaine

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Année

Lièvre

Dragon

Serpent

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Chien

Cochon

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Bœuf

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Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

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Eau

Eau

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Rang

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Tibétaine

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Grégorienne

BREF APERÇU SUR LE CALCUL ASTROLOGIQUE DU CALENDRIER TIBÉTAIN

L’Astrologie tibétaine est basée sur le mouvement lunaire, mais également sur celui des planètes.  Elle s’inspire du système autochtone du Boen ( religion pré-bouddhique du Tibet ), de l’astrologie indienne ( dKar-rtsis ) et de l’astrologie chinoise ( Nag–rtsis ).  Toutes les fêtes sont mobiles et la nouvelle lune de février-mars marque le jour de l’an.  Chaque année est associée à un signe animalier – 12 en tout : souris, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, mouton, singe, coq, chien et cochon, et également à un élément – 5 en tout : le bois, le feu, la terre, le fer et l’eau.  Les éléments vont se succéder au rythme d’un élément tous les deux ans, complétant ainsi un cycle de 60 ans.  De plus, le système tibétain attribue un sexe à l’année.  Le tableau ci-dessous permet de nous y retrouver par rapport au calendrier occidental :

Même si l’on comptabilise habituellement 12 mois pour un an, il n’est pas exclut que certaines années ne comportent que 11 mois, ou au contraire, 13 mois !   De même, certains jours peuvent se répéter, ainsi l’on peut trouver deux jours consécutifs ayant la même date dans le même mois (par exemple le 6 deux jours de suite !) ou au contraire, un jour manquant dans le mois (par exemple, l’on passe du 1er au 3ème jour ) !!

Officiellement, le calendrier tibétain a débuté à la nouvelle lune de février-mars de l’an 127 avant J.C. qui correspond à l’intronisation du roi Nyatri Tsenpo, d’où l’appellation « Année royale du Tibet ».

L’école de la médecine et de l’astrologie tibétaines ( Tibetan Medical and Astro Institute ) de Dharamsala publie des calendriers officiels tibétains ainsi qu’un almanach ( en tibétain : Lotho ) détaillant les données dites favorables et non favorables pour chaque jour de l’année.  La lecture correcte d’un lotho nécessite une formation sans laquelle les non initiés risquent fort de ne saisir qu’une parcelle d’informations précieuses contenues dans celui-ci.

La branche « Astrologie » de l’Ecole de la médecine de Dharamsala établi également des  horoscopes ( tshe rabs las rtsis ) sur demande, en fournissant clairement les dates et horaires de sa naissance, dont les tarifs de ces prestations sont fixes.  Web : www.men-tsee-khang.org

NEPAL 2013 TREK dans le LANGTANG

 

C’est déjà un deuxième séjour au Népal, avec le sentiment bien agréable de retrouver des lieux connus, des itinéraires déjà empruntés. Avec, pour ce séjour ci, une nouveauté, un trek dans la vallée du Langtang, dont sont originaires Temba et sa famille.
Une fois encore, nous y sommes pendant le nouvel an tibétain, ou Losar, précisément à Bodnath, près de Katmandou ou se trouve le plus grand stupa du Népal.

Pour les tibétains, du Tibet ou en exil, les festivités du Losar, revêtent un caractère familial indéniable mais sont aussi l’occasion de rencontres plus élargies, aux amis, à ceux de son village, de sa vallée, voire de son ethnie d’appartenance ; cela dure plusieurs jours. Le Losar est ponctué de différents rites de purification qui permettent d’entrer dans cette nouvelle année, débarrassé de tout ce qui a été négatif en soi et autour de soi, pendant l’année écoulée. Cela passe aussi bien par le nettoyage de fond en comble de la maison, que par l’achat de vêtements neufs que chacun va arborer fièrement sur les terrasses du stupa, ou encore par des frictions du corps avec des boulettes de tsam-pa (orge grillée).

Puis vient le moment du changement des drapeaux de prières, au troisième jour du Losar, sur le toit des maisons et aussi sur le grand stupa. Au dessus du dôme, de vaillants jeunes hommes grimpent les treize degrés sur des échelles adossées de façon bien verticale à mon gout, et se relaient sans cesse pour attacher les drapeaux depuis la cime jusqu’au bas de l’édifice. Petit à petit, le vent agite les « lungta » ou chevaux du vent aux cinq couleurs, correspondant aux cinq éléments : le bleu pour l’air, le blanc pour l’espace, le rouge pour le feu, le vert pour l’eau et le jaune pour la terre ; ces lungta apportent nos souhaits d’harmonie, nos vœux de prospérité et de paix ; ils sont considérés comme des portes bonheurs ; leur origine remonte à la tradition Bon, antérieure au bouddhisme tibétain.

Nous aurons l’occasion, pendant ces jours de fête, d’échanger nos vœux avec la famille de Temba, qui a chaleureusement invité notre groupe de dix huit français à partager un délicieux repas de Losar confectionné par Jhyangju, son épouse. Nous passerons un bel après midi, tous ensemble, à déguster des beignets, à jouer avec les enfants ou encore à échanger avec des voisins venus nous saluer, dans un joyeux mélange de français et d’anglais.

Pour ce voyage au Népal ,deuxième édition, dans le quartier piétonnier de Bodhnath où résident principalement les tibétains, la Tisé Guesthouse est de nouveau notre quartier général. S’y retrouvent, comme il y a deux ans, des touristes étrangers, des moines, des népalais, indiens, japonais, des jeunes et de moins jeunes routards, en mal de Katmandou.
Et de bon matin, en arrivant dans la salle du « breakfast « , on entend parler anglais, français, népalais, tibétain, espagnol, allemand, russe…..
On se dit bonjour, on s’interpelle…mais oui c’est vrai.On s’est croisé hier au musée de Patan ou bien encore au Durbar Square de KTM (Katmandou pour les inities) ou bien, …mais non, c’est cela, c’était à  Baktapur …
Les conversations vont bon train, d’une table à l’autre, au beau milieu du ballet incessant des serveurs qui apportent des galettes de pain tibétain toutes chaudes et du thé. Chacun y va de son « Tashi Delek », la salutation tibétaine.

Quel bonheur d’emprunter la ruelle piétonne qui mène au stupa, de passer devant les vendeuses de chandelles qui illuminent le quartier le soir, de reconnaître les mêmes mendiants borgnes qu’il y a deux ans, arborant toujours leur moignon entouré d’un chiffon crasseux ; et là, au coin, la même petite échoppe arborant des objets de cultes un peu poussiéreux, façonnés alentour par des enfants parfois très jeunes.

Quel bonheur d’apercevoir, juste avant la place, le grand stupa, ce très beau sanctuaire bouddhiste qui date du quatorzième siècle, en détailler les différentes parties architecturales, qui chacune symbolise l’un des cinq éléments, et surtout rencontrer du regard les yeux de Bouddha, fixant les quatre points cardinaux, voilà qui me ravit pleinement !

Arriver sur l’esplanade du stupa, se mêler à la foule, qui, un « mala » à la main, égrène ses perles de bois, en accomplissant ses « koras», ses tours de stupa, toujours en le contournant par la gauche, selon le rituel bouddhiste.
Souvent, des grands mères très âgées, vêtues de leur « chuba», robe longue croisée dans le dos se prosternent sur des planches de bois. S’il fait froid, elles endossent de larges ceintures en poil de yack très colorées, qu’elles nouent par-dessus les anoraks. Parfois, on les trouve assises sur les bancs qui ceinturent le bas du stupa, de belles boucles d’oreilles d’or et turquoises éclairant leur visage.Sur le devant de la robe, on aperçoit également le joli « bangdan », fameux tablier rayé horizontalement que seules, portent, les femmes mariées.


Ce retour sur ce lieu magique, au premier soir de ce deuxième séjour, me remplit d’émotion.
Je suis très heureuse de me retrouver là, humant les parfums des bouquets de genévrier qui brulent en dégageant une fumée acre et épaisse, au milieu d’une marée humaine qui grandit avec le soir qui tombe.
Ici où là, des » pujas », des offrandes rituelles, sont célébrées devant les monastères qui bordent le stupa, les lampes de cire scintillent de toute la persuasion de leurs vendeuses à vous les vendre.
Sur les marches des échoppes, s’entassent d’énormes paquets de «  kabsé », ou bouchées de chances qui sont des beignets que l’on retrouve disposés sur tous les autels des maisons et des monastères, pendant les fêtes du Losar.
En accomplissant nous aussi nos Koras, sans oublier de faire tourner les moulins de prières nichés sur le pourtour du stupa, on entend qui s’égrène au coin des rues  » Om Mani Padme Hum» dans diverses interprétations, de ce mantra fondateur du bouddhisme tibétain.
Alors là, on y est vraiment, on est bien en ce premier soir de retour…..

Mais c’était sans compter sur la dernière semaine de notre séjour, pendant laquelle nous avions projeté un trek dans la vallée du Langtang.
Depuis plusieurs mois déjà, en France, j’y pensais : trek, Langtang, Langtang, trek…
Quelques inquiétudes m’avaient traversé l’esprit:
En serais-je capable? Les passerelles himalayennes sont elles fiables ? Vais je supporter l’altitude?…..Je m’étais réservé dans un petit coin de la tète, la possibilité de rester sur KTM et de laisser Jean François, Maryse et Jean Gilles partir, si d’aventure, au dernier moment, je me décourageais…..
Autant d’interrogations, qui ont très naturellement trouvé une réponse, dès le matin de notre départ.
J’avoue avoir insisté pour prendre un véhicule tout terrain plutôt que le bus pour nous rendre de Katmandou à Syaphrubesi, gros bourg commerçant, stratégiquement incontournable, lorsque l’on veut se rendre à Langtang village. Jhyangju, l’épouse de Temba, était du voyage, toujours joyeuse et ponctuant la conversation, d’expressions en français, avec un ravissement non dissimulé.
Le trajet nous a pris la journée, sur une route aussi improbable que vertigineuse, traversant des paysages de terrasses à couper le souffle.
Arrivés à la guest house qui nous accueillait pour la nuit, là où la route carrossable s’arrête, nous avons rencontré un autre groupe ami, parti dix jours plutôt, qui revenait de leur trek au même moment. Avant la disparition du soleil déjà rouge en cette fin d’après midi, nous avons échangé nos impressions autour d’une bière ou d’un thé sur la terrasse de l’hôtel.

Puis nous avons fait la connaissance de notre guide Gyalbu et des porteurs, Sanggye et Lobsang. En fait de porteur, celui attribué, à Jean François et moi même, était plutôt une porteuse, prénommée Lobsang, qui se trouvait être l’une des sœurs de Jhyangju, bien sûr native de Langtang village. Autant vous dire que je n’étais pas très à l’aise à l’idée de faire porter mes affaires à une femme……Avant notre départ déjà, nous avions prévu de ne faire porter qu’un seul de nos sacs ,le plus léger possible, environ six kilos.
Aussi, quelle ne fût pas l’explosion de rires de Lobsang, lorsqu’elle a soupesé notre sac à dos!!!!Du coup, elle s’en est rajoutée à peu près le double, destiné à ses proches, empilé joyeusement sur son dos.


Le lendemain, après un thé bien chaud et du pain tibétain, nous sommes partis
sur le chemin du trek, empruntant d’emblée, ma première passerelle himalayenne, reliant les deux côtés de Syaphrubesi village.
Bizarre, bizarre cette sensation au dessus du vide mais bon! Pas non plus insurmontable!!
Comme je n’avais fait part à personne de cette inquiétude, personne n’a rien vu! Tant mieux!
Du coup, je suis passée sur les suivantes et il y en plusieurs, avec la sérénité d’une funambule professionnelle…
Cette première montée a été fantastique; mille mètres de dénivelé entre cactées, bambous, feuillus, sapins, arbustes épineux.
Des singes blancs qui faisaient de la balançoire au dessus de nos têtes, des ânes chargés de casseroles, de sacs de riz, de planches de bois, montant ou descendant inlassablement les pentes de cette belle vallée, nous rappelaient au passage qu’il y avait un village bien vivant, en cette contrée d’altitude.
Que ce soit pour se sustenter dans un Lodge aux alentours de midi, faire des petits achats de gants de laine tricotés ou de ceinture tissée par la dame de la maison, ou tout simplement pour trouver le meilleur angle pour capturer les plus belles photos : que de moments charmants auront ponctué cette première journée de marche ! Sans oublier la gentillesse de nos accompagnateurs, toujours à l’affut du moindre trébuchement de nos pas, toujours dans le souci de notre confort permanent.
Penser, lors de la pause thé de l’après midi, que l’on ne va plus pouvoir repartir; et puis, si, bien sûr….
Arriver au soleil couchant au Lama Hôtel, prendre une douche chaude dans une cabane de planches, un vrai luxe ici, un peu au dessus du vide de la vallée, puis aller déguster un bon plat de pommes de terres aillées et pimentées à souhait, dans la salle commune surchauffée…..C’était le bonheur, ici et maintenant……
Jangjyul, Gyalbu, Sangay et Lobstang, ne dînent pas avec nous…..La coutume veut qu’ils prennent leur repas dans la cuisine, avec l’aubergiste, qu’ils ont d’ailleurs aidé dans la confection du dîner.
A vingt heures à peine, une seule idée: rejoindre notre chambrette, et pour cela,
quitter la douce chaleur du poêle, affronter la nuit en passant sous les étoiles  glacées de cette belle vallée himalayenne, se glisser dans le duvet, la tête habitée d’images, de bruits ,des rires cristallins de Jangjyul et Lobsang, des senteurs éprouvées tout au long de cette première journée de trek.

Vais-je pouvoir me déplier demain ?

Au petit matin, les conversations chuchotées à travers les cloisons de bois des chambrées, parviennent à nous tirer d’un sommeil réparateur.
Une friction d’arnica plus tard, et nous voilà de nouveau attablés devant un petit déjeuner roboratif, tout indiqué avant notre deuxième journée de marche.
Le guide et les porteurs nous accueillent avec leurs sourires habituels et toujours le souci de notre bien être. D’autres passerelles sur notre chemin, qui ne m’impressionnent plus du tout…
Je ne dis rien mais suis très fière!
En dessous, la Langtang river, dévale à gros bouillons au milieu d’un chaos de roches lissées par l’eau glaciale, laissant apparaître quelques bassines pures et turquoises.
Un paysan que nous croisons alors, étudie le meilleur moyen de faire passer son troupeau de « dzo «, croisement de vache et de yak, de l’autre coté de la rivière, où se trouve une petite forêt de bambous, dont elles raffolent, et qui ferait bien leur ordinaire.
Vers midi, la pause riz et thé à la terrasse d’un petit Lodge accroché à flan de montagne, nous redonne un peu d’énergie.


Plus on se rapproche du village, encore mille mètres de dénivelé aujourd’hui, plus l’étagement de la végétation est différent, plus celle ci est éparse, plus elle se raréfie.
Le sommet du Langtang Lirung, que j’ai aperçu ce matin au premier détour du sentier, se rapproche, devient plus vivant, plus imposant, et paré de lueurs orangées et bleutées sur son glacier, en cette fin d’après midi.
En contrebas de Langtang village, un hameau de petites maisons faites de pierre et de bois: c’est là que vivent les parents de Temba; nous nous arrêtons pour les saluer et partager un bol de thé devant leur maison.
Un moment plus tard, une pancarte annonce l ´altitude de Langtang village, 3475m.
Le froid commence à piquer les yeux, nous sommes tous les trois un peu fatigués, sans plus, mais surtout très impatients d’arriver. Tous les trois, car Maryse a su saisir, avec panache mais avec une légitime appréhension tout de même, l’opportunité d’une offre de transport bien locale : le téléphone tibétain ayant très bien fonctionné, et ce, bien avant notre arrivée connue de tous sur ce plateau de pâturages à yacks, un petit cheval roux de race himalayenne a été proposé pour parcourir les trois cent derniers mètres.

.Très vite, une autre pancarte nouvellement installée, nous indique la direction de la guesthouse de TEMBA et sa famille, presque à l’entrée du village, au pied du mont Langtang Lirung qui affiche ses 7246 mètres tout de même ! Au pied du colosse, qui sans faire partie des plus hauts, en impose tout de même, la bien nommée «  Sunrise Guesthouse » s’offre à notre vue dans un couchant de mauve et d’ocre rouge plutôt saisissant ! Le soir arrive et, avec lui, des silhouettes s’approchent de la bâtisse pour venir nous souhaiter la bienvenue.

Jhyangju, Lobsang, Gyalbu et Sanggye sont à ce moment, très fiers de nous montrer ce qui semble être le résultat d’un travail et d’un projet collectif. A l’intérieur, une grande salle commune pour se détendre et se restaurer, au milieu de laquelle ronfle un petit poêle alimenté par des bouses de yack .Dès les premières maisons du village, on les a vues tout à l’heure, qui séchaient sur les murets de pierre ; à cette altitude, en effet, le bois se raréfie et depuis des temps immémoriaux, les populations de l’Himalaya utilisent ce combustible pour se chauffer et faire la cuisine. Dans la guesthouse, le bois est partout, sur les murs, l’autel, les tables, probablement rapporté à dos d’homme de la vallée ; cette ambiance très chaleureuse, on la retrouve à l’étage, ou sont aménagées les petites chambres ; avant de tirer les jolis petits rideaux, je m’attarde un instant à la fenêtre : 

Une multitude d’étoiles sont déjà à l’œuvre, trouant la nuit noire, l’obscurité glaciale que je devine en touchant le carreau de la fenêtre: Je suis littéralement aux anges, dans un état de ravissement total, peu être le nirvana ? Je le savoure pleinement encore un moment, avant d’aller retrouver tous les amis autour du feu.

Le temps de la préparation du diner, les conversations vont bon train .Maryse et Jean gilles retrouvent ici celles ou ceux qui ont fait le guide ou le porteur dans des voyages précédents. Des villageois entrent, s’assoient un moment autour du feu, repartent, venus souhaiter la bienvenue ou s’assurer que l’on sera encore là demain.

Justement, Gyalbu, notre guide, nous informe que la journée du lendemain sera consacrée à l’acclimatation, aux promenades dans le village. Jyangju nous accompagnera.

A peine étions nous sortis d’une maison, invités à prendre le thé, que nous entrions dans une autre ; avec toujours cette impression qui fait chaud au cœur, d’être accueillis chaque fois avec la même simplicité, la même gentillesse légendaire des tibétains.

J’allais oublier de mentionner ce merveilleux moment passé dans l’après midi, avec toute la communauté féminine du village, occupée à préparer une boisson fermentée en égrenant du riz cuit, sur une grande bâche bleue. Toutes ensembles, accroupies autour de cet épais lac blanc encore fumant, elles entonnaient a cappella, des couplets de chansons villageoises aussi joyeux et éclatants que les couleurs de leurs fichus.

Cette belle journée se terminera par la visite d’un gompa très ancien dont le plancher menaçait de s’écrouler, mais qui abritait encore de belles fresques murales dont les outrages du climat allaient aussi très certainement attaquer les couleurs dans un futur bien proche. Un projet à venir, autour de la restauration de ce petit édifice nous amènera naturellement à proposer un don, modeste contribution à la préservation de la culture tibétaine.

Ce soir, une jolie dame aux grands yeux noirs, belle sœur de Temba, nous a invités à venir diner chez elle. Au menu, ce sera la « Boum Boum » soupe comme elle l’intitule elle-même ! Encore une soirée mémorable ou, assis en tailleur, nous avons eu le plaisir de la voir préparer devant nous ce bon plat de soupe à l’ail, qui outre ses qualités gustatives n’en possède pas moins des vertus médicinales : en effet , consommer de l’ail aide à supporter l’altitude et à lutter contre le mal aigu des montagnes. Dans cette jolie demeure décorée pour le Losar, nous avons encore passé une soirée bien chaleureuse, ponctuée de « Alouette, je te plumerai… » que les amis tibétains affectionnent de chanter dès qu’ils rencontrent des français !

Rendez vous avait été pris pour le lendemain matin devant Sunrise Guesthouse, avec Gyalbu et Sanggye pour rejoindre Kyanjin Gompa.

De bon matin, nous étions là ; et quelle ne fut pas notre surprise de découvrir deux chevaux roux de petite taille, prévus par nos amis, à l’adresse des dames bien sur, pour nous épargner un surcroit de fatigue en montant à 3870m ; évidemment, je n’avais pas imaginé un plan de la sorte ! La dernière ballade à cheval faite en Camargue il y a …..Trente ans m’ayant laissé un souvenir plutôt cuisant ! Mais les arguments les plus convaincants, les plus persuasifs ont eu raison de mon hésitation manifeste et de mon inquiétude palpable.

Eh hop, nous voilà tous partis, Maryse et moi ayant fière allure sur notre monture finalement bien docile, les garçons cheminant à nos cotés, dans cette ultime ascension jusqu’à Kyanjin; on ne regrettera pas notre choix. Des cairns jalonnent notre chemin qui serpente sur le plateau. Bien en dessous, la rivière, telle un ruban vert jade, gronde en contrebas ; ce tracé bien connu des chevaux nous mènera vers un cirque immaculé de hauts sommets plus modestes que le Langtang Lirung ; c’est un panorama époustouflant, une vision de montagne magique, qui s’impose à nous. A cette heure de midi, les pics et les glaciers luisent au zénith comme de gros éclats de diamants. Tout simplement superbe !

A Kyanjin, encore et encore, nous photographierons ce paysage de haute montagne d’une beauté rare, de celle dont on dit qu’elle tutoie le divin. Nos montures dument ravitaillées, nous prendrons le chemin du retour jusqu’à Sunrise Guesthouse pour notre dernière soirée à Langtang village.

A ce jour, cette ballade himalayenne restera un merveilleux souvenir de voyage, qui continue de m’habiter régulièrement.

MARTINE

 

 

2013. VOYAGE au NEPAL 2013: UNE DECOUVERTE.

Au mois de février 2013, dix huit voyageurs embarquaient pour le Népal sous l’impulsion de T P H. Pour quatorze d’entre eux, c’était leur premier séjour dans ce beau pays. Entre visites des villes royales, des temples Hindouistes et Bouddhistes, treks en montagne et excursions dans la vallée de Khatmandou, le Téraï et Pokara, tous ces joyeux drilles se sont bien régalés!

Nous avions bien entendu demandé à nos amis de « Namlang-Eco-Tourisme » de se charger de l’organisation. Ils ont pû à cette occasion démontrer toute l’efficacité dont ils sont capables: répartir les 18 voyageurs en petits groupes de 5/6  afin qu’ils puissent visiter les sites de façon confortables; affretter les véhicules, reserver les guest-house et embaucher des guides locaux parlant français…. Sans oublier l’inoubliable gentillesse de Temba à la tête de l’agence et de tous ceux qui ont pris soin de nous durant ce périple.

Voici quelques témoignages qui en disent long sur le plaisir ressenti en découvrant ces contrées si belles et si lointaines.

 

 _ »Je suis revenu enchantée de ce voyage où j’ai rencontré des gens forts accueillants, simples  et gentils. Le groupe était réparti en petits groupes et c’était un vrai plaisir de se retrouver le soir après nos aventures népalaises ! merveilles architecturales …. Fêtes dans la rue, temples etc… un dépaysement total….. nous avons, pour ma part, empruntés les routes népalaises en bus : frayeurs qui s’est vite transformés en joie : beauté des paysages, ça vie partout : un ressourcement sans pareil !! merci à TPH et à tous les accompagnateurs népalais… Christine. »

2013. VOYAGE au NEPAL 2013: UNE DECOUVERTE. dsc09738-150x112_ »Le Népal, j’en rêve depuis longtemps! Je pars enfin cette année 2013 grâce à l’association T.P.H.,à l’occasion de la fête du Losar,et pour un trek dans la vallée du Langtang. Après les longues attentes à l’aéroport d’Abu Dhabi (merci la compagnie ETHIAD!), l’arrivée à Kathmandu efface tous les désagréments et la fatigue du voyage.Quand même un peu de “tourista” et c’est parti pour la découverte des temples mythiques de la vallée avec notre sympathique guide francophone ”Deependra”.  Durbar Square, Patan ou nous assistons à la “cérémonie des jeunes filles” magnifiques dans leurs tenues rouge écarlate, Bhaktapur et ses sacrifices de chèvres, Pashupatinath et ses crémations, Swayambunath, le temple aux singes. Nous sommes conviés chez Temba et sa famille pour un thé tibétain agrémenté de dégustations locales. Les boutiques autour du stupa, à deux pas de notre guest-house”Ti-Se” sont propices aux emplettes (bijoux,pashminas,artisanat local) et le marchandage est de rigueur. Le dépaysement est total dans la ville de Kathmandu ou règne une circulation incessante. Le jour “J”, départ du trek arrive,et c’est l’aventure et le stress dans le bus local qui nous mène à Syabru Bensi (110 km) par une route accidentée surplombant la rivière 1000 m plus bas! Le sentier suit la rivière Langtang Khola dans une forêt pittoresque très peu fréquentée,nous sommes pratiquement les seuls avec nos sherpas et nos guides,quelques autochtones et leurs mulets si chargés! En deux jours,nous sommes arrivés à notre point d’acclimatation,Langtang village à la guest-house”Sun Rise”.Après une journée de repos passée à visiter le village et à participer à une cérémonie bouddhiste au temple,nous partons pour Kjanjin Gompa avec soleil et ciel bleu mais 40 cm de neige pour arriver au monastère à 4000 m. C’est superbe, les sommets à 7000 m nous entourent! Une soirée chez notre guide Gyurme avec chants et danses tibétaines, et nous repartons pour une autre vallée,en traversant les villages pittoresques habités par les Tamang,  nous assistons aux fêtes dans les temples et même à un mariage dans une famille.La population locale nous reçoit avec le sourire des enfants.La distribution de ballons aux abords d’une école les rend fous de joie. Les soirées dans les lodges sont courtes (il fait nuit à 18 h!) mais chaleureuses. Nous arrivons au terme de ces 11 jours de trek, et c’est le retour à Kathmandu (en 4×4 cette fois!). Ces 3 semaines de dépaysement m’ont mis des images plein les yeux,et mes albums en sont garnis. Un rêve s’est réalisé… Pierrette. »

 

_ »Merci pour votre travail sur le blog et l’organisation de notre voyage. C’est agréable de se remémorer tous ces excellents souvenirs. Je repense souvent à ces bons moments de partage.  Belle rencontre avec ce peuple si chaleureux. Ce voyage est  inoubliable. Amicalement. Catherine. »
 

Départ du voyage pour Kathmandou

_ »Par un bel après-midi d’hiver, nous sommes 18 à partir en direction de l’aéroport de Saint Exupéry vers Bruxelles, ensuite embarquement vers Abu Dhabi pour une correspondance pour Katmandou. Les aléas de la météo, nous laissent suspendus dans le ciel des Emirats Arabes Unis plus longtemps que prévu et nous survolons durant une heure et demie les plateformes pétrolières au-dessus d’une mer turquoise soulignée par le sable blanc qui marque les limites de la terre. Il y a du brouillard sur Abu Dhabi !!! Finalement, nous atterrissons à une centaine de kilomètres de l’aéroport prévu pour revenir ensuite vers… Abu Dhabi ! Plus de correspondance… Nous attendons longtemps, mais après de multiples tergiversations, plusieurs heures plus tard, notre groupe se sépare en deux, mais finalement nous rejoignons tous Katmandou. Tout le monde est fatigué, mais heureux tout de même de se retrouver. La note est donnée dès la sortie de l’aéroport. Beaucoup de monde sur les bas-côtés, pas vraiment de trottoirs, tout semble dégradé, des motos et des autos circulent dans tous les sens, et surtout beaucoup de poussière. Mon étonnement est grand devant tant d’agitation, mais je jubile intérieurement d’être là !

Cela fait de longs mois que ce pays est dans mon esprit. J’ai interrogé longtemps internet, mais je me dis, il n’y a rien à faire, la réalité est tout autre ! Mon séjour sera long pour une première fois. Quatre semaines à parcourir le Népal.

Kathmandou et les différents sites de la vallée

Nous sommes installés dans le quartier tibétain et nous logeons dans une guest house relativement confortable où je me sens comme dans un cocon. Sous un soleil de février, qui devient de plus en plus chaud, dans une forte odeur d’encens, je découvre avec mes compagnons de voyage le grand stupa (sanctuaire bouddhiste, en l’occurrence le plus grand du Népal) ainsi que les nombreuses boutiques du quartier qui font cercle autour de lui. De multiples petits marchands de légumes sont installés dans les rues y conduisant où les différentes variétés de fruits ou de légumes sont soigneusement rangées. La couleur éclate de partout avec une grande force esthétique qui paraît aller de soi.

Bodanath recèle de multiples monastères aux teintes très colorées et dorées qui émaillent ce quartier si particulier de Katmandou. C’est plein de couleurs chatoyantes, ponctué par le jaune safran et l’habit rouge marron des nombreux moines qui déambulent autour du grand stupa ainsi qu’une population avec de nombreuses femmes, beaucoup paraissent très âgées, elles portent des tabliers rayés et d’énormes boucles d’oreilles en turquoise qui indiquent leur origine tibétaine. Une foule nombreuse, bigarrée, les visages sont beaux, les cheveux noirs dominent. Parfois de la foule surgit une tête d’homme à cheveux longs portés en catogan ceinte d’un turban fait de nombreux fils rouges. La beauté est là, dans ces visages. Il se dégage de toute cette foule une très forte ferveur religieuse sur fond d’odeur d’encens. Beaucoup parmi ces gens sont descendus de leurs lointaines et difficiles montagnes qu’est l’Himalaya pour fêter le nouvel An tibétain.

 

Vallée de Kathmandou

Les jours qui suivent sont consacrés à la visite des grands sites de la vallée de Katmandou. Durbar Square et ses magnifiques monuments en forme de pagodes. Pashupatinath dite « petite Bénarès » du Népal où ont lieu les crémations au bord de la rivière sacrée Bagmati. C’est un ensemble architectural assez extraordinaire, cependant l’approche est parfois difficile pour nous occidentaux. Les odeurs et la saleté ne laissent pas de nous surprendre.

Ensuite Patan, ancienne ville impériale et ses beaux temples en pagodes ainsi que Bhaktapur, musée à ciel ouvert, peuplé par les Newars qui est l’ethnie d’origine et qui continue de faire vivre cette cité d’une beauté époustouflante. Nous avons eu la chance d’assister à plusieurs fêtes notamment la fête des filles. Les petites filles d’une dizaine d’années sont maquillées et portent des bijoux multiples et dorées comme des femmes adultes. Il y a toute une cérémonie haute en couleurs avec les offrandes qui sont de petites merveilles réalisées avec des fruits, des feuilles, des pétales de fleurs, du riz blanc. Les petites filles et les femmes sont vêtues avec des saris rouges et dorées et sont alignées au sol chapeautées par leurs mères. Cela semble complètement irréel pour moi.

Randonnée dans les collines

Quelques jours de balade dans les collines à partir Nagarkot, altitude 2000 mètres pour voir se lever le soleil sur l’Himalaya. Cette chaîne de montagne semble toucher le ciel, elle est de partout où l’on se tourne ! Cette ballade permet de découvrir les campagnes, des petits enfants et la manière de vivre des gens. Le plus souvent les maisons n’ont pas d’eau courante, pas d’électricité et chaque petit hameau à sa fontaine publique. Dans tout le Népal, elles sont faites sur le même modèle. Puis, nous dormirons dans un Monastère et le soir nous partagerons notre repas avec les moines. Le lendemain nous continuerons nous balade en direction de Panauti petite ville très typique, où l’on pratique les crémations au bord de la rivière qui est ici une rivière sacrée.

Retour à Kathmandou

Retour à Katmandou où j’aurais la chance d’aller visiter la Fondation Chantal MAUDUIT avec d’autres compagnes de voyage. Chantal MAUDUIT était alpiniste Elle a perdu la vie dans l’Everest. Elle était très sensible à la misère des enfants des rues de Katmandou. A son décès, sa famille avec l‘argent recueilli à ses obsèques a permis de créer cette fondation. Celle-ci prend en charge des enfants dont les parents n’ont pas les moyens de les élever. Ils sont nourris et éduqués. Les enfants ont l’essentiel. Ici, il n’y a pas de superflu. Cette fondation fonctionne avec un système de parrainage et divers dons provenant de France principalement. Cela a été une rencontre importante.

Nous serons plusieurs du voyage à aller visiter les écoles bambou (ces écoles sont connues en Europe grâce à plusieurs émissions de télévision) de Katmandou pendant que d’autres iront se confronter à eux-mêmes en marchant dans l’Himalaya.

Sud du népal et Téraï

Départ pour le Teraï. Démarrage aux aurores pour la gare routière de Katmandou accompagnés de notre gentil guide Deependra, dans un bus « tourist ». Nous sommes justement 4 touristes partant à la découverte du sud Népal. Le bus est très sommaire, mais malgré tout reste confortable. Nous descendons du plateau de Katmandou par une route qui surprend, mais avec un peu de musique techno népalaise les angoisses se dissipent. Après plusieurs heures de voyage, le paysage a changé. La chaleur commence à se faire sentir et nous roulons maintenant sur une route plate et très poussiéreuse ponctuée de nombreux bazars, puis apparaît au milieu d’une rue, une statue de rhinocéros unicorne. Nous y voici. Nous sommes à quelques kilomètres du parc de Chitwan qui fait frontière avec l’Inde du Nord. Nous sommes chez les Tharus, ce sont les habitants les plus anciens du Népal. Ils vivent dans de jolies maisons en terre et bambou, pratiquement sans ouverture afin que les moustiques n’y pénètrent pas. Autrefois, c’était la seule manière de se protéger de la malaria qui sévissait dans cette région. Leurs maisons sont décorées de dessins mystérieux faits par les femmes. Ils sont cultivateurs. Quelques carrés d’un beau vert tendre, c’est le riz qui sort de terre. Des racines sèches au soleil, c’est le curcuma qui sera ensuite réduit en poudre pour servir de condiment. Un abri en bambou protège du soleil le buffle de la famille, quelques poules et quelques chèvres. Un chat, il n’y a en quasiment pas à Katmandou où c’est le règne des chiens.

Des petits enfants aux traits extrêmement fins jouent dans cet espace et prennent l’air effarouché lorsque je veux les prendre en photo. Plus loin, une femme accroupie dans un geste plein de beauté trie des lentilles. Puis, des écoliers en uniformes surgissent joyeusement du bout du chemin. Tout semble paisible.

Quand à nous, nous résidons dans un Lodge avec un très joli jardin tout en fleurs. Pas très loin de celui-ci, une immense meule de foin et une cabane en bambou et c’est là que vit un cornac et son éléphant. Durant notre séjour nous en verrons beaucoup d’autres et nous irons nous promener dans la jungle sur le dos de l’un deux. Nous descendrons la rivière en pirogue, les bords de la rivière servent de solarium aux multiples crocodiles qui se chauffent au soleil du petit matin. La jungle est rempliedes chants d’oiseaux et des cris des singes, mais nous ne rencontrerons jamais le maître de des lieux, c’est-à-dire le tigre du Bengale. Pour lui faire face, le cas échéant, les guides sont équipés d’un bâton en bambou !!!

Les fins d’après-midi se terminent au bord de la rivière dans la tiédeur du début de soirée, un verre de Gurka – la bière locale Népalaise – à la main pour certains et de l’international verre de Coca-Cola pour d’autres. La nuit tombe tôt et le coucher de soleil sur la rivière et la forêt annonce déjà la nuit.

Quelques jours plus tard nous partons en direction de Lumbini, là où serait né le Bouddha. Chaque Etat qui pratique la religion bouddhiste a fait construit un temple en l’honneur de Bouddha. Ce lieu est immense et les pèlerins assis en prière-méditation se trouvent au pied de l’arbre people décoré de milliers de drapeaux de prière. Nous ne resterons qu’une demi-journée dans cet endroit, certainement pas assez longtemps pour apprécier et visiter tous les temples.

Nous irons ensuite à Pokhara voir se lever le soleil sur les Annapurna. La ville est nichée près d’un lac qui lui donne beaucoup de charme. Elle est très appréciée des touristes occidentaux. C’est une station très touristique et sportive. Nous ne verrons le soleil sur les Annapurna et sur la montagne du Machhapuchhare (queue de poisson) qu’au matin de notre départ. Spectacle grandiose.

Ensuite, retour vers Katmandou dans notre magnifique bus « Tata ». Il y a grève générale, cela nous permet d’avoir la route à nous et de ne plus croiser de cars et de camions sur cette route qui est souvent très fréquentée étant le seul chemin reliant Katmandou au sud du pays.

Fin du voyage

La fin du séjour approche. Il faut penser à boucler les bagages. Je suis heureuse dans la perspective de retrouver ma famille et mes amis. Il me restera tous ces regards et sourires d’enfants croisés au détour d’un chemin ou d’une rue ; le sourire des femmes népalaises, ces femmes qui pour la plupart ont des vies difficiles, n’hésitent pas à répondre par un magnifique sourire à notre petit sourire parcimonieux d’européen. Quelle leçon pour nous qui sommes si souvent confrontés aux visages fermés de nos concitoyens et aux sourires si peu généreux.

Le Népal est un terrain d’aventure exceptionnelle pour les marcheurs. L’Himalaya, certes est grandiose, mais le pays tout entier et ses habitants en particulier, méritent que nous allions à leur rencontre partager un peu de leur vie, de leur culture et aussi dépenser un peu d’argent car le pays a bien besoin de devises. Pour moi qui n’avait jamais voyagé si loin, et dans un pays si pauvre, l’adaptation n’est pas allée de soi. Il faut faire attention à l’hygiène, la nourriture épicée n’est pas forcément du goût de tous, mais c’est une formidable expérience humaine. Annie ».

« _C’est déjà un deuxième séjour au Népal, avec le sentiment bien agréable de retrouver des lieux connus, des itinéraires déjà empruntés. Avec, pour ce séjour ci, une nouveauté, un trek dans la vallée du Langtang, dont sont originaires Temba et sa famille.
Une fois encore, nous y sommes pendant le nouvel an tibétain, ou Losar, précisément à Bodnath, près de Katmandou ou se trouve le plus grand stupa du Népal.

Pour les tibétains, du Tibet ou en exil, les festivités du Losar, revêtent un caractère familial indéniable mais sont aussi l’occasion de rencontres plus élargies, aux amis, à ceux de son village, de sa vallée, voire de son ethnie d’appartenance ; cela dure plusieurs jours. Le Losar est ponctué de différents rites de purification qui permettent d’entrer dans cette nouvelle année, débarrassé de tout ce qui a été négatif en soi et autour de soi, pendant l’année écoulée. Cela passe aussi bien par le nettoyage de fond en comble de la maison, que par l’achat de vêtements neufs que chacun va arborer fièrement sur les terrasses du stupa, ou encore par des frictions du corps avec des boulettes de tsam-pa (orge grillée).

Puis vient le moment du changement des drapeaux de prières, au troisième jour du Losar, sur le toit des maisons et aussi sur le grand stupa. Au dessus du dôme, de vaillants jeunes hommes grimpent les treize degrés sur des échelles adossées de façon bien verticale à mon gout, et se relaient sans cesse pour attacher les drapeaux depuis la cime jusqu’au bas de l’édifice. Petit à petit, le vent agite les « lungta » ou chevaux du vent aux cinq couleurs, correspondant aux cinq éléments : le bleu pour l’air, le blanc pour l’espace, le rouge pour le feu, le vert pour l’eau et le jaune pour la terre ; ces lungta apportent nos souhaits d’harmonie, nos vœux de prospérité et de paix ; ils sont considérés comme des portes bonheurs ; leur origine remonte à la tradition Bon, antérieure au bouddhisme tibétain.

Nous aurons l’occasion, pendant ces jours de fête, d’échanger nos vœux avec la famille de Temba, qui a chaleureusement invité notre groupe de dix huit français à partager un délicieux repas de Losar confectionné par Jhyangju, son épouse. Nous passerons un bel après midi, tous ensemble, à déguster des beignets, à jouer avec les enfants ou encore à échanger avec des voisins venus nous saluer, dans un joyeux mélange de français et d’anglais.

Pour ce voyage au Népal ,deuxième édition, dans le quartier piétonnier de Bodhnath où résident principalement les tibétains, la Tisé Guesthouse est de nouveau notre quartier général. S’y retrouvent, comme il y a deux ans, des touristes étrangers, des moines, des népalais, indiens, japonais, des jeunes et de moins jeunes routards, en mal de Katmandou.
Et de bon matin, en arrivant dans la salle du « breakfast « , on entend parler anglais, français, népalais, tibétain, espagnol, allemand, russe…..
On se dit bonjour, on s’interpelle…mais oui c’est vrai.On s’est croisé hier au musée de Patan ou bien encore au Durbar Square de KTM (Katmandou pour les inities) ou bien, …mais non, c’est cela, c’était à  Baktapur …
Les conversations vont bon train, d’une table à l’autre, au beau milieu du ballet incessant des serveurs qui apportent des galettes de pain tibétain toutes chaudes et du thé. Chacun y va de son « Tashi Delek », la salutation tibétaine.

Quel bonheur d’emprunter la ruelle piétonne qui mène au stupa, de passer devant les vendeuses de chandelles qui illuminent le quartier le soir, de reconnaître les mêmes mendiants borgnes qu’il y a deux ans, arborant toujours leur moignon entouré d’un chiffon crasseux ; et là, au coin, la même petite échoppe arborant des objets de cultes un peu poussiéreux, façonnés alentour par des enfants parfois très jeunes.

Quel bonheur d’apercevoir, juste avant la place, le grand stupa, ce très beau sanctuaire bouddhiste qui date du quatorzième siècle, en détailler les différentes parties architecturales, qui chacune symbolise l’un des cinq éléments, et surtout rencontrer du regard les yeux de Bouddha, fixant les quatre points cardinaux, voilà qui me ravit pleinement !

Arriver sur l’esplanade du stupa, se mêler à la foule, qui, un « mala » à la main, égrène ses perles de bois, en accomplissant ses « koras», ses tours de stupa, toujours en le contournant par la gauche, selon le rituel bouddhiste.
Souvent, des grands mères très âgées, vêtues de leur « chuba», robe longue croisée dans le dos se prosternent sur des planches de bois. S’il fait froid, elles endossent de larges ceintures en poil de yack très colorées, qu’elles nouent par-dessus les anoraks. Parfois, on les trouve assises sur les bancs qui ceinturent le bas du stupa, de belles boucles d’oreilles d’or et turquoises éclairant leur visage.Sur le devant de la robe, on aperçoit également le joli « bangdan », fameux tablier rayé horizontalement que seules, portent, les femmes mariées.
Ce retour sur ce lieu magique, au premier soir de ce deuxième séjour, me remplit d’émotion.
Je suis très heureuse de me retrouver là, humant les parfums des bouquets de genévrier qui brulent en dégageant une fumée acre et épaisse, au milieu d’une marée humaine qui grandit avec le soir qui tombe.
Ici où là, des » pujas », des offrandes rituelles, sont célébrées devant les monastères qui bordent le stupa, les lampes de cire scintillent de toute la persuasion de leurs vendeuses à vous les vendre.
Sur les marches des échoppes, s’entassent d’énormes paquets de «  kabsé », ou bouchées de chances qui sont des beignets que l’on retrouve disposés sur tous les autels des maisons et des monastères, pendant les fêtes du Losar.
En accomplissant nous aussi nos Koras, sans oublier de faire tourner les moulins de prières nichés sur le pourtour du stupa, on entend qui s’égrène au coin des rues  » Om Mani Padme Hum» dans diverses interprétations, de ce mantra fondateur du bouddhisme tibétain.
Alors là, on y est vraiment, on est bien en ce premier soir de retour…..

Mais c’était sans compter sur la dernière semaine de notre séjour, pendant laquelle nous avions projeté un trek dans la vallée du Langtang.
Depuis plusieurs mois déjà, en France, j’y pensais : trek, Langtang, Langtang, trek…
Quelques inquiétudes m’avaient traversé l’esprit:
En serais-je capable? Les passerelles himalayennes sont elles fiables ? Vais je supporter l’altitude?…..Je m’étais réservé dans un petit coin de la tète, la possibilité de rester sur KTM et de laisser Jean François, Maryse et Jean Gilles partir, si d’aventure, au dernier moment, je me décourageais…..
Autant d’interrogations, qui ont très naturellement trouvé une réponse, dès le matin de notre départ.
J’avoue avoir insisté pour prendre un véhicule tout terrain plutôt que le bus pour nous rendre de Katmandou à Syaphrubesi, gros bourg commerçant, stratégiquement incontournable, lorsque l’on veut se rendre à Langtang village. Jhyangju, l’épouse de Temba, était du voyage, toujours joyeuse et ponctuant la conversation, d’expressions en français, avec un ravissement non dissimulé.
Le trajet nous a pris la journée, sur une route aussi improbable que vertigineuse, traversant des paysages de terrasses à couper le souffle.
Arrivés à la guest house qui nous accueillait pour la nuit, là où la route carrossable s’arrête, nous avons rencontré un autre groupe ami, parti dix jours plutôt, qui revenait de leur trek au même moment. Avant la disparition du soleil déjà rouge en cette fin d’après midi, nous avons échangé nos impressions autour d’une bière ou d’un thé sur la terrasse de l’hôtel.

Puis nous avons fait la connaissance de notre guide Gyalbu et des porteurs, Sanggye et Lobsang. En fait de porteur, celui attribué, à Jean François et moi même, était plutôt une porteuse, prénommée Lobsang, qui se trouvait être l’une des sœurs de Jhyangju, bien sûr native de Langtang village. Autant vous dire que je n’étais pas très à l’aise à l’idée de faire porter mes affaires à une femme……Avant notre départ déjà, nous avions prévu de ne faire porter qu’un seul de nos sacs ,le plus léger possible, environ six kilos.
Aussi, quelle ne fût pas l’explosion de rires de Lobsang, lorsqu’elle a soupesé notre sac à dos!!!!Du coup, elle s’en est rajoutée à peu près le double, destiné à ses proches, empilé joyeusement sur son dos.
Le lendemain, après un thé bien chaud et du pain tibétain, nous sommes partis
sur le chemin du trek, empruntant d’emblée, ma première passerelle himalayenne, reliant les deux côtés de Syaphrubesi village.
Bizarre, bizarre cette sensation au dessus du vide mais bon! Pas non plus insurmontable!!
Comme je n’avais fait part à personne de cette inquiétude, personne n’a rien vu! Tant mieux!
Du coup, je suis passée sur les suivantes et il y en plusieurs, avec la sérénité d’une funambule professionnelle…
Cette première montée a été fantastique; mille mètres de dénivelé entre cactées, bambous, feuillus, sapins, arbustes épineux.
Des singes blancs qui faisaient de la balançoire au dessus de nos têtes, des ânes chargés de casseroles, de sacs de riz, de planches de bois, montant ou descendant inlassablement les pentes de cette belle vallée, nous rappelaient au passage qu’il y avait un village bien vivant, en cette contrée d’altitude.
Que ce soit pour se sustenter dans un Lodge aux alentours de midi, faire des petits achats de gants de laine tricotés ou de ceinture tissée par la dame de la maison, ou tout simplement pour trouver le meilleur angle pour capturer les plus belles photos : que de moments charmants auront ponctué cette première journée de marche ! Sans oublier la gentillesse de nos accompagnateurs, toujours à l’affut du moindre trébuchement de nos pas, toujours dans le souci de notre confort permanent.
Penser, lors de la pause thé de l’après midi, que l’on ne va plus pouvoir repartir; et puis, si, bien sûr….
Arriver au soleil couchant au Lama Hôtel, prendre une douche chaude dans une cabane de planches, un vrai luxe ici, un peu au dessus du vide de la vallée, puis aller déguster un bon plat de pommes de terres aillées et pimentées à souhait, dans la salle commune surchauffée…..C’était le bonheur, ici et maintenant……
Jangjyul, Gyalbu, Sangay et Lobstang, ne dînent pas avec nous…..La coutume veut qu’ils prennent leur repas dans la cuisine, avec l’aubergiste, qu’ils ont d’ailleurs aidé dans la confection du dîner.
A vingt heures à peine, une seule idée: rejoindre notre chambrette, et pour cela,
quitter la douce chaleur du poêle, affronter la nuit en passant sous les étoiles  glacées de cette belle vallée himalayenne, se glisser dans le duvet, la tête habitée d’images, de bruits ,des rires cristallins de Jangjyul et Lobsang, des senteurs éprouvées tout au long de cette première journée de trek.

Vais-je pouvoir me déplier demain ?

Au petit matin, les conversations chuchotées à travers les cloisons de bois des chambrées, parviennent à nous tirer d’un sommeil réparateur.
Une friction d’arnica plus tard, et nous voilà de nouveau attablés devant un petit déjeuner roboratif, tout indiqué avant notre deuxième journée de marche.
Le guide et les porteurs nous accueillent avec leurs sourires habituels et toujours le souci de notre bien être. D’autres passerelles sur notre chemin, qui ne m’impressionnent plus du tout…
Je ne dis rien mais suis très fière!
En dessous, la Langtang river, dévale à gros bouillons au milieu d’un chaos de roches lissées par l’eau glaciale, laissant apparaître quelques bassines pures et turquoises.
Un paysan que nous croisons alors, étudie le meilleur moyen de faire passer son troupeau de « dzo «, croisement de vache et de yak, de l’autre coté de la rivière, où se trouve une petite forêt de bambous, dont elles raffolent, et qui ferait bien leur ordinaire.
Vers midi, la pause riz et thé à la terrasse d’un petit Lodge accroché à flan de montagne, nous redonne un peu d’énergie.
Plus on se rapproche du village, encore mille mètres de dénivelé aujourd’hui, plus l’étagement de la végétation est différent, plus celle ci est éparse, plus elle se raréfie.
Le sommet du Langtang Lirung, que j’ai aperçu ce matin au premier détour du sentier, se rapproche, devient plus vivant, plus imposant, et paré de lueurs orangées et bleutées sur son glacier, en cette fin d’après midi.
En contrebas de Langtang village, un hameau de petites maisons faites de pierre et de bois: c’est là que vivent les parents de Temba; nous nous arrêtons pour les saluer et partager un bol de thé devant leur maison.
Un moment plus tard, une pancarte annonce l ´altitude de Langtang village, 3475m.
Le froid commence à piquer les yeux, nous sommes tous les trois un peu fatigués, sans plus, mais surtout très impatients d’arriver. Tous les trois, car Maryse a su saisir, avec panache mais avec une légitime appréhension tout de même, l’opportunité d’une offre de transport bien locale : le téléphone tibétain ayant très bien fonctionné, et ce, bien avant notre arrivée connue de tous sur ce plateau de pâturages à yacks, un petit cheval roux de race himalayenne a été proposé pour parcourir les trois cent derniers mètres.

.Très vite, une autre pancarte nouvellement installée, nous indique la direction de la guesthouse de TEMBA et sa famille, presque à l’entrée du village, au pied du mont Langtang Lirung qui affiche ses 7246 mètres tout de même ! Au pied du colosse, qui sans faire partie des plus hauts, en impose tout de même, la bien nommée «  Sunrise Guesthouse » s’offre à notre vue dans un couchant de mauve et d’ocre rouge plutôt saisissant ! Le soir arrive et, avec lui, des silhouettes s’approchent de la bâtisse pour venir nous souhaiter la bienvenue.

Jhyangju, Lobsang, Gyalbu et Sanggye sont à ce moment, très fiers de nous montrer ce qui semble être le résultat d’un travail et d’un projet collectif. A l’intérieur, une grande salle commune pour se détendre et se restaurer, au milieu de laquelle ronfle un petit poêle alimenté par des bouses de yack .Dès les premières maisons du village, on les a vues tout à l’heure, qui séchaient sur les murets de pierre ; à cette altitude, en effet, le bois se raréfie et depuis des temps immémoriaux, les populations de l’Himalaya utilisent ce combustible pour se chauffer et faire la cuisine. Dans la guesthouse, le bois est partout, sur les murs, l’autel, les tables, probablement rapporté à dos d’homme de la vallée ; cette ambiance très chaleureuse, on la retrouve à l’étage, ou sont aménagées les petites chambres ; avant de tirer les jolis petits rideaux, je m’attarde un instant à la fenêtre : 

Une multitude d’étoiles sont déjà à l’œuvre, trouant la nuit noire, l’obscurité glaciale que je devine en touchant le carreau de la fenêtre: Je suis littéralement aux anges, dans un état de ravissement total, peu être le nirvana ? Je le savoure pleinement encore un moment, avant d’aller retrouver tous les amis autour du feu.

Le temps de la préparation du diner, les conversations vont bon train .Maryse et Jean gilles retrouvent ici celles ou ceux qui ont fait le guide ou le porteur dans des voyages précédents. Des villageois entrent, s’assoient un moment autour du feu, repartent, venus souhaiter la bienvenue ou s’assurer que l’on sera encore là demain.

Justement, Gyalbu, notre guide, nous informe que la journée du lendemain sera consacrée à l’acclimatation, aux promenades dans le village. Jyangju nous accompagnera.

A peine étions nous sortis d’une maison, invités à prendre le thé, que nous entrions dans une autre ; avec toujours cette impression qui fait chaud au cœur, d’être accueillis chaque fois avec la même simplicité, la même gentillesse légendaire des tibétains.

J’allais oublier de mentionner ce merveilleux moment passé dans l’après midi, avec toute la communauté féminine du village, occupée à préparer une boisson fermentée en égrenant du riz cuit, sur une grande bâche bleue. Toutes ensembles, accroupies autour de cet épais lac blanc encore fumant, elles entonnaient a cappella, des couplets de chansons villageoises aussi joyeux et éclatants que les couleurs de leurs fichus.

Cette belle journée se terminera par la visite d’un gompa très ancien dont le plancher menaçait de s’écrouler, mais qui abritait encore de belles fresques murales dont les outrages du climat allaient aussi très certainement attaquer les couleurs dans un futur bien proche. Un projet à venir, autour de la restauration de ce petit édifice nous amènera naturellement à proposer un don, modeste contribution à la préservation de la culture tibétaine.

Ce soir, une jolie dame aux grands yeux noirs, belle sœur de Temba, nous a invités à venir diner chez elle. Au menu, ce sera la « Boum Boum » soupe comme elle l’intitule elle-même ! Encore une soirée mémorable ou, assis en tailleur, nous avons eu le plaisir de la voir préparer devant nous ce bon plat de soupe à l’ail, qui outre ses qualités gustatives n’en possède pas moins des vertus médicinales : en effet , consommer de l’ail aide à supporter l’altitude et à lutter contre le mal aigu des montagnes. Dans cette jolie demeure décorée pour le Losar, nous avons encore passé une soirée bien chaleureuse, ponctuée de « Alouette, je te plumerai… » que les amis tibétains affectionnent de chanter dès qu’ils rencontrent des français !

Rendez vous avait été pris pour le lendemain matin devant Sunrise Guesthouse, avec Gyalbu et Sanggye pour rejoindre Kyanjin Gompa.

De bon matin, nous étions là ; et quelle ne fut pas notre surprise de découvrir deux chevaux roux de petite taille, prévus par nos amis, à l’adresse des dames bien sur, pour nous épargner un surcroit de fatigue en montant à 3870m ; évidemment, je n’avais pas imaginé un plan de la sorte ! La dernière ballade à cheval faite en Camargue il y a …..Trente ans m’ayant laissé un souvenir plutôt cuisant ! Mais les arguments les plus convaincants, les plus persuasifs ont eu raison de mon hésitation manifeste et de mon inquiétude palpable.

Eh hop, nous voilà tous partis, Maryse et moi ayant fière allure sur notre monture finalement bien docile, les garçons cheminant à nos cotés, dans cette ultime ascension jusqu’à Kyanjin; on ne regrettera pas notre choix. Des cairns jalonnent notre chemin qui serpente sur le plateau. Bien en dessous, la rivière, telle un ruban vert jade, gronde en contrebas ; ce tracé bien connu des chevaux nous mènera vers un cirque immaculé de hauts sommets plus modestes que le Langtang Lirung ; c’est un panorama époustouflant, une vision de montagne magique, qui s’impose à nous. A cette heure de midi, les pics et les glaciers luisent au zénith comme de gros éclats de diamants. Tout simplement superbe !

A Kyanjin, encore et encore, nous photographierons ce paysage de haute montagne d’une beauté rare, de celle dont on dit qu’elle tutoie le divin. Nos montures dument ravitaillées, nous prendrons le chemin du retour jusqu’à Sunrise Guesthouse pour notre dernière soirée à Langtang village.

A ce jour, cette ballade himalayenne restera un merveilleux souvenir de voyage, qui continue de m’habiter régulièrement. »

MARTINE

 

 

 

Le NOUVEL AN TIBETAIN: « Losar » 2140 = 11 FEVRIER 2013

Losar : 2140

 

Nouvel an tibétain en 2013  : année 2140 du Serpent d’eau

 

Le Nouvel an tibétain, appelé (Fête du) Losar, sera célébré le 11 février 2013.
La fête du Losar dure plus précisément 3 jours traditionnellement, et sera donc célébrée du 11 au 13 février.  [
1], bien que cette année encore, les Tibétains préfèrent célébrer cet événement d’une façon religieuse plutôt que festive. Voir le message du Sikiong Dr Lobsang Sangay à cette occasion.

 

Nous entrerons alors dans la 2140ème année du calendrier tibétain, qui est l’année placée sous le signe du Serpent d’eau.

 

Le calandrer tibétain est composé de 12 « signes » et de 5 « éléments », créant ainsi un cycle de 60 ans. 

Les 12 signes sont :

 

  • Souris       Bœuf         Tigre        Lièvre

  • Dragon     Serpent     Cheval      Mouton

  • Singe       Oiseau       Chien       Cochon

 

Et les 5 éléments, chacun répété 2ans de suite :

 

  • Eau   Bois   Feu   Air   Métal/fer

 

 

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

Souris

Bœuf

Tigre

Élément

Feu

Terre

Terre

Métal

Métal

Eau

Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

Terre

Rang

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

Tibétaine

2114

2115

2116

2117

2118

2119

2120

2121

2122

2123

2124

2125

Grégorienne

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

Souris

Bœuf

Tigre

Élément

Terre

Métal

Métal

Eau

Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

Métal

Rang

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

Tibétaine

2126

2127

2128

2129

2130

2131

2132

2133

2134

2135

2136

2137

Grégorienne

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

Souris

Bœuf

Tigre

Élément

Métal

Eau

Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

Métal

Métal

Eau

Rang

25

26

27

28

29

30

31

32

33

34

35

36

Tibétaine

2138

2139

2140

2141

2142

2143

2144

2145

2146

2147

2148

2149

Grégorienne

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

2020

2021

2022

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

Souris

Bœuf

Tigre

Elément

Eau

Bois

Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

Métal

Métal

Eau

Eau

Bois

Rang

37

38

39

40

41

42

43

44

45

46

47

48

Tibétaine

2150

2151

2152

2153

2154

2155

2156

2157

2158

2159

2160

2161

Grégorienne

2023

2024

2025

2026

2027

2028

2029

2030

2031

2032

2033

2034

Année

Lièvre

Dragon

Serpent

Cheval

Mouton

Singe

Oiseau

Chien

Cochon

Souris

Bœuf

Tigre

Elément

Bois

Feu

Feu

Terre

Terre

Métal

Métal

Eau

Eau

Bois

Bois

Feu

Rang

49

50

51

52

53

54

55

56

57

58

59

60

Tibétaine

2162

2163

2164

2165

2166

2167

2168

2169

2170

2171

2172

2173

Grégorienne

BREF APERCU SUR LE CALCUL ASTROLOGIQUE DU CALENDRIER TIBETAIN

L’Astrologie tibétaine est basée sur le mouvement lunaire, mais également sur celui des planètes.  Elle s’inspire du système autochtone du Boen ( religion pré-bouddhique du Tibet ), de l’astrologie indienne ( dKar-rtsis ) et de l’astrologie chinoise ( Nag–rtsis ).  Toutes les fêtes sont mobiles et la nouvelle lune de février-mars marque le jour de l’an.  Chaque année est associée à un signe animalier – 12 en tout : souris, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, mouton, singe, coq, chien et cochon, et également à un élément – 5 en tout : le bois, le feu, la terre, le fer et l’eau.  Les éléments vont se succéder au rythme d’un élément tous les deux ans, complétant ainsi un cycle de 60 ans.  De plus, le système tibétain attribue un sexe à l’année.  Le tableau ci-dessous permet de nous y retrouver par rapport au calendrier occidental :

 

Même si l’on comptabilise habituellement 12 mois pour un an, il n’est pas exclut que certaines années ne comportent que 11 mois, ou au contraire, 13 mois !   De même, certains jours peuvent se répéter, ainsi l’on peut trouver deux jours consécutifs ayant la même date dans le même mois (par exemple le 6 deux jours de suite !) ou au contraire, un jour manquant dans le mois (par exemple, l’on passe du 1er au 3ème jour ) !!

Officiellement, le calendrier tibétain a débuté à la nouvelle lune de février-mars de l’an 127 avant J.C. qui correspond à l’intronisation du roi Nyatri Tsenpo, d’où l’appellation « Année royale du Tibet ».

L’Ecole de la médecine et de l’astrologie tibétaines ( Tibetan Medical and Astro Institute ) de Dharamsala publie des calendriers officiels tibétains ainsi qu’un almanach ( en tibétain : Lotho ) détaillant les données dites favorables et non favorables pour chaque jour de l’année.  La lecture correcte d’un lotho nécessite une formation sans laquelle les non initiés risquent fort de ne saisir qu’une parcelle d’informations précieuses contenues dans celui-ci.

La branche « Astrologie » de l’Ecole de la médecine de Dharamsala établi également des  horoscopes ( tshe rabs las rtsis ) sur demande, en fournissant clairement les dates et horaires de sa naissance, dont les tarifs de ces prestations sont fixes.  Web : www.men-tsee-khang.org

 



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